Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

 

J’ferme les yeux. J’imagine son souffle dans mon coup qui glisse jusqu’à mes seins, sa bouche ouverte, ses lèvres qui n’osent pas encore me toucher, pour étirer le désir, me faire souffrir d’envie. Ma poitrine se gonfle immédiatement. Mes mamelons se durcissent. Mon sexe se mouille. Je garde les yeux fermés fort malgré le bruit incessant des moteurs de voitures qui circulent autour de moi. Je ne veux surtout pas décrocher, j’ai besoin de me perdre dans ses mots, dans le son de sa voix.

Il fait chaud, l’humidité fait frisoter les mèches rebelles qui ne tiennent pas dans mon chignon. Quelques gouttes de sueur ruissellent sur mon front, sur mes tempes, et glissent jusqu’aux commissures de mes lèvres. C’est salé. Les vitres de la cabine téléphonique embuent presque.

À l’autre bout du fil, je parle à mon amant que je n’ai pas vu depuis deux mois.

Je suis sur la route pour le travail. Je me promène de ville en ville, de motel en motel sans jamais avoir un seul moment de solitude.  Lorsque j’ai mis les pieds dans la cabine, je me suis sentie transportée dans le temps. Comme un voyage éveillé dans mes souvenirs, dans mes fantasmes surannés de mes nuits d’adolescente à romancer ma vie, à m’imaginer faire l’amour nonchalamment.

J’emprunte quelques phrases gravées sur la vitre de la cabine. J’essaie de l’exciter à mon tour. Je glisse mon doigt sur les mots comme si je pouvais sentir leur effet sur ma peau, pour vrai.

Au loin, des voix d’adolescents fusent. Je me retourne un moment pour regarder la scène. Quelques garçons taquinent de jolies jeunes filles en faisant sauter des pétards à mèche. Leurs bicyclettes traînent ici et là et bloquent la seule voie provenant de l’autoroute qui mène au motel. Ils s’en foutent.

Je décroche et mon amant s’en rend compte. Il tente de me ramener à l’ordre en me réprimandant avec des mots durs. Au seul son de sa voix autoritaire, je faiblis. Je tourne le dos au motel et fait face à l’autoroute.

Je ferme les yeux à nouveau.

Cette fois, je glisse ma main dans mon jean. Je me concentre sur chaque mot qu’articule mon amant, chaque respiration qu’il prend. Mon clitoris s’est durcit et je gémis en le caressant. J’essaie de glisser mon doigt dans ma chatte mais mon jean est trop serré. Je m’obstine. Ma respiration s’accélère, mes mouvements aussi. J’imagine ses doigts se mêler aux miens. J’ai mal au poignet mais je m’en fous.  La friction entre ma main et mon jean me brûle la peau mais mon désir de jouir est plus fort que je n’arrive pas à m’arrêter. En imaginant sa bouche puis sa langue avaler ma chatte, mes jambes faiblissent. Je viens enfin. Mon amant soupire à son tour à l’autre bout du fil. J’ouvre alors les yeux mais ma vue est complètement embuée. Nous ne parlons plus, nous reprenons notre souffle.

Lorsque ma vue s’éclaircit enfin, j’aperçois mon reflet dans les vitres de la cabine. J’ai tellement eu chaud que ma peau est ruisselante et mon mascara a coulé. Je souris à ma vue et me sens tout aussi insouciante que les adolescents qui s’amusent au loin.

Nous raccrochons en nous disant des banalités comme si nos orgasmes séparés nous avaient rendu étranger. Je dépose le combiné et sort de la cabine. Le soleil couchant m’aveugle un moment puis je repère un des écriteaux à l’entrée du motel où il y est écrit en lettres majuscules le mot crêpe.

J’ai soudainement un goût de sucré en bouche.

 

-Vanity Dietrich

Vanity Dietrich

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