Illustration de Amélie Roy

Illustration de Amélie Roy

 

Elle avait de jolies lèvres. Une légère cicatrice sur la partie supérieure leur ajoutait une singularité. Un déséquilibre entre le côté droit et le côté gauche qui donnait du caractère à son visage sérieux. En d’autres conditions, il les aurait embrassées, il l’aurait embrassé elle. Mais cette fois-ci, il en était incapable. À un autre moment, il aurait  léché et mordillé ses lèvres de la même manière qu’il le faisait pour son cou, ses seins, ses hanches ou ses fesses. Mais aujourd’hui il ne l’avait pas invité pour partager des moments de tendresses. Pour lui,  c’était une histoire de baise sans amour, comme il y en a tant. Une histoire où l’on ne s’embrasse pas.

Leur échange sur internet, bien que cryptique, était sans équivoque :

Lui : Tu ne dors pas?

Elle : Insomnie. toi?

Lui : Insomnie… Avoir su…

Elle : Avoir su quoi?

Lui : Que tu ne dormais pas depuis tout ce temps… Je t’aurais invité.

Elle : Avoir su, que j’aurais une invitation, je me serais connectée avant. Je n’aurais pas passée tout ce temps seule dans mon lit à rien faire.

Lui : Avoir su…

Elle : Penses-tu t’endormir bientôt?

Lui : Non…

Elle : Tu peux encore m’inviter alors.

Lui : oui!

Elle : …

Ils se connaissaient à peine. Elle était l’amie d’une ancienne fréquentation. Il avait souvent fantasmé à elle. Il aimait qu’elle soit aussi grande que lui. À l’époque, il rêvait à son corps svelte auquel elle voue un culte. Un corps élancé, sans aucune trace de gras, qui semble l’obséder. Un corps à travers lequel on devine un signe évidant d’angoisse profonde, une manière pour elle de recevoir des compliments, de charmer, de se sentir aimé. Maintenant elle était dans sa chambre, dans son lit et il la complimentait. Il lui donnait presque tout ce qu’elle voulait : ses longues jambes, ses  hanches, son cou, ses seins, son dos cambré qui faisait ressortir des fesses. Chaque partie de son corps l’excitait et bien qu’il était incapable de l’embrasser, il n’avait aucune gêne à promener sa langue entre ses jambes. Elle y prenait plaisir et dans un geste d’excitation, elle lui empoigna fermement les cheveux pour le diriger vers son sexe.  Excité par le geste autoritaire, il enfonça sa langue à l’intérieure d’elle et déplaça sa bouche le long de ses lèvres humides. Elle poussait de légers cris et effectuait des mouvements de bassin au même rythme que les coups de langue qui chatouillaient son clitoris. Il promenait ses mains sur son corps, saisissant fermement ses petits seins pointus. Dans un geste rapide, elle se redressa et lui retira ses caleçons, libérant son sexe bandé qu’elle saisit délicatement.

Les deux  étaient face à face sur leurs genoux, les lèvres à quelques centimètres de distance. Ils ne bougeaient pas, se regardant. Un moment flottant et embarrassant. Elle aurait aimé qu’il l’embrasse. Elle aurait aimé qu’il la serre dans ses bras. En fait, elle aurait préféré ne pas baiser. Ce soir, alors qu’elle tournait dans son lit, insomniaque, elle voulait simplement de l’affection; se blottir dans les bras de quelqu’un, sentir l’odeur de l’autre alors qu’elle fixe l’obscurité de la nuit. Il y a longtemps qu’elle n’arrivait plus à dormir. D’être seule dans son lit et de passer du temps avec elle-même l’angoissait tellement qu’elle n’arrivait plus à  fermer les yeux. Elle avait besoin de quelqu’un pour la réconforter et l’empêcher de confronter sa solitude. Après quelques secondes d’attentes, réalisant qu’il n’avait pas l’intention de l’embrasser, elle lui sourit sensuellement. Pour briser le malaise, elle embrassa son torse, son ventre et son pubis, puis finalement son sexe qu’elle enfonça dans sa bouche. Elle aimait donner du plaisir aux hommes, mais ce soir alors qu’il fermait les yeux au-dessus d’elle, elle était prise d’une certaine tristesse. Elle savait qu’une fois qu’il éjaculerait, il ne lui porterait plus vraiment attention, mis à part pour venir une deuxième fois, peut-être plus tard dans la nuit.

Elle se plaça sur le dos alors qu’il enfilait un condom. Il déplaçait son regard entre son pénis et le corps étendu devant lui. Il fixait ses seins, ne voulant pas monter son regard plus haut pour éviter de croiser le sien. D’une certaine manière, il se sentait mal. Il n’avait jamais uniquement baisé pour baiser. Bien que c’était son intention depuis le début, il aurait bien aimé que leur rencontre se déroule différemment. Qu’il passe par dessus le fait qu’il s’agisse d’une amie de son ex, qu’il ait envie de la serrer dans ses bras et de s’endormir en soufflant dans son cou. Mais ce n’était pas le cas. Il finit de dérouler le condom autour de son pénis. Alors qu’il allait s’installer sur elle, elle lécha sa main et la porta à son sexe, pour se lubrifier davantage. Il trouva le geste vulgaire, mais excitant. Elle saisit son pénis et le dirigea doucement jusqu’à ce que finalement il la pénètre. Il aurait préféré une autre position, leur visage était maintenant l’un à côté de l’autre, lié par leur position imbriquée. Il ne voulait pas la regarder ou l’embrasser. Elle le sentait et tournait aussi son visage dans l’autre direction. Ils y prenaient plaisir, malgré tout. Les coups de bassins étaient synchronisés et une chimie passait entre eux. Elle aimait ses cuisses musclées qui pouvaient en un seul coup écarter ses jambes, faire basculer son bassin et ainsi la pénétrer plus profondément. Il saisit ses bras et lui remonta au-dessus de la tête, pour mieux voir la forme de ses seins. Il en profitait pour les embrasser, ce qui l’éloignait de son visage et occupait sa bouche.

Les coups de bassins s’accéléraient. Sentant qu’il était sur le point de jouir, elle se repositionna et encercla sa taille avec ses jambes. C’est maintenant elle qui avait le contrôle. Cette nouvelle prise le força à se redresser, positionnant de nouveau leur tête côte à côte. Elle avait les yeux fermés, ce qui le soulageait. Il en profitait pour regarder tous les détails qui l’excitaient. D’abord son bassin qui à l’occasion se cambrait et laissait paraître la pénétration. Il monta ensuite son regard vers la courbe de ses hanches qui débouchait sur ses seins et ensuite ses épaules en sueur. En repoussant sa tête vers l’arrière, elle fit ressortir sa clavicule, le geste l’excita et sans réfléchir, il lui mordu le cou, ce qui la fit crier. Leur rythme accéléra de nouveau et du coup, ses lèvres se déplacèrent vers la joue et s’arrêtèrent à quelques centimètres de la bouche. Il observait les jolies lèvres légèrement gercées, il avait envie de les mordiller et de coller les siennes dessus, mais il savait très bien qu’en faisant ceci il ouvrait une porte qu’il ne voulait pas franchir.

Elle ouvrit les yeux, ce qui le surprit et lui fit perdre légèrement le rythme. Elle déplaça ses mains vers son cou, le saisit par la nuque et le tira vers elle de manière à ce que leurs deux fronts se collent. Leurs lèvres étaient de nouveau séparées par quelques centimètres seulement et s’ils l’avaient voulu, leurs regards se seraient croisés. Mais elle avait accepté que cette soirée ne prendrait pas une autre tournure et lui était incapable de s’investir davantage. Ils accélérèrent le rythme de nouveau et leurs fronts se frottaient, ce qui approchait leurs lèvres qui refusaient de se toucher.

Il chuchota qu’il était sur le point de venir et elle lui demanda d’attendre, mais il en était incapable. Dès qu’il éjacula, son esprit était déjà ailleurs pendant qu’il continuait ses coups de bassin sans véritable passion. Elle ne s’en préoccupait pas, souhaitant uniquement jouir à son tour. Elle s’accrocha à son cou et accéléra son rythme.

Dans sa tête, il réfléchissait déjà aux quelques heures de sommeil à venir, à sa journée de demain, à son ex-copine qui ne pouvait pas savoir ce qui venait de se passer. Il trouvait absurde de ne pas l’embrasser, bien qu’il avait enfoncé sa langue dans son sexe. Accrochée à son cou, elle était aussi se le bord de jouir et lui demanda de ne plus bouger. Ses derniers coups de bassin la firent jouir et elle poussa, un léger crie, suivie d’un frisson. Elle se laissa retomber sur le dos, ce qui lui permit d’accoter sa tête sur l’oreiller. Le silence dura un bon moment, avant qu’il retire son pénis en s’assurant de ne pas perdre le condom. Un malaise s’installa immédiatement, sachant qu’aucun des deux en fin de compte n’avait envie de procéder aux petits rituels qui suivent généralement le coït. Il saisit quelques mouchoirs pour l’aider à disposer du condom usé. Pour tuer le malaise, elle enfila un t-shirt à lui et fouilla dans son sac pour en sortir son paquet de cigarettes.

Il la regarda s’installer au bord de la fenêtre et s’allumer une cigarette. À l’extérieure il devait faire moins vingt et le vend froid entrait dans la chambre et la caressait au passage. Il pouvait voir les mamelons de ses seins se durcir au passage du froid. Elle lui offrit une bouffée de cigarette, mais il la refusa.  Il ‘n’aimait pas l’odeur, ni le goût. Il se demandait si soudainement cela aurait pu jouer dans le fait qu’il ne voulait pas l’embrasser, une manière de se déculpabiliser, mais finalement non, il avait souvent embrassé plusieurs filles qui fumaient la cigarette.

Elle lança la cigarette par la fenêtre et revint se coucher dans le lit, près de lui. Elle prit son bras et le passa autour d’elle. Le geste ne lui déplaisait pas et il se disait qu’il pouvait bien dormir en cuillère, pour les quelques heures qui restaient à la nuit. De son côté, elle ne dormirait pas, toujours angoissée, protégée par le bras d’un homme qui ne voulait pas la protéger.

Le vent froid le réveilla, il sentit immédiatement l’odeur de la cigarette. Elle était assise à la fenêtre, déjà habillée.

_Tu as une grosse journée?

_Oui

_Je vais te laisser travailler alors.

Il hésita un moment, comme s’il avait soudainement envie de remettre ça, malgré tout le tourment que ça lui avait causé. Il aurait aimé lui dire de revenir dans le lit, mais après deux secondes de réflexion, il ne fit qu’hocher la tête. Elle jeta son mégot par la fenêtre et termina de s’habiller alors que lui sortit du lit et saisit sa robe de chambre. Il la raccompagna jusqu’à la porte et ils se regardaient un léger un moment. Il ne savait pas quoi dire, mais elle prit les devants.

_T’es pas obligée de me rappeler… Je suis habituée… Je suis cette fille-là.

Il ne saisit pas véritablement la signification de ces paroles, lui souhaitant une bonne journée, l’embrassant sur les joues et refermant la porte derrière elle.  En retournant dans son lit, pour profiter de sa journée de congé, il fut happé de plein fouet par cette phrase qu’il se répétait en boucle. Il réalisa petit à petit la fragilité de celle qu’il avait invitée chez lui au milieu de la nuit. Elle cherchait de la tendresse et il avait été incapable de lui en donner, alors qu’à l’inverse elle lui avait donné tout ce qu’il demandait. Il se dit qu’il aurait pu au moins l’embrasser, puis il se retourna dans son lit et se mit de nouveau à penser à ses seins et à son dos cambré alors qu’elle donnait des coups de bassin, ce qui l’excita de nouveau. Ce n’était pas l’une de ces rencontres où l’on s’embrasse, il allait finir par l’accepter.

– Branle Manche

branle manche

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