TRICHERempanadas

Illustration de Catherine White

 

Personne m’avait dit qu’on pouvait pas apporter d’empanadas dans un show de danse contemporaine. À c’t’heure que je l’ai déballé pis que l’odeur a envahi toute la pièce, tout l’monde me regarde bizarre.

Les nerfs! R’garde ailleurs! Les néons nous pètent encore dans face; Le show est même pas commencé.

Anyway, j’suis venu icitte pour te faire plaisir pis j’pense que t’es celle qui me persécute le plus du regard en ce moment. Don’t get me wrong; j’aime ça la danse contemporaine. Mais avec la complicité qui règne entre nous dernièrement, disons que j’aurais aimé mieux aller boire seul au bar ou bin m’tirer en bas du pont…

En même temps, j’dis que ça s’passe pas entre nous, mais j’comprends exactement c’que t’essaies d’me dire en ce moment avec ton regard accusateur. C’est beau j’finirai de l’manger plus tard…

Ça tombe bin les lumières ferment. Le show commence. Une pièce de musique classique est entamée. Lacrimosa. J’mets ma main sur ta cuisse. (Comme si) t’avais peur que mes grosses mains graisseuses d’empanadas salissent ton pantalon, t’enlèves ma main de sur ta cuisse. Le show va être long…

Tranquillement, les lumières du stage s’allument sur cette jolie femme de 26ans, rousse, cheveux longs, la peau blanche comme de la cocaïne, les yeux cernés, complètement nue. Son corps nerfé, ses petits seins avec 0% de matière grasse, ses petites fesses bombées comme une vallée écossaise, son visage simple et sûr de lui-même. J’aime ça, la danse contemporaine.

C’est à peu près là que j’ai commencé à en perdre des bouts.

J’me rappelle qu’il y’a eu un long moment de danse qui selon plusieurs était sensationnel. Mais pour moi, c’était un show de ce corps formidable qui bougeait, volait, tombait dans tous les sens. De la peau, de la force féminine, de la sueur, des cris, des gémissements, des corps qui se touchent, qui se frappent, des respires saccadés. J’aime ça, la danse contemporaine.

Après le show, ma blonde voulait s’en aller. Moi j’voulais rester pour la période de question. Vraiment. Fa’qu’ est partie. Décidément, ça allait pas entre nous…

J’suis resté écouter toutes les questions (plates) que la foule posait aux danseurs/DANSEUSES.

-Combien de temps est-ce que… Ça fait-tu mal quand vous… Qu’est-ce qui vous inspire au début de…

TAYEUL!

À la fin, la chorégraphe invite de façon non-officielle toute la salle à les suivre pour un verre dans un bar sur Rachel. C’est tu trop fan d’y aller? M’en sacre de toute façon, tout pour pas être chez nous pis me faire parler d’empanadas et de comportement sociétal.

En arrivant là-bas, j’me prends un verre et j’commence à parler avec la chorégraphe. J’la connais un peu. J’parle de tout et de rien. Surtout de rien. Je l’a complimente sur son show comme si j’avais compris quelque chose puis j’en viens finalement au sujet qui m’intéresse le plus.

-C’est qui ELLE!

-Hein? Bin c’est ma danseuse principale. C’t’avec elle que j’fais tous mes shows.

-Mais son nom?

-Caroline. Tu veux que j’te la présente? Est célibataire. Me semble que vous iriez bien ensemble! T’es tu encore avec ta blonde?

Seigneur… trop de questions/d’information/de stimulus dans le même paragraphe. Dans ces moments-là, mon cerveau fige puis je dis n’importe quoi.

-Bah t’sais! Tricher, c’est aussi gagner!

-Qu’est-ce tu veux dire?

-… J’sais pas.

-T’es bizarre…

-Oui.

J’sens comme un malaise. Caroline passe à côté de nous.

-Ha bin! On parlait justement de toi!!!

-Salut? On se connait?

-Bin non mais c’est ça, on parlait de toi pareille.

La chorégraphe bénéficie de ce moment étrange.

-Bon bin j’vous laisse!

On se retrouve moi et la danseuse rousse auparavant nue  et au corps de déesse seul en tête à tête.

C’est à peu près là que j’ai recommencé à en perdre des bouts.

J’me souviens vaguement qu’elle riait. Peut-être de mes blagues, peut-être de moi. Ensuite j’me souviens de pas me souvenir de la quantité de verre qu’on a trop bu. Après ça y’a eu le moment flou des au revoir où tout le monde semblait soudainement avoir du travail le lendemain. Puis le fameux close des gens qui travaillaient encore à ce moment là. Ensuite du flou. Bin du flou.

Pis après beaucoup de clair. Des micro-détails dont j’vais toujours me souvenir. Comme celui où on a pris un raccourci dans la ruelle sur Lionnais. Le moment où la ruelle s’est mise à sentir son parfum frais, subtil, qui fait saliver. Le moment où je l’ai accoté dans la clôture de bois qui a mené un vacarme dans tout le voisinage, que je l’ai senti, que je lui ai mordu la lèvre supérieure, puis embrassé à pleine bouche.  Le moment où j’ai glissé ma main sous son gilet et senti son sein envahir ma main, son mamelon grafigner ma paume, sa peau parfaitement lisse d’imperfection qui collait à mes doigts. Le moment où sans demander, j’ai laissé glisser ma main sur son ventre jusqu’à l’intérieur de sa culotte qui brillait de son absence puis elle, de laisser s’échapper un soupir de soulagement, un gémissement, une délivrance.

Puis y’a eu le moment où elle s’est mise à se tortiller, comme ça, tout bonnement, parce qu’elle en ressentait le besoin. Aussi parce que mes doigts caressaient son clitoris humide, puis ses lèvres, puis l’entièreté de son vagin, pour finalement revenir au clitoris. Pendant ce temps, mon autre main caressait encore son sein, et ma bouche sur sa nuque et sa nuque sous mon souffle.

Ensuite, y’a encore eu du flou. Comme le moment où le gars qui promenait son chien à 4h est passé à côté de nous en disant beaucoup de flou.

« Si j’te vois pas, t’existe pas! » que j’lui répétais.

Puis le flou est reparti pour laisser place à une main dans mes culottes, pis une autre qui relève sa robe d’été.

-As-tu des condoms?

-Non…

-Es-tu clean?

-J’sais tu?!

-Tu niaises?

-Toi t’es tu clean?

-Partout sauf dans tête.

-Allright!

« Twist my Rubber arm” comme qu’ils disent…  Je la pénètre par derrière pendant qu’elle s’agrippe à la clôture. C’est notre façon de vérifier la solidité de cette dernière. Pas pire solide…

Pis après, y’a eu d’autres moments flous de elle qui lâche des cris, de moi qui redouble d’ardeur, de elle qui crit encore plus, de mon téléphone qui sonne, de moi qui réussit subtilement à l’éteindre en regardant en catimini le nom sur l’afficheur. Ma blonde.

Pu de flou. Tout était très clair. J’men foutais.

Après y’a eu elle qui liche le bout de ses doigts comme si c’était un cornet pis elle qui plonge sa main sous sa robe. Tant qu’à être dans ce coin-là, elle tâte mes couilles au passage. Toujours bon de vérifier. J’vais pas tougher ça bin longtemps par exemple, mais ça, elle le sait.

Brusquement, sans m’avertir, elle se tourne, s’agenouille devant moi et met mon sexe dans sa bouche. Loin. Le plus loin qu’elle peut. En même temps, la jupe relevée, elle continue de se toucher. Moi je continue de ne plus pouvoir endurer ça. Elle se masturbe maintenant de façon utilitaire. Son corps frémit, ses jambes convulsent, peinent à tenir accroupies.

Au moment de jouir, elle sort ma queue de sa bouche et enrobe sa main autour de mon sexe humide. Dans un semi-moment de convulsion, je relâche tout. Elle laisse couler le sperme sur ses joues, puis sur ses lèvres, puis sur sa robe. Elle jouit aussi. Ce tableau pornographique m’excite énormément.

L’extase s’empare de tous mes membres et de mon cerveau.

Puis beaucoup de flou.

J’me réveil dans un lit. Mon lit. C’est visiblement le matin. Aucun signe de la danseuse à part mes doigts qui sentent le sexe et son odeur de ruelle subtile qui me colle au chandail. Tiens donc, mon chandail… J’suis encore tout habillé, couché sur les couvertures.

Ma blonde est couchée à côté de moi. Elle me fixe. Elle a un air de « faut qu’on parle »…

J’devrais dire quekchose pour détendre l’atmosphère.

-J’ai faim! T’as-tu faim toi?

Avec ses yeux inquisiteurs :

-Non.

En tournant mon regard vers le plafond, je fouille dans mes poches de hoodie. J’trouve la moitié de mon empanada d’la veille.

Personne m’avait dit qu’on ne pouvait pas finir un vieil empanada de la veille dans un lit à côté de sa blonde fâchée parce que t’as baisé une étrangère dans une ruelle toute la nuit sans capote!

C’est beau! T’as gagné c’fois-là ! J’va’s le remettre dans mes poches…

Ça te fait pas rire.

-Gulliver du Lombriquet

Korbet McBoules

 

 

 

 

2 Comments

  1. Carl'os Banndera
    October 31, 2014

    Deux Smoked Meat SVP!

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  2. Carl'os Bandera
    October 31, 2014

    Elle le scie, à tique!

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