Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

Dans le bloc appartement, il y a huit étages.

Dans les deux étages du haut, huit chambres inoccupées.

Ça et là quelques pièces de mobilier vétuste se fossilisent au fil des années. Dans les huit baies vitrées, on peut apercevoir au moment magique les premières lueurs extra-terrestres du ciel se mêler à celle des lampadaires de la ville, points aiguilles lumineux oubliés tout au fond de l’horizon.

Les empreintes de doigts graisseuses qui criblent les murs blancs leurs donnent un fini presque lustré. Le tapis gris recouvrant le sol abrite tout un écosystème qui survit à la désolation du moment. L’écho des étages inférieurs fait vibrer la tuyauterie et fredonner les murs de carton.

Mêmes les putes du quartier qui peuplaient autrefois les lits de passage d’un brouillis de cris sans demi-mesure se sont effacées devant le grandiose de ce lieu en totale décrépitude. C’est mieux maintenant, le silence a repris ses droits. J’aime le silence. Je déambule entre les pièces non verrouillées, le froid et l’humidité font grêler ma peau. J’observe dans le jour des lattes de bois déshabillées les fantômes des pièces voisines.

J’ai entendu tes pas résonner dans la cage d’escalier hier, j’ai cru d’abord que c’était mon imagination qui me mentait. La chute amortie de ton grand sac de voyageur contre le sol, le grincement du lit sous ton corps lourd de fatigue. Celui qui marche trop. Je te vois à travers le mur de la 832, là où la tuyauterie fait sentir son absence. Je suis si près que si je respire à travers l’interstice tu sentiras la vapeur de mon haleine.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, je vous ai observé, toi et ton érection persistante.

Les premières lueurs du jour attaquent la baie vitrée, ta respiration se fait saccadée, tu te réveilles, j’ai les yeux qui brûlent. Ta main sous la couverture s’active très lentement, tes genoux s’écartent un peu pour te libérer, ton torse poilu ondule et tu expires un peu plus fort qu’il y a quelques minutes. Le drap glisse pour m’offrir le spectacle de ta présence et j’observe avec délice ta verge dressée, lumineuse de beauté.

Tu enveloppes toutes entières tes couilles d’une main, puis tu craches un peu de bave sur ton gland pour mieux venir refermer le tunnel de la deuxième autour. Tu valses avec tes paumes, les jambes un peu plus écartées, les genoux vers le ciel. Tu aspires goulûment ton index préféré dans un lac de salive pour mieux venir caresser avec délectation ton anus, va-et-vient de tous les soupirs.

Tes fesses battent la surface du lit, se soulèvent crispées de plaisir. Tu continues de faire la fête à ta queue en la branlant avec une patience infinie. Tu es si excité que ton gland est tout mouillé et que je peux entendre de petits bruits de succion alors que tu t’actives. Tu joues avec ton sexe comme si c’était de la pâte à modeler, en pressant les jus contre le bas de ton torse, le redressant ensuite vers le ciel comme une ultime question sans réponse.

Tu te tournes en un gémissement sur le ventre, ton gland protégé du matelas par la paume de ta main, ton majeur à la flotte allant et venant entre tes deux magnifiques fesses, les plantes de tes pieds saluant en suspension l’étendue de la ville tout bas.

Tu t’agites, roules sur toi même, puis te dresse à genoux vers le paysage désolé, masturbant amoureusement ton sexe dans un clapotis de liquide pré-séminal. Je respire fort mais pas autant que toi alors tu ne m’entends pas. Tes orteils se crispent par petits coups alors que ton gland tout enflé est sur le point d’exploser.

Tu éjacules dans un râle sourd, un jet vigoureux et magnifique qui fend l’espace en une diagonale parfaite avant de retomber sur tes cuisses musclées et dans les draps détritus du lit.

Je referme mes jambes que j’avais écartées contre l’ouverture du mur pour que tu me voies, sachant très bien que tu n’y lèverais jamais les yeux, voyageur solitaire. Je n’ose pas te demander ce qui te pousse à revenir ici, année après année, fils de putes disparues. Je ne t’avouerais jamais que j’arpente les pièces plusieurs semaines avant ton arrivée et que je ne les laisse vivre seules que plusieurs mois après chacun de tes passages. J’aurais trop peur que tu ne reviennes pas, voyageur solitaire, terriblement solitaire.

Je ferme les yeux sur le plaisir que l’apparition de ton corps me donne, et le souvenir de l’ondulation de ton liquide chaud dans le ciel de la pièce déserte me fait office de feu pour affronter l’hiver. Alors que la vibration de tes pas se perd dans les profondeurs du bâtiment, je m’assois sur le lit croulant pour respirer l’odeur de ton sperme qui imprègne toujours la pièce, et je dépose mes jus sur les tiens dans un tout petit soupir pour ne pas briser le silence.

-Une femme respectable

Une Femme Respectable

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