Illustration de Antoine Demers-Charbonneau

Illustration de Antoine Demers-Charbonneau

 

 

J’ai jamais eu de surprise party pour ma fête. Enfin, pas le classique où tous vos amis réussissent à se jouer de vous pour vous surprendre. Pour festoyer, à quasiment chacun de mes anniversaires, j’ai toujours eu les mêmes deux amies de filles que j’voyais seulement à quelques reprises dans l’année. À ma fête et à la leurs. Leurs relations étaient plutôt fusionnelle, même si elles étaient toutes deux straight. C’était un peu la même fille, mais en double. On a toujours été assez proche malgré notre amitié « en séquence ». J’ai jamais fréquenté sérieusement aucunes des deux. Les fois où ça a passé proche, c’était la crise de jalousie dans le camp lésé. À rien n’y comprendre, mais passons. En à peu près vingt années de festoyade, j’ai assisté à une des plus incroyable escalade de désinvolture. Si j’avais eu d’elles de précieuses bouteilles de scotch, de somptueux repas gastronomiques, des kilomètres de shooters alignés, même un trip-à-trois (j’étais tellement pété que j’m’en souviens plus du tout), jamais elles auraient étés en mesure de faire plus que cette fois-là.

Après quelques verres et des bouchées, les filles proposent d’aller poursuivre notre délire dans un karaoke du Village. Why not ? S’il existe un endroit pour fêter, c’est bien dans ce secteur de la métropole. On saute dans un taxi. Comme d’habitude j’m’assois en plein milieu de la banquette arrière, blotti entre les deux. Le chauffeur nous regarde, amusé. J’ai l’air d’un big shot qui sort ses deux poupounes. Il reste incrédule quand j’lui dit que c’était elles qui m’sortaient. Avec le pétillant et l’énergie que ces deux femmes-là dégageaient dans un espace clos comme l’arrière d’un taxi, j’pense qu’il était à la fois confus et envieux. On descend devant la place, on entre. Rapidement on s’y met, on trinque, on choisit des chansons et surgît la flamboyante animatrice : une drag queen d’au moins 6’4”-6’5”, 7’ perché sur ses talons. Filiforme, les traits à la fois doux et anguleux à la Twiggy, elle ne met pas de temps à me spotter. De jolis petits yeux tout brillant, de pulpeuses lèvres laquées d’un rouge Ferrari, une poitrine invitante, un derrière à faire rêver : j’connais des femmes qui tueraient par  jalousie, juste en voyant un cul comme ça.

La grande diva m’appelle pour mon tour de chant. On a fait comme à chaque fois, quand on sort dans ce genre de place les trois ensemble : on choisi une chanson pour un autre sans dire quoi. T’embarques sur le stage, et c’est une surprise à coup sûr ! La dernière fois Maria m’avait choisit « Bye bye mon cowboy ». On avait bien rigolé. Mais pas autant qu’on s’apprêtait à le faire. « J’aime les filles » de Dutronc, une brillante idée de Myriam, se fait entendre. Tout les clients dans l’bar sont pliés en deux. Les gars sifflent. Je met l’paquet. La chanson est presque terminé, la grande drag surgit et me tend un shooter.

« Aujourd’hui c’est l’anniversaire de c’te beau grand jeune homme-là. Et Manon aime toujours offrir un p’tit numéro dans ces occasions là. »

Avec une fougue de dominatrice, elle saisit une chaise, la pose en plein milieu de la scène, m’y installe et commence son petit numéro qui ressemble à du lap dancing. Arrivé à mon sexe, en cherchant la complicité du public, elle pose le regard sur mon pantalon puis fait signe à la foule que j’ai l’air l’air bien pourvu.

Les gens applaudissent à tout rompre.

Elle s’assoit de tout son long sur moi, en prenant soins que tout le monde remarque son dandinement quand elle pose ses fesses. C’est sûr que j’allais bander.

Elle regarde la foule et y va d’un grand « Ohhh! » et passe ses jambes interminables par dessus l’accoudoir; son grand bras ganté de soie s’enroule autour de ma nuque et elle entonne un

« Happy birthday » encore plus suave que celui de Monroe au Président Kennedy. Mes deux copines au bar se peuvent plus et rigolent à en mourir.

Je l’sais pas si c’est la chaleur de l’éclairage, l’alcool, ma libido ou tout ça mis ensemble, mais j’ai comme l’impression d’être sorti de mon corps à ce moment précis. Rien de désagréable, juste fuzzé correct.

J’descend du stage et Maria fait signe qu’elle file aux toilettes. Myriam me regarde, rigole, me souhaite un joyeux anniversaire et me french comme elle l’avait pas fait depuis longtemps. La dernière fois, c’était pour son anniversaire à elle. Elle était serveuse dans une soirée lesbienne et avant pas pus faire changer son quart de travail, on avait décidé d’festoyer à sa job.  Au last call, le classique : on avait dansé un slow. Pis un slow sans french ni subtile exploration du galbe de poitrine de ta chum, c’est un peu drabe pour un french de fête.

Je cherche du regard la grande Manon.

« J’la connais c’te drag-là. J’sais pas de où, mais j’suis certain que je l’ai déjà rencontré. »

Myriam me tend un autre shooter. J’la regarde, j’hésite.

« J’suis ben qu’trop bourré. Tu l’boiras avec Maria quand elle va revenir. J’vais d’ailleur l’imiter, autrement la vessie va m’sauter. »

Myriam se met à rugir pour rire et vient pour me ramasses le sac : « Ohhh t’es bandé pour vrai mon cochon! C’est pas juste un bandage de pisse ça… »

Qu’est-ce que j’devais répondre ? J’me suis contenté d’hausser les épaules et sourire. Maria arrive sur l’entrefaite, j’lui tend le shooter et pointe Myriam.

« J’vais au p’tit coin, j’reviens. »

Je traverse le bars, j’me fais dévorer des yeux, par pas mal tous les gars dont je croise le regard. Ça me laisse complètement indifférent. Arrivée au fond, y a un pictogramme qui indique d’emprunter un petit escalier étroit et abrupte pour pouvoir soulager mon envie.

Pas l’choix vraiment de me frotter à deux ou trois personnes en chemin. Typique du genre d’endroit, les toilettes sont mixtes. Et des miroirs se trouve même au-dessus de chaque urinoirs.

Dans le cadre d’la porte : Manon. Elle a troqué sa tignasse platine pour une chevelure courte, spiky et brune, qui rappelle plus Liza Minelli.

J’allume…

« Ah ben me semblait aussi… Martin ?! »

Je tire la chasse, remballe tout et me dirige vers le lavabo.

« C’est ben cool que tu sois là. C’est ta fête aujourd’hui pour vrai ? Viens dans ma loge on va être plus tranquille.»

J’me pose tellement pas de question. Martin, avec toute la délicatesse de Manon, me prend la main et m’amène vers une porte un peu plus loin.

« Entres. Tu veux boire quoi ? »

Je hoche la tête.

« Nahhh. J’ai jusse assez bu. De l’eau ça va être parfait. »

Martin tire une bouteille d’un frigo de bar et me la tend.

Dans mon fort intérieur, j’suis momentanément confus : Martin ou Manon ?

-T’étais pas straight toi ?

-Qu’est-ce que ça peut ben changer ? C’est mon anniversaire ? J’fais c’que j’veux!

Martin extirpe son sourire de Manon. Il reprend ses yeux de cochonne, m’accroche par la ceinture et me tire gentillement dans sa direction. Elle s’agenouille, défait ma braguette pour y passer ses doigts. J’me laisse faire. J’ai crissement envie de m’faire sucer de toute façon. Manon, Myriam ou Maria, qu’est-ce que ça peut ben changer ?

Quand j’allais à l’université avec Martin, on était quasiment toujours en équipe ensemble durant les périodes de laboratoires. Les vendredis matins étaient toujours fournis en anecdotes croustillantes. C’est à cette époque, au cours d’une conversation épique sur la fellation, qu’il m’avait vendu sa théorie qu’il y avait pas mieux qu’un gars pour en sucer un autre. C’est un peu phallocrate mais, j’avoue que le concept de la verge échappe à une

en bonne partie de la gens féminine.

Elle me regarde et me lance un « Hooouuuuuuu… », qui finit par un duck face, et donne un moment aussi burlesque que bandant.

« Ça l’air de loger c’te belle grande bouche là », que j’lui dit, pour la défier.

Elle défait ma ceinture avec précision et fermeté. Elle découvre mon gland bien gorgé qui ressemble à une pièce de verre soufflé. Ma verge est fière et ne demande qu’à être honoré.

-Nice cock birthday boy !

-Merci. Oublies pas les couilles : sont ben jalouses. En fait, la vérité c’est que si tu fais comme si elles existaient pas, y a rien qui va s’passer. On vit en démocratie et elles sont majoritaires.

-I like my tea bag with cream… Lots of cream !

J’regarde Manon qui se débarre la mâchoire comme un serpent pour avaler le petit animal. Je vois dans la réflexion du miroir de la loge, son visage tourner au pourpre. C’est certain que j’ai son rouge à lèvre étampé de façon surréaliste à la base de mon sexe. Manon est en apnée et m’offre sa version de l’image du serpent au jardin d’Éden, exception fait que c’est ma queue qui est mordue.

Oui, un gars qui suce un autre gars, ça a rien à voir avec les plus talentueuses pipeuses que j’ai rencontré jusqu’à ce jour. Elle me recrache tout doucement, laissant un ectoplasme parfumé à la vodka framboise sur mon sexe d’acier. À cet instant, il est texturé de mille et un vaisseau qui donne l’impression, que même le plus réaliste godmichet, comme ceux moulés sur des sexes de pornstars, semblerait complètement lisse; elle s’empresse d’utiliser le fluide pour m’enduire les couille et se frayer un chemin chez le voisin d’en arrière.

J’suis tellement détendu qu’en même pas 20 secondes, Manon pose index et majeur directement sur ma prostate, tout en me dévorant les couilles et me pompant le dard au rythme sourd de la house déployé par le deejay, qui vient de prendre les commandes de la soirée à l’étage. J’fais un ou deux pas à reculons et j’m’assois doucement, j’balance la tête par derrière, je ferme les yeux et me concentre sur les sensations. J’me sens au complet comme c’est rarement arrivé dans ma vie. J’suis en train de vivre mon plus bel anniversaire ever. J’me sens partir. J’suis en train de tomber, j’fais de la chute libre…

J’viens, mais juste dans ma tête. Mes tempes se serrent, j’ai un doux frisson à la base de ma nuque et suis traversé d’un grand courant : je sais pas combien de temps ça a durée, mais ça aurait pu ne jamais arrêter…

Le silence. Je suis allongé. J’ai de petites mains qui s’affairent avec mon appareillage. J’ai envie d’aller à la toilette, mais je sais que j’suis prémunis contre les fuites tant que l’érection est franche. J’ouvre les yeux : ma blonde est grimpé, prête à s’asseoir sur moi.  Manon, Maria et Myriam ne sont plus qu’un vague souvenir de mes vingt-cinq ans, que mon subconscient a déterré en faisant le ménage de mes souvenirs et de mon esprit.

« Tu rêvais. Ça avait l’air le fun. J’ai pas pu m’empêcher quand j’ai remarqué ton bandage de pisse. J’allais quand même pas rester là, à me masturber en te regardant gémir dans ton sommeil ? Bonne fête vieille croûte…»

Aujourd’hui j’ai quarante ans.  C’est une autre journée d’anniversaire extraordinaire qui commence.

Après un rêve aussi torride, me faire réveiller comme ça, c’est comme gagner un tour gratis.

 

-Prud’homme

Prud'homme

 

 

 

 

 

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