Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

On s’était dit qu’on aurait plus d’contact. Parce qu’on avait décidé que c’était mieux d’même. C’te gars-là me faisait tripper mais, tranquillement, au fond de moi, j’commençais à l’haïr aussi. Fallait que je l’haïsse en tout cas. C’tait mon seul moyen d’réussir à l’oublier un p’tit peu.

Mais là… j’me retrouvais toute seule dans mon lit. Toute seule avec mon corps brulant, sous ma couette chaude, alors que dehors, il commencait à faire si froid. J’me retrouvais toute seule avec mes oreillers que je serrais fort. Pour me réchauffer un p’tit peu, j’imaginais que mes oreillers étaient un gars qui me serrait dans ses bras. J’faisais toute pour pas imaginer mon mec à moi, par exemple. Celui que j’étais censée être en train d’oublier. Faque j’imaginais que mes oreillers, c’était un autre gars. Un grand gars. Avec des cheveux que je pouvais tirer dessus. Pis des bras qui m’enveloppent. Pis là, mes jambes serraient fort. Pis ça m’chatouillait dans l’bas du ventre. Comme une crampe. Mais une crampe le fun.

Ça m’faisait chier. J’me disais que j’allais jamais réussir à être toute seule parce que j’ai besoin d’un corps sur qui m’coller. De la peau à goûter et à mordre. Surtout à mordre. Fort. Pis mes doigts, mes ongles, y’ont besoin de grafigner, de creuser, de faire saigner. Juste un p’tit peu, mais quand même. Faque à toutes les nuits, j’me retrouvais confronter à c’te vide là. Pas de bouche à frencher. Pas de queue à sucer. Pas rien à glisser entre mes jambes. Fuck. Fallait que j’fasse de quoi.

Faque j’ai fini par retexter mon mec. Celui que j’étais sensée oublier. Mais j’lui ai envoyé un long texto. Un texto qui disait rien sur moi ou sur mes états d’âme ou sur mes sentiments. Rien de t’ça. J’lui ai juste proposé une affaire. (Parce que le sexe, entre lui pis moi, c’était exceptionnel. Quelque chose que j’avais jamais vécu avant. Quelque chose de beau, de simple, mais de direct-dans-l’mille. De vraiment bandant pis de vraiment mouillant. Faque, l’oublier, alors que j’passais mes nuits à serrer mes oreillers. C’tait pas évident. Fin de la parenthèse.) Faque j’y ai envoyé mon long texto qui lui proposait de quoi. J’lui ai dit : «Allô. J’ai vraiment envie d’baiser LÀ LÀ. Si t’es chez toi pis que t’es seul, j’te propose de quoi. J’va v’nir chez toi. On s’dit pas un mot. On baise. Pis j’m’en vais. Toute ça, sans s’dire un mot. Oui ou non?» Là, je stressais. Je tremblais presque. C’était l’excitation. Pis ça m’chatouillait l’fun entre les jambes. C’tait long avant qui réponde. Là, j’me suis dit, s’rait con qui le lise juste dans une coupe d’heures. J’me trouvais un peu conne de pas y avoir pensé avant. Reste que j’avais c’t’espèce de p’tite tension là entre les jambes. J’attendais sa réponse qui ne venait pas. Ma main est allée direct se poser là où ça m’titillait. Dans mon corps, y’avait comme une vague. J’respirais fort. Mes yeux pouvaient pas rester ouverts. Je l’ai imaginé, lui. Mais pas tant lui. Parce que lui, fallait qu’je l’oublie. Fuck. J’ai glissé ma main dans ma culotte. J’t’ais déjà toute mouillée. Le p’tit criss. L’effet qui m’faisait. Sur mon ventre, mes côtes, mes seins, j’sentais les frissons. Avec mon autre main, j’me suis effleuré la peau. J’l’imaginais encore, lui. J’aurais voulu que mes doigts sur ma peau soient, en fait, sa langue qui part d’en bas pis qui s’faufile jusqu’à ma bouche. J’ai glissé ma main sous mon soutien-gorge et j’ai serré le bout d’un de mes seins vraiment fort. Jusqu’à ce que ça fasse mal. Ça m’a pincée dans toute le corps.

Pis là, mon cellulaire a vibré. J’ai presque sursauté. J’avais hâte de voir c’qui avait répondu. J’avais peur aussi. Peur de lire : «non, c’est mieux pas… parce que t’sais, les sentiments… pis faut arrêter… blablabla…». Ma main était toute mouillée de mon entre-jambe. J’en ai mis plein sur l’écran de mon cell. J’m’en foutais. Pis là j’ai lu «Viens t’en.»

Gros smile dans face. Me suis habillée cute, rapidos. Pis j’ai enfourché mon vélo. J’ai roulé vite. J’tais stressée. Surtout excitée. J’me disais, watch out, ça va être une méga bonne baise. En même temps, j’me disais que j’m’aidais pas ben ben en faisant ça mais fuck off. Fallait que j’baise là là… pis avec LUI. J’ai barré mon vélo pis j’ai courru sonner. J’ai monté les escaliers doucement. J’me suis placé les cheveux. J’ai respiré deux secondes. Pis quand j’suis arrivé à la hauteur de son appart, il a ouvert la porte.

Sur le coup, j’allais y parler. Lui dire salut, au moins. Mais fallait pas. On s’est regardés pendant environ 12 secondes. On souriait comme des débiles. On savait pas par où commencer. Faque il m’a passé la main sur la joue pis dans les cheveux (t’sais le move qu’on voit toujours dans les films), pis il m’a frenché. Sa langue dans ma bouche, nos lèvres, c’était doux. On s’est mordillés un p’tit peu, comme d’hab. Maudit qu’on frenche bien ensemble, nous deux. Sur le coup, ça m’a faite chier. Parce qu’on se frenchait là là. Mais dans (quoi?) à peu près deux heures, ça allait être fini. Faque j’me suis tassée. J’ai enlevé mon manteau. Mon foulard. Mes bottes. Il me regardait. On avait envie de se parler, mais fallait pas. J’avais une jupe courte pis un chandail lousse. J’avais pas mis de collant, juste des bas qui montaient jusqu’à la cuisse. (C’tait froid en vélo, mais ça valait la peine.) J’ai levé mon chandail pour lui flasher mes seins, pour qu’il voit que j’avais pas mis de soutien-gorge. Il a rit. Et puis j’ai traversé le long corridor pour me rendre jusqu’à sa cuisine. Me suis ouvert une bière que j’ai presque câlée. Il me suivait à travers son appart. Il s’est ouvert une bière et l’a presque câlée. On s’est regardé un instant. On avait envie de se sauter dessus mais, en même temps, on voulait faire durer le plaisir, j’pense bien. C’est là qu’il s’est avancé vers moi pour venir me caresser l’intérieur de la cuisse. Là où j’étais nue-peau. Son corps était près du mien, il m’effleurait, je sentais sa chaleur, mais il ne se collait pas encore. Ma bouche s’est tout de suite entrouverte. Il a glissé deux doigts dans mon bas. Il me regardait direct dans les yeux. Il épiait mes réactions, le p’tit criss, il savait l’effet qu’il me faisait. J’ai tenté de me contenir, de respirer, de minimiser. Mais y’avait comme pesé sur le piton, ça y était, ma peau était devenue ultra sensible pis ma respiration me trahissait.

Encore une fois, j’me suis tassée pis je me suis rendue compte que puisqu’on parlait pas, estie que c’était silencieux dans place. J’ai pris mon cell que j’ai branché dans sa machine et j’ai mis de la musique forte. Quelque chose de sensuel. Quelque chose qui fait onduler. Il m’a regardée faire en finissant sa bière. J’le voyais dans ses yeux qui me désirait. Qu’y’avait envie de me baiser. Qu’il allait me faire mal. Pis ça m’tentait.

Mais là, quand on jase pas pis qu’on sait qu’on est juste là pour baiser, ça fait weird. On savait vraiment pas où s’mettre, ni quoi faire. J’me suis assise sur sa table. Lui, il s’est accoté sur son comptoir. On s’est regardés. On souriait encore comme des débiles ou comme deux personnes un peu gênés parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leur cul. J’ai légèrement ouvert les jambes et j’ai remonté ma jupe jusqu’au bord de ma culotte. Il me regardait faire. Sa langue bougeait dans sa bouche, j’la voyais. J’me suis levée et puis j’ai retiré ma culotte d’en dessous de ma jupe. Là ça devenait sérieux, j’souriais p’us, j’avais plutôt la face d’une fille excitée qui veut séduire. Me suis rassise sur sa table et j’ai écartée pas mal plus les jambes. Il pouvait voir. Et puis moi, je pouvais voir ce qui se passait sous son pantalon. Me suis souvenue que y’a pas si longtemps, j’étais en train de me caresser sur mon lit et que mes doigts devaient avoir l’odeur de mon sexe. Sachant comment il aime ça, j’lui ai faite signe de v’nir. Il s’est approché et je lui ai fait sentir mes doigts. C’est là qu’il a senti sa peau devenir ultrasensible. J’avais pesé sur son piton à lui. Ça me faisait sourire, sourire en coin. Il les a léchés. On s’est embrassés. D’une douceur presque trop douce. C’en était troublant. Et puis il s’est mis à genoux devant moi. Juste à la hauteur de sa bouche, y’avait ma chatte. Déjà toute mouillée. Toute prête. Osti qu’j’avais hâte qu’il pose toute sa bouche dessus. Il a remonté ma jupe puis a embrassé l’intérieur de mes cuisses. Il me faisait languir. Mon coeur battait super vite. Puis il a commencé à me mordiller et, enfin, il m’a mordue très très fort. Le genre de morsure qui te laisse un esti de gros bleu mauve qui dure une semaine et demie. Il avait l’habitude de faire ça et moi j’avais l’habitude d’aimer ça. Là, j’en pouvais plus. Il m’a regardée d’en dessous. Puis il a donné qu’un petit coup de langue sur ma chatte. Je me mordais la lèvre. J’en pouvais plus. Puis il a encore donné qu’un petit coup de langue. L’esti. J’avais tellement envie de lui que j’avais envie de fesser. Y’avait une espèce d’énergie, d’agressivité qui voulait me sortir du corps. J’pense qu’il l’a vu dans ma face parce que, là, il m’a léchée bien comme il faut. Avec toute sa langue puis ensuite, toute sa bouche. Le bien que ça m’a fait. D’un coup, la tension est partie. Et puis c’était bon. Mon corps s’est étendu sur sa table. Mes yeux voyaient plus rien. Mes mains lui caressaient les cheveux, les tiraient un peu. Doucement. Puis il a glissé un doigt à l’intérieur de moi. Puis deux. J’ai pas pu m’empêcher. Je gémissais, sans gêne, c’était trop bon. Je savais qu’il aimait me lécher et que ça l’excitait. Sa main libre qui me serrait la cuisse a tout à coup quitté mon corps. Il était en train de détacher sa ceinture. Puis il a retiré sa bouche et ses doitgs. Mes mains se sont mises à caresser ma chatte, devant lui. J’rentrais mes doigts dedans, je massais mon clito, j’écartais les lèvres pour qu’il voit tout. Il me regardait faire en se touchant. Rapidement il a sorti un condom de sa poche. Il l’a mis et s’est levé debout. Y’aurait pu juste me pénétrer dret là. Mais on dirait qu’on voulait que la première fois qu’il entre en moi soit particulièrement sentie. Il m’a aidée à me redresser. J’sentais ma chatte mouillée contre sa table. Il a enlevé son t-shirt puis il a enlevé mon chandail. Il a mordillé mes seins. J’avais tellement hâte qu’il me rentre dedans. On s’est embrassé puis, en me regardant dans les yeux, il est entré en moi. D’un coup, un peu brutalement, profondément. J’pense que j’ai fondu. Mon corps est devenu mou. Il me serrait contre lui. Sa peau. Son odeur. Ses frissons. Puis il allait et venait. Mes jambes ont entouré ses hanches. On s’est étendu sur la table. Je m’agrippais à l’autre extrémité de la table, au dessus de ma tête. Il me baisait fort, déjà. J’arrêtais plus de gémir. Après un long moment, il s’est retiré. J’ai retenu mon souffle.

Il m’a soulevée et m’a transportée dans ses bras jusqu’à son lit sur lequel il m’a jetée. Il était agressif. Il s’est étendu sur moi et m’a pénétrée férocement. Il allait et venait vite, profondément. C’était exactement ce dont j’avais besoin. J’lui ai mordu l’épaule. Jusqu’à ce qu’il la retire de ma bouche parce que ça lui faisait trop mal. Il s’est retiré à nouveau et je me suis tournée. Je me suis mise à quatre pattes, lui à genoux pis il m’a pénétrée. Fort. Il me serrait les hanches puis les fesses. Il me serrait tellement fort que c’était limite insupportable. J’me tortillais. Je gémissais au rythme de ses allers et venus. J’ai enfoncé mon visage dans un oreiller. Mais il a agrippé mes cheveux puis il les a tirés. Je me suis relevée. Il me baisait, comme ça, en me tirant les cheveux. Puis il m’a lâchée et a frôlé ma colonne de ses doigts, tendrement. Il s’est mis à me baiser plus doucement. Il s’est penché sur moi et m’a embrassé la nuque. Encore une fois, j’ai fondu. J’ai fait glisser mes genoux et me suis retrouvée couchée sur le ventre. Lui, sur moi. Il a glissé une main entre mes jambes puis une autre est venue serrer mon cou, par en dessous. Le bout de ses doigts frôlaient mes lèvres. Il me baisait. Mes jambes étaient écartées. Je sentais son bassin qui allait et venait contre mes cuisses. Et ses doigts frottaient mon clito. C’était tellement bon que j’en avais le souffle coupé. J’suis devenue muette. Il m’embrassait. Lèchait mes lèvres. Je tremblais de plaisir. Il le sentait. Alors il continuait en me regardant.

Il regardait ma bouche, ma langue, mes réactions, mes expressions. Il sentait ma respiration, mon tremblement, mes soupirs. Il profitait de mes gémissements, de mes yeux implorants.

Puis, j’ai senti qu’il allait bientôt jouir. Ça m’a excitée encore plus. Il l’a vu. C’était trop. On se fixait puis on savait qu’on allait jouir. Il a enfoui sa tête dans mon cou. Ça y était pour lui. Il allait jouir dans quelques secondes. Ses mouvements sur moi sont devenus plus durs, plus rapides. Mon corps s’est tendu. Il frottait encore mon clito. Quand il s’est enfoncé particulièrement profond et qu’il est resté là, en me mordant l’épaule, j’ai su qu’il jouissait. Ça a déclenché quelque chose en moi. J’ai senti un grand frisson me traverser puis tout s’est concentré dans mon entrejambe, dans sa main avec laquelle il me caressait. Et ça a explosé. J’ai joui, avec lui. Mon visage s’est enfoncé dans le matelas. C’était violent. Le plaisir était violent. Pendant quelques secondes, c’est comme si le temps s’était arrêté.

Puis… nos corps se sont détendus. Y’en avait p’us de tension. Évaporée.

On a respiré un peu. Il était encore en moi. Je tremblais encore de bonheur. Il s’est retiré, a enlevé rapidos le condom qu’il a mis dans un mouchoir et il s’est couché près de moi. Il m’a embrassé l’épaule. On s’est regardés. On n’avait pas encore dit un mot. Nos corps étaient tout suants. Là, je savais que je devais partir. On a pris deux secondes pour reprendre notre souffle puis je me suis levée. Il m’a suivie des yeux jusqu’à ce que je sorte de sa chambre.

J’ai ramassé mon linge dans la cuisine, je me suis enfermée dans la salle de bain pour m’essuyer puis me rhabiller. J’avais crissement pas l’goût de m’en aller. Mais il le fallait. J’suis rentrée dans sa chambre. Il était en train d’enfiler un boxer. On s’est pris dans nos bras. On s’haïssait de pas pouvoir se revoir, de pas pouvoir se parler. On s’est embrassés. Mais juste un p’tit bec. Puis je lui ai tourné le dos. Il m’a raccompagnée jusqu’à la porte. On s’est permis de se dire bye. Puis il a refermé la porte derrière moi.

Dehors, le vent me rentrait d’dans. J’étais trop sensible à l’extérieur, à mon environnement, à la vie. Fuck. C’était comme un affront. J’respirais tout croche. J’étais rentrée chez lui en voulant qu’il me baise, mais là, je l’haïssais de m’avoir aussi bien baisée. J’aurais voulu que ça soit de la marde. Que ça soit poche. Ça m’aurait aidée. Parce que là, je retournais chez moi et je devais continuer d’essayer de l’oublier. J’ai embarqué sur mon vélo. Ma chatte était dans un autre mood. Elle était encore vulnérable. J’trippais pas de pédaler. J’avais pas encore décanté. J’laissais le froid me saisir, me frapper, me faire mal.

J’suis rentrée chez moi. C’était la nuit. Je me suis couchée directe dans mon lit. En étoile. Fuck les ostis d’oreillers.

– Gamignonne

GAMIGNONNE

1 Comment

  1. Marie-Pier
    December 15, 2014

    Dès que j’ai lu ”Le petit criss”, je me suis tout de suite sentie interpellée. Combien de fois que je me dis ça, autant dans ma tête que de le dire littéralement à l’homme lui-même.

    Magnifique texte.

    J’en veux un p’tit criss.

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