Une illustration de Marjolayne Desrosiers

Une illustration de Marjolayne Desrosiers

De sa fenêtre, elle scanne l’intérieur du magasin d’électronique de l’autre côté de la rue. Un client discute avec un vendeur qui gesticule dangereusement un toaster dans les mains. Un groupe de jeunes se bouscule autour de consoles de jeux vidéo à savoir à qui le tour. Son regard se pose enfin sur un homme d’une vingtaine d’année accoudé au comptoir caisse feuilletant un dossier. Il empoigne le combiné du téléphone puis compose un numéro. De ses petits yeux malicieux, elle suit tous ses faits et gestes. Sa main qui passe dans sa chevelure brune juste assez longue, juste assez bouclée. L’étiquette de sa veste d’employé qui dépasse de son collet. Son joli cul suffisamment musclé dans ses jeans délavés démodés. Elle se mordille une lèvre.

 

Ça fait maintenant 3 semaines qu’à chaque jeudi et vendredi soir elle s’installe devant sa fenêtre pour observer cet homme servir ses clients, errer dans les allées de ce magasin de plus en plus vide, puis fermer sa caisse. Ça fait maintenant 3 semaines qu’il lui a vendu avec le sourire le plus craquant du monde une paire d’écouteurs bon marché. Qu’il lui a délicatement déposé sur les oreilles, ses mains frôlant sa chevelure, sa nuque, pour lui faire entendre la soi-disant étonnante qualité de l’objet. Ça fait maintenant 3 semaines qu’elle cherche une raison pour y retourner, pour lui parler à nouveau, pour un autre rapprochement. La modeste paire d’écouteurs tenant bien trop la route, elle peine à trouver une autre option. Disons qu’elle n’est pas des plus fins stratèges en ville question flirt.

 

Mais l’attente est douloureuse et chaque seconde de plus qu’elle passe à l’observer creuse son appétit sexuel. Son sexe brûle, l’irrite. Et malgré tous ses doigts, dildos et autres gugusses vibrants qu’elle a bien pu se rentrer dans la chatte, rien ne la rassasie. Elle jette un coup d’œil autour d’elle à la recherche d’une idée, d’une inspiration. Une table basse, une télévision, un tapis, une télévision, un sofa, une télévision. « Oui, tiens, pourquoi pas une télécommande ? C’est pratique non ? Tout le monde a besoin de ça une télécommande. Et ça se perd si facilement » : se dit-elle. Sans réfléchir plus longtemps, elle enfile un manteau et traverse la rue. Calculatrice non plus elle n’est pas.

 

Une fois à l’intérieur du magasin, elle se dirige machinalement vers les télévisions, la tête basse. Elle cherche à travers le reflet des écrans éteints le désirable vendeur.  Comme elle ne le repère pas, elle panique et regrette d’avoir mis les pieds dans cet endroit. En faisant un pas en direction de la sortie, elle sursaute en se rendant compte qu’il est juste à ses côtés, silencieux. Il  s’excuse puis lui sourit de son sourire à mille piasses et lui demande s’il peut l’aider. « Certainement, tu n’as qu’à me baiser » pense-t-elle. Elle hésite puis lui murmure simplement : « télécommande ». Pas de verbe, pas de complément, pas de sujet non plus, certainement pas. Juste : « télécommande. »

 

Il lui sourit encore. Un sourire fixe, légèrement niais doit-elle l’avouer. Mais un mignon sourire quand même.  « C’en est trop, il fait par exprès ou quoi ? » : se demande-t-elle. Il se dirige dans une autre allée puis lui pointe quelques télécommandes enveloppées dans des emballages de plastiques multicolores.

 

« T’en veux une universelle ? »

 

Elle ne sait que répondre. Il renchérit.

 

 « C’est pourquoi ? »

 

« Ma télé … j’l’ai perdue. »

 

« Ok. Vas-tu aussi l’utiliser pour ton dvd player ? »

 

Ne sachant trop quoi répondre, elle hoche la tête. Elle s’en fout au fond de la fausse utilité de cette télécommande. Il se retourne vers le présentoir et inspecte les différentes options. Elle s’approche tout doucement de lui et hume son parfum mais se ressaisit rapidement. Il prend un emballage en plastique orange et rose fluo et lui tend.

 

« Ça devrait faire l’affaire. Y’a des instructions à l’intérieur pour la faire fonctionner avec ta télé, pis tout ce que tu veux. »

 

Elle fixe le paquet, un modèle avec une centaine de pitons et un écran lumineux. Puis elle remarque le prix. 79.99$. Ça fait chère la cruise zéro productive qu’elle réalise.

 

« Si jamais ça te pose problème, j’pourrais peut-être t’aider. » 

 

Elle lui sourit bêtement.

 

« C’est gentil. Merci. »

 

Elle voudrait dire autre chose mais ne sait par où commencer. Ils restent un moment plantés sur place puis celui-ci lui retourne son sourire et l’invite à passer à la caisse. Elle le suit sans broncher. En chemin, elle lui mate discrètement le derrière. Elle se dit qu’elle a un bien meilleur point de vue de l’intérieur du magasin. Puis soudainement, elle a bien plus qu’un close-up sur le cul en question mais bien une main. Le vendeur se retourne étonné. Elle baragouine un : « Désolé je me suis enfargée. » en pointant bêtement le sol sans faille. Le vendeur sourit à nouveau. Elle voudrait bien lui faire ravaler celui-là. Puis il se retourne et continue son chemin.

 

Au comptoir caisse, il scanne le produit et le glisse dans un sac.

 

« J’ai pas besoin de sac. Merci »

 

Elle trouve des mots pour sauver la planète mais aucun pour flirter. Elle se dit qu’elle a les priorités aux bien mauvaises places. Elle paie la télécommande avec sa carte de crédit. Ce ne sont pas ses économies risibles qui vont en prendre un coup ce soir. Elle prend la télécommande dans son emballage plastique ainsi que la facture qu’il lui tend avec son énième sourire à couper le souffle. Elle hésite puis le salue et sort des portes coulissantes presqu’à reculons.

 

Une fois à la maison, elle laisse tomber la télécommande par terre avec son manteau. Elle se dirige vers son fauteuil, s’assoit et pousse un long soupir. Elle regarde à nouveau par la fenêtre. Le magasin est toujours là. Toujours aussi lumineux avec ses néons multicolores des années 80. Elle se sent ridicule, mais surtout elle est déçue, déçue d’avoir perdu une opportunité de l’approcher.

 

Seule chez elle, elle repense à ce cul ferme. Elle imagine sa main faire son chemin jusqu’à sa braguette. Elle voit sa main qui se faufile dans son pantalon et qui glisse sous son slip. Elle touche son membre à la fois dur et doux qu’elle empoigne avec fermeté et avidité. Elle s’imagine caresser son sexe avec sa main, puis sa bouche. L’envie lui vient alors, encore plus puissante, encore plus pressante. Sa petite culotte se mouille graduellement avec chaque nouvelle image qui lui vient à l’esprit. Elle déboutonne son pantalon et glisse sa main jusqu’à son clitoris. Dans ses yeux une lueur de déception mais aussi une de détermination, elle cherche ce corps si désirable dans le magasin. Aussitôt qu’elle l’aperçoit, elle ferme les yeux comme s’il l’avait vu, comme s’il pouvait savoir ce qu’elle était en train de faire. Elle glisse ses doigts dans sa chatte mouillée. Elle respire profondément tout en continuant à se masturber et imaginer son joli cul. Comme son désir ne culmine pas, elle frustre. Elle retire son pantalon et le balance à l’autre bout du salon avec son pied. Elle reprend là où elle en était mais ce n’est pas assez. Elle se lève pour aller chercher son dildo au même moment ses yeux repèrent la télécommande dans son emballage fluo. Elle hésite, dandine sur place la chatte à l’air puis prend l’emballage et se précipite en cuisine. Elle ouvre le paquet avec une paire de ciseaux et en retire l’objet convoité. La télécommande luit de son gris argenté dans la noirceur de la cuisine.

 

Elle retourne dans le salon et s’assoit confortablement dans son fauteuil faisant face au magasin d’électronique, la télécommande dans sa main droite. Elle le cherche encore mais ne le trouve plus. En fait, les lumières intérieures sont éteintes. Le magasin est fermé. Elle devra s’y prendre seule comme d’habitude se rend-elle compte. Elle insère les doigts de sa main gauche dans sa chatte, elle est toujours aussi mouillée. Sa main droite serre fort la télécommande puis l’approche de sa chatte. Pour commencer, elle la frotte sur son sexe de son côté lisse puis du côté avec les 100 quelques pitons. Sa respiration s’accélère. Elle empoigne le bout le plus arrondi et l’insère péniblement mais tout doucement dans sa chatte. Les boutons de la télécommande râpent les parois intérieures de son sexe. Ça fait à peine mal. À peine. En quelques minutes, elle jouit. Elle pousse un soupir, à la fois irritée et soulagée.

 

Dans le noir total de son salon et l’absence de lumière provenant du magasin d’électronique, sa main ne lâche pas la télécommande. L’objet maintenant enduit de sa cyprine est sûrement complètement bousillé. Il n’aura probablement plus aucune utilité. Alors on repassera pour le coup de main avec l’installation prend-elle douloureusement conscience.

-Vanity Dietrich

Vanity Dietrich

 

 

 

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