illustration de David Arcouette

illustration de David Arcouette

Si j’étais en amour, je te regarderais t’endormir le cœur serré et envolé, je ferais semblant de te replacer une mèche de cheveux, qui retomberait de toute façon. Je vérifierais que tu respires. J’aurais envie qu’on baise pour te faire venir et te faire savourer ta propre chair grâce à la mienne mais comme je ne t’aime pas, j’ai juste envie de me faire venir à travers ton corps. Et tes yeux mi-clos de plaisir avenant me feront me sentir exister. Et le temps de cette baise je me mentirais et me sentirais vivante remplie des secousses de ta bite.

Comme tu dors, je t’observe et je sais que je ne t’aime pas. Je ne t’aime pas même si j’aime ton rire et tes mains,  tes épaules et ta voix, même si j’aime que tu me fasses rire,  que tu me désires, que tu me cuisines et tout le reste. Je ne t’aime pas mais tu sais, je te désire aussi, merde. Je ne t’aimerai jamais. Je ne les aime pas assez tes défauts, ni tes maladresses. Elles ne m’émeuvent pas. Quand tu es con, je ne t’aime pas, je te hais. Alors comme pour me la faire fermer, tu te réveilles et de ton bras lourd et réconfortant tu m’attrapes et m’entoures. La chaleur de ton corps se diffuse parfaitement dans le mien et j’aime ça. Je me sens impalpable comme anesthésiée de mon enfouissement. Encore à moitié endormi, tu bandes et je me mens encore car j’ai envie de toi.

On est dimanche matin et je ne t’aimerai pas. Même pas jour. Même pas un jour de solitude. Tu bandes dans mon dos, te rapproches et respires dans mes cheveux. J’aime sentir ta cage thoracique ne pas avoir assez de place pour respirer, comprimée par le rapprochement de nos corps et le son de ton souffle croissant tentant de se frayer un chemin, me rassure. J’effleure ta peau brûlante et vivante du bout de mes doigts puis je pince et attrape ton corps par endroit comme pour vérifier que tu es bien là.

Ton sexe est dressé et je joue avec mais je déplanterai bien mon cœur troué, là. Il ne bat plus comme il faut, pour un autre. Personne ne me le rendra ce trou. Surtout pas celui qui me l’a volé comme s’il avait été rien qu’un petit bout de viande bon marché. Alors t’aimer toi, le petit dernier, toi le beau qui est dans mon lit frais comme un cœur d’occasion, recommencer à l’infini. Je ne sais plus. Je ne t’aime pas. Tu passes ta main sur mon ventre sans détour, tu glisses tes doigts là où il faut comme si tu me connaissais par cœur. Alors comme si je t’aimais, j’attrape ton cou et t’embrasse de mon trop plein d’incohérence, même que je te désire vraiment. Cette vie, belle et moche à la fois, parfois en même temps, comment est-ce possible ? Alors je suis laide et pleine de grâce à la fois moi aussi. Pleine de soif de toi et d’inappétence de toi, pétrie de menteries de fin de semaine, je te caresse le torse, ton torse si réconfortant. Je descends ma langue humide vers là où tu veux mais je fais des détours. Je fais ces détours car je sais que tu les adores,  je sais maintenant que tu aimes que je te fasse mijoter. Ma langue glisse dans ton aine et comme pour te surprendre, je dérape sur ta queue plus vite que prévu. Et là, tu te réveilles, tu resserres alors tes mains sur mon cou. J’ai mal au vide comme un amputé revenu du front qui se réveille souffrant de sa jambe perdue alors qu’il ignore encore qu’il en est dépossédé. Je me sens comme ça, oui pendant que cuisante, tu m’actives l’entrecuisse et que progressivement je me délecte de tes mains agiles. Ma bouche continue langoureusement ses allers et venues sur ton sexe invitant. Je salive vachement parce que je sais que tu aimes ça que je salive sur ta bite. Tes doigts continuent eux de me visiter de l’intérieur, ton autre main agrippe mon sein, et la ferveur accompagnée de la douce violence que tu y mets me fait craquer. Je raffole de cette façon que tu as de te saisir de mes seins. Tu le fais souvent quand tu dors et si je t’aimais, j’aimerais encore plus cela. Nos respirations sont syncopées et en canon, nos corps se soulèvent. Ta bouche épaisse sur le bout de mes seins, J’ai envie que tu me rentres dedans, mais tu décides que non. Tu parcours à ton tour mon corps de ta langue forte et humide, tu me fais le même coup de me faire mijoter et déraper sur mon sexe d’un coup, ça te fait rire. Tu plonges ta langue au centre et là je cèderai peut être presque à tout, même sans amour. Cette manière que tu as de me faire jouir du bout de ta langue avec juste ce qu’il faut de fermeté de vigueur et de douceur et toujours au bon endroit, je ne comprends pas comment tu peux savoir ça sans me l’avoir demandée. Tu me fignoles ça mon garçon comme si tu avais déjà été une fille, comme si tu savais.

Quand je suis sur le bord de l’extase tu me laisses en profiter deux secondes et tu arrêtes. Tu recommences ta délicieuse et cruelle technique quatre ou cinq fois, à la sixième, je me redresse, je te chevauche car je ne veux plus attendre, tu es tout décoiffé, ça te rend beaucoup trop beau. Quel beau dimanche matin. Je bascule mon bassin sur le tien, tu regardes mon cul aller et venir sur ton corps dans le reflet de la fenêtre, puis tu fermes les yeux, puis tu regardes le reflet, tu caresses mon sein, puis ma bouche, puis tu places ton pouce sur ton ventre pour que je puisse m’y frotter au passage. Forcement, c’est encore mieux. Le mouvement de bascule devient de plus en plus rapide presque brutal, mais c’est moi qui décide. Tu commences à gémir, t’es beau quand tu viens et t’es le premier gars que je trouve aussi beau quand il vient. Moi aussi je m’apprête à venir, mais je n’ai pas le temps, tu me devances, ta respiration est forte, saccadée mais apaisante. Ton corps se crispe un moment  puis se relâche d’un coup. Ton souffle à peine repris, tu me bouscules, m’allonges et glisses tes doigts entre mes cuisses encore humides de toi. Quelques mouvements suffisent à « m’orgasmer », j’ai les yeux fermés mais je sais que tu me regardes prendre le plaisir que tu me prodigues de ta main. Mon corps devient plus léger quand tu me touches, c’est qu’on baise bien toi et moi, on y met du cœur, imagine si on s’aimait, peut-être pas après tout. Baise moi, c’est tout, même si je ne sais pas t’aimer.

-Sherifa Tarasse

 Sheriffa Tarasse

1 Comment

  1. Soleil
    July 14, 2015

    WOW, j’aime vraiment comment c’est écrit.

    Reply

Leave a Reply