Illustration de Petite Bohème

Illustration de Petite Bohème

Shit. J’pense que ça kick in.

La guit sonne plus sharp. Mon pouls galope. Pas plus vite –  juste vraiment plus fort. Je serre, déserre les poings. J’essaie de mesurer à quel point mes sensations changent. Ma gueule est sèche, ma langue fait des tours dans ma bouche, ma mâchoire est déjà crispée as fuck. J’prends une inspiration immense, la garde trop longtemps, la souffle vers le ciel.

J’ai envie de rire avec quelqu’un. Envie de parler sans fin, de jacasser, typiquement moi sur la MDMA. Tout mon crew est parti voir Outkast sur la grosse scène à l’autre bout du parc, et j’ai joué le hipster, j’avais envie de finir la journée sur un petit stage. La scène des Arbres, ç’est toujours ma pref, anyway.

Je tire ma pipe et mon p’tit sac d’herbe sèche de mon sac, me prépare une puff. Truc de pro : le trip de MD est toujours incomplet si t’as pas un peu de pot pour vraiment démarrer le buzz.

Sauf que… Y’est où, mon lighter? Dis-moi pas que je l’ai passé à -

- (Zèbre)!

Voix familière. J’me retourne, scanne la foule des yeux. Émerge Rachel, grande brunette bavarde aux grosses lunettes que je croise à tellement de shows qu’on est devenus bons amis sans vraiment se connaître ailleurs. Je peux plus compter le nombre de fois où j’ai fantasmé sur son cas, même après l’avoir goûtée dans la chair. J’suis vraiment content de la voir, mais j’ai peur d’être trop high pour être cohérent.

- T’es plus Mac DeMarco qu’Outkast, toi? Voir.

- Pas en état de dealer avec une grosse foule right now. Toi, ça va?

- Ouais! T’en veux? J’suis pu capable.

Elle me tend une cool petite flasque avec un dessin de moustache. Soif oblige, je prends une bonne gorgée que j’avale et regrette illico. Du Jack Daniel’s, ostie. Je retiens ma grimace. Mac termine sa toune, les spots se tournent vers la foule, nous éblouissent. Je remarque le visage de Rach: rougi, par le soleil ou l’ivresse, peu importe; j’ai jamais remarqué toutes ses taches de rousseur. Elle s’envoie son restant d’alcool dans le gosier, plisse les yeux, range sa flasque. Joli manque de dextérité avec le zipper de sa sacoche. Petit manque d’équilibre par-ci par-là. Elle est chaude. Et belle. Tout le monde est beau. Tout le monde est nice. Tout est nice. Live là, j’suis le gars le plus smooth sur Terre. Je décroche de Rachel deux secondes et sonde mon propre état.

J’suis essoufflé juste à penser. Je déserre les dents. J’ai des tics de bouche vraiment intenses. J’suis buzzé ben raide. J’expire bruyamment vers le sol avec un rire nerveux.

- Ça va, dude? T’as l’air spaaaaaace!

La pipe, le weed encore en main, je souris en coin.

- J’suis euh… j’suis ben. T’en veux?

- Oufffff… J’aime pas mélanger pis je reviens à vélo…… Ah, pis fuck it.

- J’suis en bike aussi. J’te raccompagne, au pire?

- Pourquoi pas?

Je nous fais une dose, et prends ma puff après la sienne. Par chance, elle avait un lighter. Pendant que j’expire lentement mon p’tit nuage de boucane, elle me passe la main dans les cheveux. J’me fais chat un instant. Mes yeux virent dans la graisse de bine. Ma bouche s’entrouvre. Un murmure vaguement érotique s’en sauve sans ma permission. Ayoye, le buzz est FORT. Faut que je reste en contrôle. Je sors de ma bulle pis elle m’attend avec un large sourire.

- T’es défoncé, man. Ça va, les pupilles?

J’y réponds pas – je souris. C’est elle qui m’a corrompu aux longs après-midi de pilule au Piknic, elle, la grande prêtresse de la sainte trinité MDMA-sexe-gros beats électro. Elle sait ce qui se passe. J’ouvre la bouche, mais ma voix s’écrase sous un coup de bass drum.

Boum-tsss-tac-tsss-bouboum-tsss-tac.

OH MAN, FUCK OUIIIIII. C’est ma toune. Le drum se répète une fois, puis c’est l’avalanche. Les claviers explosent. Orgie de hautes fréquences drette dans la gueule. Fou canevas d’orgue planant. Un riff de synthé dégoulinant de fuzz qui fitterait dans les 80’s. Le son est trop fort, donc parfait. Mes poils se dressent. Je chancelle avec le beat. Rachel tangue des hanches, dodeline de la tête en souriant, les yeux fermés. Sa main remonte ma nuque. Mes yeux se ferment, eux aussi.

Je lève une main et trouve son dos, exposé par sa robe à pois. J’y pose un seul doigt, suis la crête de sa colonne, trace le contour d’une omoplate, et déploie ma main dans ses cheveux lisses, qui sont doux, doux, teeeeeeeeellement doux, woooooooow….

- Tu trippes?

Elle me susurre ça juste derrière l’oreille. Zone sensible, chatouilleuse, érogène. Elle me respire à côté du visage en attendant ma réaction, ses petits souffles whisky-menthe caressant mon lobe, mes narines. J’ai des frissons et me donne plus la peine de les cacher. De la tête, je pousse contre sa main, réclamant une hausse de flattements. Je râle mollement, bercé par la toune. Puis… elle passe devant moi, tire mon visage vers le sien, et enfonce sa langue dans ma bouche.

Je reste surpris, la frenchant avec les yeux tout grand ouverts pendant quelques secondes. Ensuite, l’abandon. Je la prends par la taille, l’ajuste au bon tempo. On se balance à l’unison. Ses intentions sont claires. Ses mains descendent le long de mes flancs, font escale à la taille, terminent sur mon cul. Elle s’y gâte. L’excitation monte vite. Ses mains se font autoritaires; sa langue, impériale.  J’ai envie de la toucher, juste… pas ici, voyons.

Spend some time alone…

J’suis un garçon poli. Même défoncé, j’arrive jamais à sombrer dans l’indécence. Tant mieux, j’imagine? J’vais quand même pas lui feeler les seins au milieu d’une foule. Faque je brise l’étreinte drette au moment où elle passe une main à mon entrejambe et me sert un coquin « ah ouin, hein? » en catchant que oui, j’suis crissement allumé.

- Hey. On s’en va? Pour pas pogner le bouchon?

- Quel bouchon? On est à vélo. T’es con. On y va.

Alone again..

Alone agaiiiiin~

Elle me sert un sourire de je-sais-à-quoi-tu-penses-pis-ça-va-se-passer. J’pogne sa main pis on fly. J’aime ça, marcher rapidement à travers une foule. C’est tough, mais j’suis bon là-dedans. J’ondule comme une anguille pour éviter les gens, mais je suis trop stone – ma motricité est un peu off. J’écrase des verres de plastique sur mon passage, croise des visages épuisés dans la pénombre, m’excuse pour les accrochages. Rachel titube de temps en temps, mais tient bon. Elle a l’air à prendre plaisir à bumper dans un maximum de gens et s’excuse bruyamment dans son anglais cassé. Personne lui en veut; on pardonne toujours facilement à une belle fille, surtout paquetée. C’est l’fun, ce jeu de pinball, mais le high m’essouffle. Hâte de sortir.

On arrive au parking à vélo, où y’a un flot continu de gens qui viennent réclamer leur monture. Je reste bête: je m’attendais à moins de compagnie. Rachel, elle, portée par l’élan, continue et prend la tête. On marche droit, passé les racks, vers le couvert des arbres, juste assez loin pour qu’on devienne invisibles. Arrêt brusque. Elle lâche ma main et se penche; j’imagine qu’elle ajuste son soulier. Je la dépasse, dézippe subtilement mon short en regardant vers la noirceur. Je pars dans une  bulle intense où je me flatte nonchalament le pénis d’un doigt en soupirant d’anticipation, attendant qu’elle ait fini de…. Ah? Elle porte sa culotte en chiffon dans sa main.

Rachel me plaque rudement contre un arbre, suspend sa culotte à une branche basse, et enfonce à nouveau sa langue dans ma gueule. Cette fois-ci, je me gâte. Je lui prends un sein à pleine main, lui mords une lèvre, tasse ses bretelles, et libère ses mamelons. Je squeeze l’un d’eux dans ma bouche en me masturbant. J’suis parfaitement gonflé, pis je remercie la vie: l’érection sur la pilule, des fois, ça se passe juste pas.

Elle est jalouse, prend mon poignet déviant, l’envoie se promener sur le côté avec violence en me chicanant amicalement; je joue le jeu, lui cède le pouvoir. J’enroule l’arbre par l’arrière des deux bras, à sa merci. Sa branlette est un peu rude, violente même. Elle est souvent rough une fois paquetée, pas que ça me dérange, mais là j’ai un peu mal. J’essaie de m’en sauver en me laissant glisser vers le bas, le long de l’arbre, jusqu’à ce que mon cul bute sur une racine. Je m’égratigne le dos sur le chemin. Je regretterai demain, mais là, l’éraflure ajoute au plaisir. Rachel lâche prise, son ombre trônant au-dessus de moi. Mon sexe affranchi rebondit sur mon ventre sous l’effet des pulsions de sang.

Je regrette d’avoir pris la position dominée. Je la prendrais par les hanches et l’empalerais à l’instant… Pis je fais l’erreur de lui dire. Elle savoure les rênes, incisives plantées dans la lèvre, savoure mon impatience, s’approche un petit centimètre à la fois…Énervé, je mords sa cuisse à travers sa robe. Offusquée, elle me pogne aussitôt la tête et l’insère entre ses cuisses. J’suis pas très agile de la langue, je l’avoue, mais ses couinements secs m’indiquent que ça fait la job.

Thank God, elle file pas patiente non plus. Elle s’accroupit maladroitement, s’écarte les lèvres, et descends lentement sur mon manche. Aucune friction: elle est câlissement mouillée. À mon tour de couiner un peu. Elle s’appuie sur le tronc et m’enfonce au plus profond qu’elle peut. Je perds la tête, lâche des sons étranges. J’envoie chier ma passivité. Je ramène mes mains, l’empoigne aux hanches, et ajoute une motion avant-arrière à la sienne qui travaille du nord au sud. On se gémit dans la face en s’échangeant de la salive, pis elle me prend la tête au tempes le temps de me servir une mise en garde:

- Dis-le moi avant de venir, okay?

- Han han.

Ses ongles se plantent dans mon épaule. Elle approche mon oreille et murmure :

- J’veux que tu me gicles dans face… comme dans un vieux porn sale.

Jamais j’ai été aussi excité de ma vie. L’effet est immédiat. Même pas dix secondes passent que je lui donne le cue, on échange nos places, j’me finis à la mitaine, le gland collé sur son petit nez pointu, et lui lâche quelques giclées au visage, quelques autres dans sa bouche béante.

Long decrescendo.

Je reprends mon souffle en m’affaissant contre l’arbre pendant qu’elle suce ce qu’il me reste d’érection, se frottant la fleur avec tellement d’ardeur que des flammèches percent l’obscurité.

Elle est tellement belle à voir, rendue couchée sur le dos. Je lui embrasse les mamelons en attendant qu’elle vienne. Puis elle se tait, plisse les yeux, cambre les hanches et pointe son bijou vers le haut, comme pour offrir sa jouissance au ciel. Magnifique.

Je m’étale de tout mon long à ses côtés, l’embrasse. Un peu de mon sperme refroidi passe de sa joue à la mienne; ça me gosse un peu, mais j’suis un joueur d’équipe et me ferme la gueule. Elle s’essuie le visage avec sa culotte et la remet sur la branche, hilare, en disant que ça fera sûrement jaser.

La ride de vélo du retour était pénible. Plus de jambes. Mon trip descend. J’ai ben essayé de m’inviter chez elle, mais elle insistait trop pour revenir chez ce dude qu’elle fréquente. Pauvre gars. J’ai retrouvé Rachel le lendemain, puis le surlendemain, pis on a fini chaque journée de la même façon. Meilleur festival ever. Le samedi, sa culotte traînait encore sur la même branche, au même spot, avec les traces évidentes de ma semence jurant sur le tissu bleu marine.

Le dimanche, elle avait disparu.

-Zèbre

zèbre

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