Illustration de Marie-Anne Dubé

Illustration de Marie-Anne Dubé

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J’aime les filles avec des grosses fesses.  Des grosses fesses en forme de cœur.  Ça m’fait bander leurs donner la fessée.  Évidemment, y est pas question de faire ça avec n’importe qui.  La dernière chose qui me tente, c’est d’avoir à expliquer ça à la police, après avoir mangé du sable suivant une arrestation musclée.  Eux peuvent battre leurs femmes en toute impunité et sans consentement, mais moi j’suis pas police.  Pis j’ai encore moins envie de devenir un criminel.

Quand je cherche le trouble, j’mets pas d’temps à l’trouver.  C’est insensé comment à chaque semaine, quelqu’un, quelque part invente une nouvelle façon de rencontrer des inconnues, pour n’importe quoi.  Pour les dates plus bdsm, y avait ben deux ou trois sites web et applications foireuses encore toutes nouvelles, que j’voulais tester pour croiser des spécimens qui sont junkies d’endorphines.

Elle.  Je l’savais quand j’ai vu passé son profil : toute ligotée comme un p’tit rôti de porc avec sa p’tite face de soumise pas fake pantoute.  J’aime ben ça pousser ma luck, provoquer l’destin.  Surtout  au  chômage.  J’lui ai laissé un mot.  Juste un.  Salut.  C’est tout.  J’ai délogué tout de suite après.  J’ai attendu 24h.  J’l’ai laissé fantasmer sur mon profil pis ma photo.  Rien de vulgaire.  Une portrait qui inspire autorité, respect et bon goût : veston-cravate, black on black.

Je l’savais que ça la teaserait juste assez pour qu’elle me laisse une série de messages, me raconte c’que j’devais savoir sur elle.  Son premier message était quand même éloquent.

« On se connaît pas, mais j’attendais votre message. »

Le vouvoiement toi.  Je savais que j’devais essayer de pas me faire d’idée ni d’attentes, que j’devais jouer la game au fur et à mesure que ça se présentait.  J’continue de lire.  Elle m’écrit qu’elle adore l’intensité des jeux de rôle, que ça lui permet d’être elle-même pleinement, de se sentir comme une vraie femme.  Que rien lui monte plus à la tête qu’une séance de flagellation bien étoffée : de la fessée au martinet, de la palette à la cravache, le chat, la canne…  Elle est couverte de tattoo, complètement accroc à la douleur, mais elle est aussi très claire sur ce qu’elle préfère : elle adore les hommes qui lui marquent le derrière de leurs signatures distinctes.  Elle ne trouve rien de plus beau que son cul et ses cuisses marqués avec soin et précision.  C’est précisément durant ces séances de géométriques scarifications que survenaient ses plus intenses orgasmes.  Tu veux mon autographe? Tu vas l’avoir ma grande…

« Venez me mettre à votre main.  Faites-moi l’honneur de vous appartenir un peu, même si cela n’est que sans lendemain.  Dès que j’ai vu votre photo, j’ai tout de suite su que vous aviez la poigne que je recherchais.  Par pitié, je vous en prie, faites de moi ce que vous voulez. »

Demandé d’même, j’ai pas réfléchi.  Sur le chômage, y en a pas d’problème.

« J’accepte de vous rencontrer.  Je vous verrai ce dimanche.  Vous viendrez me retrouver au Tim Hortons, situé à quelques minutes de votre résidence, pour 10h00.  Vous vous commanderez une douzaine de beignes : des bostons à la crème.  À cela, ajouter un jus de pomme et plusieurs serviettes de table.  À mon arrivé à 10h10, sans me quitter des yeux, vous allez engouffrer au moins trois de ces beignes sans réfléchir et sans hésiter. »

J’lui ai rien écris d’autre, sinon que de porter de vieux vêtements, dont j’pourrais disposer à ma guise,  avec des bas de nylon vraiment cheap.  Tellement cheap, que la minute que j’ poserais mes yeux dessus, ils allaient déchirer.  Je lui ai laissé le choix d’un mot de sécurité.  « Plume », qu’elle m’écrit.  J’avais envie de rire en crisse, mais bon : mon but c’est d’y en donner juste assez, pour jamais avoir à l’entendre.

Une couple de jours passent pis c’est l’grand jour.  Il fait encore nuit quand j’prends la route.  J’vois le soleil se lever devant moi, j’le vois s’élever avec la même conviction que mon membre dans mes pantalons.  Ça m’a semblé un quart d’heure, entre le moment où j’ai tourné la clé dans l’contact et 9h55, l’heure exact à laquelle j’me suis garé devant la grande fenêtre du Tim.

J’la vois entrer, nerveuse.  Elle se dirige vers le comptoir, fait la file, puis passe sa commande.  Elle regarde partout autour d’elle, regarde sa montre : elle sait pas que j’la regarde depuis un gros dix minutes déjà .  Elle prend son cabaret et s’installe directement à la table qui donne sur mon pare-brise.  Elle regarde dehors pis là, on s’échange un premier vrai regard.  Aussitôt, elle baisse le regard dans son cabaret et fige.  J’me dis que ça va être drôle en esti.  Plume…  Câlice de safety word pareil?!  J’sors de ma voiture fashionably late : il est 10h15.  Elle a rien touché dans son plateau, qu’elle a pas lâché des yeux.  Elle sent ma présence.  J’ouvre la porte et son regard se lève.  Elle hésite un bref instant puis se met à engouffrer un, deux, trois – j’arrive à sa table – et porte même un quatrième beigne à sa bouche déjà trop pleine.  Elle est beurrée comme une enfant de trois ans.

« C’est jolie tes lunettes, ça te donne un p’tit look d’écolière.  On y va? »

J’empoigne le jus d’pomme, j’en fais une seule gorgée.

« Merci pour le jus.  Amènes le reste des beignes, tu vas en avoir de besoin. »

J’ai pris une serviette de table pis j’ai essuyé le tour de sa bouche.  Pas trop parce que j’avais envie de sentir ça collant contre le bas de mon ventre, si jamais je décidais de la laisser me manger.  Si la fille peut se mettre trois beignes dans la bouche presque sans avaler, there’s room for a lot a pleasure, right?

J’suis galant, j’lui ouvre la portière.  Elle rumine encore ses beignes, prend place à bord et s’attache.  Je monte pis elle me regarde momentanément avec ses yeux globuleux avant de s’excuser et de plonger son regard dans l’fond du char.  J’la libère de sa boite de beignes que je pose sur la banquette arrière.  Je démarre.  Le silence est total.  Il y a justeàa cause de ma façon d’appuyer sur l’accélérateur et quand je passe les rapports, qu’on peut sentir une pointe d’excitation chez-moi.  Le regard de ma passagère s’accroche aux gants que j’porte pour conduire et qui sont en cuir blanc.  Elle fixe ma main droite sur le levier de vitesse.  Elle doit rêver d’entendre le son que les gants font, quand on s’en sert pour donner des coups de mouchoir, parce qu’elle semble vouloir en faire une certaine fixation.  J’empoigne le bras de vitesse comme si c’était mon sexe.  Ses mains qui étaient posées à plat sur ses cuisses se crispent un peu.  J’pense même que ses paumes sont moites.  J’ai évidement mis la chaufferette au fond de son côté en plus d’allumer le siège chauffant au maximum.  Absolument pour rien.  J’veux juste la faire fondre.

On arrive à un embranchement pour un chemin de campagne.  J’lui demande si c’est là que j’dois tourner.  Elle relève la tête rapidement jetant un œil à l’extérieur et replonge les yeux vers le bas, en faisant signe que « oui » d’la tête.  Sa respiration s’accélère.  Je fais cent mètres sur la route avant de m’immobiliser.

« Détaches-toi.  Mets-toi à genoux sur ton siège, face au dossier .»

J’déploie l’appui-tête à sa position maximale.  J’lui passe les deux mains juste en-dessous, entre les 2 tiges et je l’redescends.  Impossible pour elle de l’relever : j’ai brisé le mécanisme dans le premier mois que j’ai eu mon char, pis j’ai juste jamais pris le temps de le faire arranger chez le concessionnaire.  J’prends une cagoule troué que j’lui enfile sur la tête en prenant soins de pas l’empêcher de respirer.  J’passe ma main entre le dossier du siège et elle : le bas de son ventre réagit comme celui d’une fille qui va perdre sa virginité dans les prochains instants.  D’un seul coup je fais basculer le siège, et la voilà à quatre pattes dans une position qui n’a rien de comfortable.

Je redémarre et fais quelques kilomètres, jusqu’à un vieux chalet un peu en manque d’amour.  J’me gare derrière.  J’mets un peu d’musique.  Les Préludes de Rachmaninov c’est juste parfait.  Je relève sa jupe, j’y regarde les fesses pis j’me remplis les mains.  J’suis assez ferme.  J’déchire ses bas comme du beurre dans une poêle : on dirait vraiment que le nylon fond plus qu’il fend.

J’ai ben dû lui chauffer l’derrière à grand coup d’claques, un bon quart d’heure sans arrêter.  Mes mains gantées pourraient faire penser à Mickey Mouse dans The Opry House, surtout  lorsque c’est le Prélude op. 3 n° 2 en do dièse mineur qui se fait entendre.  Mes mains giflent ses fesses avec la même grâce que si je jouais le morceau au piano : un tempo lent, mais une avec une bonne force.  Il y a de la coordination dans mes doigts et une bonne assise dans mes mains.  La droite et la gauche se chevauchent en permanence : ça a l’air éprouvant, mais ce l’est pas.  Ses fesses sont tellement rendues rouges qu’elles doivent briller dans le noir.  Et l’intérieur de ses cuisses est rendu franchement humide.

On est proche d’une alerte au tsunami.

-On poursuit?

-Oui, s’il vous plaît Monsieur.

Elle braille.  Mais je sais aussi qu’elle trippe fort.  C’est dur à expliquer.  Faut vivre un moment comme ça pour comprendre qu’on peut continuer.

Je la décagoule, je prend le grattoir à neige et j’lui met sous le nez.  Sans tarder, elle le lèche et me montre qu’elle peut le rentrer dans sa bouche, même si c’est beaucoup plus large que le plus grand de ses sourires.  Son visage est déformé.  Je ressort l’objet luisant de salive. J’lui libère une main de l’appui-tête avant de commencer à lui marquer le cul et les cuisses au grattoir.  Elle tend sa main vers ma braguette, mais je la redirige aussitôt entre ses cuisses.

-Tu peux venir.

-Merci Monsieur.  Merci…

J’ai repris mon p’tit manège avec le grattoir en le retournant du côté où y a des griffes.  Elle se caresse avec autant de vigueur que les coups que je lui donne.  Elle était vraiment allumée, parce qu’elle est venue presque tout de suite pis s’est écrasée sur le siège, vidée.  Le temps qu’elle reprenne ses esprits, j’suis déjà sur la baquette arrière et j’enlève mes gants.  J’ouvre la boite de beignes devant elle.  J’défais mon pantalon, ramasse un boston à la crème pis j’me l’enfile carrément sur le dard.  J’la vois revenir à elle et me regarder avec appétit.

« T’as faim, hein?  La boite est devant toi. »

Elle ose me regarder un instant, contrariée par ce que je viens de lui dire.  Elle pensait me sucer.

« Regardes-moi pas d’même : prends-toi un beigne pis profites du show. »

J’ai pris mon temps mais pas trop, pis j’ai fais attention pour pas complètement détruire le beigne.

« Fais pas juste regarder : manges! », que j’lui dis après son premier beigne.

« Gardes-en au moins quatre ou cinq pour couvrir le fond d’la boîte. »

C’est avec plaisir que j’me donne en spectacle et lui livre ma version d’un bon beigne fourré.  Avant de refermer mon pantalon, je lui laisse savoir que peut-être la prochaine fois…

J’lui libère la main encore prise au siège, je redresse celui-ci et avant qu’elle ne reprenne place, je lui demande de relever les fesses pour y placer la boite de beignes.  Elle me regarde, hésitante, et comprend qu’elle doit s’asseoir dessus.

« J’ai pensé que la crème et le chocolat ça serait bon pour ta peau : un peu de douceur sur ton cul de braise. »

C’est là que j’lui remet la pâtisserie que je viens de pimper.  Elle est vraiment contente.  Un fin palais finalement!

Elle a mangé son beigne lentement, le sourire aux lèvres, en regardant le paysage défiler.  Elle a pas dit un mot avant que j’la dépose devant chez-elle. Pis le seul qu’elle m’aura dit juste avant de sortir, c’est merci.  En sortant, elle a prit la boite avec elle et a déroulé le rebord de sa jupe.  On a été tous les deux gagnants ce jour-là, j’pense.

-Prud’homme

Prud'homme

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