Illustration de Laurence Gagnon Lefebvre

Illustration de Laurence Gagnon Lefebvre

 

 

Je l’ai croisé ou plutôt, je l’ai ramassé comme un train, en descendant les escaliers du métro. Ça lui a fait de l’effet. Il est pas mort, mais ça lui a sonné une cloche ou deux, t’sais.

« J’suis désolé », que j’lui ai dit. « Ouch », qu’il a répondu.

On s’est regardé, yeux dans les yeux, comme deux âmes vitrées qui s’contemplent dans leurs miroirs. Ça aurait pu être le commencement d’une comédie romantique;

J’l’aurais pris par la main, mine de rien. En l’tirant brusquement, il aurait trébuché sur moi et m’aurait enseveli de son éternelle maladresse. J’aurais ris d’lui, juste un peu, à cause du malaise. Mais on s’rait restés à deux pouces de nos faces en se soufflant notre haleine pas trop fraîche.

On s’recule un peu, on finit par penser à s’présenter; salutations et révérences de bon prince. J’lui dis, avec le sourire en coin qui tue : « Veux-tu venir chez moi? On va prendre un verre, on va jaser ». Des paroles pleines de subtilités indiscrètes.

Il dit oui, pas un mot de plus. C’est un mystérieux.

Il me suit jusqu’à mon château de deuxième étage de triplex. Un gros trois et demi plein de luxe comme une toilette qui flush, de l’électricité et un chauffe-eau.

Il dit pas un mot. Si le mystère ça se cultive, lui il a un jardin.

J’le sens pas trop à l’aise, donc pour détendre l’atmosphère, j’me déshabille.

C’est comme enlever un plaster d’un grand coup; ça surprend, mais ça fait pas vraiment mal.

J’suis pas complètement mal à l’aise avec mon corps non plus. J’veux dire, t’sais, j’suis pas Adonis, j’suis de type élancé corporellement parlant, mais j’ai une couple de tatous dont j’suis fier.

Il a l’air plus calme, assis sur le divan, les deux jambes grandes ouvertes. Il me regarde avec ses grands yeux comme deux noisettes et j’les mange comme un écureuil. Il met le feu à mes organes, ça va être un feu de joie.

Je m’approche de lui, tout près de ses lèvres, juste assez pour qu’il fasse un dernier move qui va starter la patente.

C’est fait, c’est parti mon kiki! Je l’effiloche comme un ficello, en lui frenchant les babines passionnément. En même temps, je l’étudie, comme si mon doctorat dépendait d’lui. J’lui mords le lobe, j’lui griffe le dos et j’lui empoigne le paquet comme deux boules chinoises que j’fais tourner dans mes doigts.

Lui, il me tourne, me serre contre son corps et me liche le cou, j’suis son popsicle, il me fait fondre.

J’sens son membre qui durcit en s’frottant sur mes deux miches et il attrape mon pénis qui lève tellement vite qu’y va s’envoler. Je jouis et je jute un peu, j’suis tellement excité.

Il me retourne et se retourne. Il attrape un condom au passage, que j’avais «habilement» camouflé sous une pile de magazines, et entoure mon gros veineux gorgé de sang. Pis, d’un coup, il se recule, visant comme flèche à cible et se laisse pénétrer sans pitié.

J’suis défoncé sur l’ectasie dans laquelle j’me trouve à faire des mouvements de va et vient, mes couilles clapotant sur son scrotum.

J’lui sers les pectoraux tellement fort que j’pourrais les arracher, mais j’me retiens, histoire que ça s’finisse pas en pleurs et en sang. Je pousse un cri à la place, quelque chose d’animal, de guttural. Il m’imite, comme un guerrier qui se rallie à la cause.

Les voisins…

On s’en calice des voisins!

ALRIGHT!

Ça devient sauvage, on est grivois, ça penche vers le vulgaire. C’est un sorcier, c’est clair, il m’a envoûté avec ses deux fonds de bouteilles à la Harry Potter.

J’fini par avoir mal à force de lui tapoter les entrailles. Je tiens pas la grande forme, mais dans l’endorphine j’me suis oublié un peu, sauf que là ça m’rattrape.

Comme s’il pouvait lire au fond de ma pensée, il se débouche avec un bruit de champagne qu’on pop du bout du pouce et il vient m’avaler les deux paparmanes en agitant sa baguette, un magicien j’vous dis!

Il sirote ma bouteille. Il me susurre des mots doux, mon doux.

J’lui agrippe la crinière et l’étouffe un peu en lui chatouillant le gorgoton, il gargouille et bave un peu, mais continue de s’agiter de plus en plus vite en m’empoignant le grand fessier.

Il va mourir, c’est sûr, ça va se finir ben dramatiquement avec de la police pis toute.

Hmm, de la police, c’est hot.

OUH! V’là un doigt qui me titille la prostate. Ça va être un happy ending, j’le sens, parce que content je suis.

J’lui viens dans’ bouche. Cul-sec, pas de censure.

Il reste à mes genoux, fier comme un enfant.

J’lui souris.

J’viens de tomber en amour… fuck.

On s’étend comme deux baleines sur une plage.

J’veux mourir dans ses bras. Enlacés, sans se lasser l’un de l’autre, un sur l’autre.

La suite c’est comme tout l’reste : on se date pendant des années et monte sur le grand tremplin des grands avec la décision de cohabiter.

On s’achète un condo moderne avec notre nouvelle hypothèque commune.

On se s’rait mariés, pour unir notre amour jusque dans l’éternité.

On aurait adopté un petit bambin qu’on aurait gavé d’affection jusqu’à ce qu’il soit joufflu de bonheur.

On aurait bien vieillis, main dans la main, en gambadant dans un champ de blé, sur de la musique ben classique.

Et puis, on serait morts, nos deux corps enlacés, sans se lasser, pour l’éternité promise à nos vœux d’il y a cinquante ans.

Ça aurait été un bien beau tableau, peint à l’eau de rose.

Mais,

… je l’ai laissé là, écrasé sur les escaliers.

-Le Loup

Le Loup

1 Comment

  1. Olivia
    August 2, 2015

    J’ai adoré le boutte des paparmanes. Et j’ai adoré tout le reste.

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