Illustration de Blanche Louis Michaud

Illustration de Blanche Louis Michaud

Je donne des cours d’aquaforme le dimanche après-midi. L’ancienne monitrice, Laeticia, m’aide parce que mon employeur n’a jamais pris le temps de m’offrir la formation qu’il m’avait promise. C’est la première séance et je m’invente un dynamisme étonnant pour motiver la team de vieux devant moi. Au premier rang, Laeticia : « va à l’extérieur de l’eau pour montrer cette position-là, on va mieux voir tes jambes… » Ils vont tous mieux me voir, exhibée sur mon perchoir. Les yeux du groupe me balaient, alors que les siens, immobiles, immolent, incendient, ce qui a subitement faim d’elle. Pas besoin de deviner de quoi j’ai l’air, elle voit carrément tout, mouillée, moulée, dans mon petit maillot one piece. Une bouchée, je suis tout avalée dans l’oeil de Lae. Sourire timide, dreadlocks et petits yeux marron dans le cours de natation ; attention, moi je ne rougis pas, non, moi je fleuris, je verdis, verte comme une prairie, vas-y, broute-moi ma belle hippie… Je dois me concentrer, malgré ses yeux de caresse entre mes cuisses qui chatouillent mon pubis devant ce public étrangement aveugle à cet érotisme. Je rembarque dans l’eau pour poursuivre le training de mon groupe de sexagénaires. Elle, juste devant moi, autour de moi… C’est né de presque rien, good vibe on se laisse entrainer par la vague.

Ici, nous ne pouvons nous vêtir, l’eau me renvoie toutes ses formes, tout son corps sous effort. Les vagues sont comme un déploiement de paumes effleurant, frôlant ses courbes, qui vient ensuite me parcourir, me traverser,tel l’écho de sa chair sillonnant la mienne. Les éclaboussures de ses ondulations, de son entrain, parviennent à me chavirer jusqu’aux creux des reins. Nous accordons notre rythme comme un rien, nos mouvements s’emboitent, se synchronisent. Ma playlist laisse à désirer, mais ses pupilles restent attachées aux miennes. Malgré la vibration puissante de notre étreinte à distance, c’est dans ce regard que j’ai pu percevoir un horizon plus vaste, une danse, une transe. J’aimerais tendre le bras vers elle, la toucher, la respirer, embarquer dans sa chair à pleins doigts, à pleine voix, crie-moi que tu as envie de nous. Fixement, dans l’ivresse de nos corps qui se prolongent sous l’eau, on goute l’autre. Je la goute. On se promet un moment. En attendant, on savoure le luxe du vide autour de nous.

Cinquante fucking longues minutes de cours plus tard, nos pulsions se jettent, plongent, se noient l’une dans l’autre sur le bord de la pool. Dès que le dernier vieux ferme la porte des vestiaires, il n’y a plus que nous, et ici. Je sors, et retiré dans l’eau, mon maillot dérive au loin. Contre ma peau, ça perle et ça glisse doucement, je sens son regard sur le galbe de mes fesses, puis qui grimpe dans mon dos. M’exhiber m’excite, ça me touche partout à la fois, de frissons, de pulsion, on passe à l’action pour la deuxième partie de ma leçon. Ses lèvres sont légèrement entrouvertes, je veux feeler son sourire collé à mes lèvres, plaqué contre la fente de mon envie d’elle. Elle me suit, m’attrape, me retourne, m’embrasse, me submerge.

La céramique est froide, elle plaque mon corps nu contre le sol. Elle est wet, je lui agrippe le cul à deux mains, caressant son sexe au passage. Je décèle un gout de menthe sur ses lèvres quand ses doigts entrent en moi. Ses cheveux ont une odeur de chlore, elle me doigte si fort qu’elle fait remuer tout mon corps. Je suis en apnée, sans respirer pendant qu’elle s’active à me faire crier. En un frottement circulaire, mon clitoris stimulé lui explose une joie aquatique à la main. Mon orgasme pleure le long de mes jambes et je reprends mon souffle, m’accrochant à son bras comme à une bouée.

Elle chevauche maintenant l’une de mes jambes, tenant l’autre bien haute. Elle remue, se balance, s’agite la sirène Laeticia contre mon pubis, skinny girl qui porte puissamment son sexe au mien. Se frottant, ondulant, en ciseaux sur le bord de l’eau on joue aux petits chevaux. Je ne vois rien d’autre, mais je sens tout le reste, dans chaque parcelle de mon être je me sens devenir la part immobile de l’eau, de la vague, de notre déchainement. Je ferme finalement les yeux pendant qu’elle me ride. J’ai peur que quelqu’un nous surprenne, que quelque chose nous arrête, mais plus je résiste, plus les marées montent. L’ombre de son corps danse à mes paupières et sa voix habitée de soupirs meurt sur moi quand son orgasme crève enfin.

Après, elle n’a rien dit. Moi non plus. Juste un sourire, parce qu’elle est venue mourir sur moi. Juste un sourire, comme un happy ending de film cliché, comme les premiers rayons du jour qui viennent staber les rêves droit dans le ventre. Hébétée, raquée, je crois que les cours d’aquaforme risquent d’être plus exigeants que prévu.

-Plume Rousse

PLUME ROUSSE

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