Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

 

Nous étions dans un de ces party de cuisine Montréalais. Habituellement, elles sont souvent plus divertissantes ces petites sauteries, là. Je m’ennuyais et lui aussi. Ça faisait quand même quelques heures que nous étions dans cette pièce alternant du balcon, pour fumer des clopes, au buffet pour remplir nos verres. Je l’avais remarqué, parce que si brun, il n’avait pas l’air d’être d’ici. Pourtant il l’était. Mon erreur, préjugé, étiquette, peu importe, il était brun, très brun, même sa peau et ça le rendait beau. Il faisait un peu la gueule et ça aussi, ça le rendait beau. Avec sa désinvolture, il s’est dirigé vers la nourriture qui était vachement appétissante, presque trop chic pour un party de cuisine. Dommage, je n’avais pas faim. Je le regardais faire, il piochait de la bouffe directement dans les plats avec ses doigts et les retrempait sans se poser de questions. Ça me plaisait de le voir faire ainsi, enfoncer ses doigts dans la bouffe, les lécher un peu pis les replonger dans les ramequins. Il a porté sa coupe de vin à ses lèvres et j’ai eu soudainement envie de goûter sa bouche au vin blanc. Ce type me plaisait, merde. Pas dans une soirée, par pitié, je n’allais pas me contenter de  cruiser un type dans un party ennuyeux.

À ce moment, il a bien remarqué que je le fixais et que ma coupe était vide.  Avec un rictus en coin, Il a fait un signe avec la bouteille pour me remplir mon verre. Mes jambes émoustillées ont avancé vers lui sans réfléchir elles, alors que moi je priais je ne sais qui pour ne pas y aller. Cela dit, je ne reculais pas, je marchais vers lui en tendant mon verre. Nous avons trinqué et j’ai eu faim d’un coup, alors j’ai grappillé moi aussi de la nourriture avec mes doigts. À côté  d’un fondant au chocolat, il y avait un bol avec du coulis de framboise, d’un rouge cramoisi, beaucoup trop profond,  j’ai plongé mon doigt pour le goûter, acide, sucré, délicieux. Il a goûté lui aussi. Nos doigts étaient rouge sang, ça m’a cruellement fait de l’effet. Il a recommencé, une fois puis deux. Je le regardais trop dans les yeux, alors il a tendu son doigt recouvert de l’onctueux sang de sucre, et me l’a tendu avec un petit sourire aguicheur. J’ai goûté son doigt et sans que j’ai eu le temps de reprendre mon souffle, je respirais dans sa bouche. Nos lèvres se cousaient et se décousaient avec entrain comme ça dans cette cuisine aux yeux de tous ces ploucs. Et ça ne me dérangeait même pas. Nos mouvements étaient brusques mais précis et entre deux embrassades on s’entre-apercevait. Avec sa main collante et rosée du coulis de fruit, il a lâché mon cou et est allé vers le réfrigérateur. Il a piqué une bouteille de mousseux et m’a demandée de préparer une assiette. Je l’ai suivi dans le couloir avec ma petite assiette de victuailles et ma coupe. J’avais chaud au ventre et même entre les cuisses. J’avais un peu 16 ans à cet instant-là. On est entré dans une  chambre, celle où il y avait un monticule de manteaux et on s’est assis au sommet. Il a fait péter la mousse, il en a mis un peu partout, comme ça coulait, on a bu directement dans la bouteille et on se frenchait en même temps. J’étais enivrée mais je comprenais avec un recul immédiat, ce qui se passait. Tout ce que faisait ce type me plaisait, je lui aurais dit oui à tout et je n’aimais pas ça. Malgré cela, je nous trouvais beaux et crados à la fois. On se roulait avec euphorie dans les sacs et manteaux d’hiver, c’était infernal, on n’arrivait pas à s’arrêter, on était suant. Soudainement, il a déclaré « allez, on se pousse », il a attrapé une tuque qui n’était pas la mienne et me la enfoncée sur la tête, « Habille toi fille, fait frette dehors ». On s’est habillé de façon flegmatique, on faisait semblant pendant ces quelques secondes de ne pas être ébranlé par l’autre. On a quitté l’appartement et le brouhaha de la fête plate, dans la plus grande dignité. On a attrapé un taxi, on a décidé d’aller à l’appartement le plus proche, le mien. Dans le taxi, on gardait  encore notre air digne, mais nos mains visitaient le corps de l’autre dans ses méandres, nos visages eux regardaient droit devant. Sa peau veloutée et épaisse glissait sous ma main et j’en voulais plus. Je ne le regardais pas sinon je succombais.

Débarqués du taxi, il m’a spontanément poussée dans la neige ce con, je suis tombée avec la plus grande des douceurs. Logée dans la neige, je ne bougeais pas, je regardais les flocons arriver d’en haut et je l’insultais de m’avoir poussée. Alors il s’est laissé tomber sur moi et là, sa fantaisie me gonflait. Fait qu’à mon tour j’ai dit « on se pousse ». Je me suis levée et sans me retourner,  je montais les escaliers extérieurs qui mènent à chez moi. Je cherchais mes clefs dans cette maudite trop grande sacoche, je les trouvais pas, c’était long, il m’avait rattrapée et attendait derrière. Je gueulais après ces stupides clés qui étaient dans mes poches.

Dès que j’ai tourné la clé dans la serrure, le brun m’a attrapée le cou, s’est rapproché soudainement en arrière de moi et on a basculé à l’horizontal dans les escaliers intérieurs. On n’avait pas le goût, j’imagine, de prendre le temps de monter dans l’appart et de se faire des petites politesses à la verticale, avant de se retrouver de toute façon, allongé. On a juste zappé cette étape, en ne montant pas les escaliers. De toute façon, ce type ne s’en faisait pas vraiment avec les convenances à ce que j’avais pu voir. Je glissais à nouveau mes mains sous son chandail pendant qu’il enlevait mon manteau d’hiver, le sien, ma tuque, la sienne, mes gants, il les jetait un peu partout. Moi, je continuais de glisser sur sa peau, elle était vachement chaude. J’ai glissé encore, jusque dans son pantalon, c’était encore plus chaud. Il me désirait et moi, ben ça réchauffait mon cœur éreinté et mon égo de fille du samedi soir. Comme on était encore dans les marches, on ne se déshabillait pas vraiment, on faisait juste tasser le tissu de nos vêtements à droite, en haut, en biais selon ce qu’on explorait. Je l’embrassais partout où c’était accessible. Il s’est hissé vers le haut et m’a attrapé par-dessous les aisselles avec ses bras, pour que je me relève, lui s’est accroupi et a déboutonné mon pantalon pour le faire glisser vers le bas.  Et ça glisse mal ces foutus skinny. Il s’est relevé, je me suis naturellement abaissée et j’ai à mon tour déboutonné son pantalon qui a glissé tout seul lui.  Mon visage était vis-à-vis de son sexe. Tant qu’à se désaper, dans la cage d’escalier, je lui aurais bien proposé de monter chez moi,  ma chambre se trouvait à moins de cinq mètres. Je n’osais pas le lui dire sans abîmer le moment et surtout je ne voulais pas qu’il me pense coincée.

Je le touchais alors sur les cuisses, dans l’aine et ça le faisait frissonner. Ensuite je caressais son sexe que j’ai sorti de ses boxer, il était vachement beau, je me fais rarement ce genre de réflexion mais là sa verge, ben elle était vachement belle. Je le fixais dans les yeux, il s’est accroupi de nouveau. Et on s’est frenché comme des morts de faim. Un cliquetis s’est fait entendre,  la porte d’entrée s’est ouverte, Amina ma coloc était dans l’embrasure avec son affreux chien au bout d’une corde. Le doigt de mon amant encore pris entre mes jambes se retira tout doucement et il le posa sur le côté de sa cuisse comme s’il avait été un objet ne faisant pas partie de son corps.

« Ha putain c’est toi, vous m’avez fait peur» a dit Amina.

Elle a descendu quelques marches, a failli s’assoir mais dans un éclair de lucidité, je suppose qu’elle a trouvé cela inapproprié. Je le souhaitais du moins.  Je me vautrais sur lui, pour cacher nos entrejambes respectifs et je tirais sur mon t-shirt pour couvrir mon cul, un peu.  Lui ne disait mot et moi je faisais semblant que tout était normal. Je n’aurais jamais dû, Amina n’avait pas d’inhibition, elle était givrée, je l’adorais mais rien ne la gênait. J’ai eu peur qu’elle veuille se joindre à nous, ou qu’elle propose juste de mater en se touchant elle-même, c’était clairement son genre. Heureusement à cet instant Vladimir son clébard s’est manifesté par un aboiement étouffé. Il sait qu’Amina déteste quand il aboie. Et Amina sait, quand je suis contrariée, comme elle aussi elle m’aime elle a dit :

« Je sors Vlad’ qu’il pisse un peu, à mon retour vous avez ramassé votre bordel et vos derrières sont à l’étage.  Elle a tendu sa main vers lui  « ravie de te rencontrer, moi c’est Amina », il n’a pas tendu sa main, Amina a ri ou gloussé, je ne sais pas trop « moi c’est Malick ». J’ai gentiment demandé à Amina de se tirer. Amina et Vladimir sont partis. Et il s’appelait Malick.

J’ai ricané un peu moi aussi pour souligner le fait que tout ça ne me gênait pas, je voulais sûrement avoir l’air d’être une fille qui ne s’en fait pas avec rien. Malick a alors déplié ma jambe puis l’autre, il a regardé sans pudeur mon sexe pendant des secondes qui m’ont semblées longues, son effronterie m’attisait. Il a glissé sa langue sur ma cuisse et la remontait doucement, très doucement vers l’intérieur. Ce moment était lent et long. Je voulais à la fois que ce moment s’achève vite et dure longtemps. Sans que je m’en rende compte sa langue était rendue dans mon épicentre, elle était chaude, virtuose et épaisse. On aurait dit qu’elle savait parfaitement quoi faire, elle besognait comme une habituée. Je jouissais déjà presque et ça me désinhibait complètement. J’ai l’impression qu’une fois qu’on jouit avec quelqu’un c’est comme un secret qu’on lui a livré. Peut-être que je me trompe. Pas de méprise là, il n’y pas une once de délire romantique d’amour ou autres idées mielleuses. Juste jouir avec quelqu’un pour moi c’est un comme une sorte de passe-droit. De toute façon à ce moment-ci, sa tête était bel et bien entre mes jambes et s’affairait à me faire savourer mon propre corps. C’est moi qui le tenais par le cou maintenant avec un peu plus de pression à chaque coup de langue plus profond. Ses mains à lui s’étaient glissées sous mon cul, pour bloquer mes hanches pendant les secousses, lorsque mon bassin se hissait puis se baissait cuisant, à chaque montée qu’il me prodiguait de sa bouche. J’ai eu follement envie de l’embrasser, de le sucer et si j’avais été un mec de le pénétrer. Et là putain j’ai pensé à Vladimir, quelle conne, c’était moche comme corrélation. Amina  allait revenir et moi je me faisais frire l’entrecuisse sans vergogne dans nos escaliers. Je me suis redressée semi-jouissante, essoufflée, l’image de Vlad en tête. « On se pousse » j’ai encore dit.

On a presque couru en ramassant nos fringues, c’était un peu absurde comme instant mais le désir nous conduisait. Une fois dans ma chambre on a jeté les sapes par terre, on a entendu Amina rentrer, et j’ai fini de le déshabiller comme si c’était vital. Il a fait valdinguer mon t-shirt et mon soutif, et s’occupait de mon sein droit qui s’était raidit d’un coup, le gauche attendait patiemment en souriant. Je crois bien que je souriais moi aussi parce que je n’avais pas eu envie d’un garçon comme ça depuis trop longtemps. Flottait dans les airs une logique des corps, une aisance qui fait qu’on est soi-même, nu collé au corps d’un autre. Ce ne sont pas tous les corps qui s’accordent et quand cela arrive, ça nous mêle, Jusqu’à confondre l’amour et ses trompeuses périphéries. Je ne le connaissais même pas ce Malick. Ça ne pouvait pas déjà être ça.

Il m’a hissée sur le radiateur sous ma fenêtre, m’a demandé ou étaient les capotes, pendant qu’il l’enfilait, je restais là, jambes ouvertes, le derrière collé à la vitre, les rideaux étaient ouvert eux aussi. Il s’est enfoncé doucement, ça m’a soulevée, je m’attendais pas à une telle efficacité, alors il est allé vite tout de suite. Ses aller-retour étaient de plus en plus rapides et profonds, il gémissait vachement, ça m’a même fait un peu peur. C’était clair, j’allais jouir encore une fois sans faire aucun effort. Malick m’avait tellement bien apprêtée. J’étais à point depuis un moment, sur le bord de l’orgasme, à la moindre secousse. Le spasme tant attendu est venu infailliblement, sans que je le cherche, je fondais.  Il a lui-même jouit immédiatement après. Je trippais drôlement qu’il jouisse comme ça dans mon corps. Un frisson m’a parcouru. Il avait attendu pour venir, que je vienne; ou pas. Je me faisais des idées.  On a respiré quelques secondes dans cette position. Je l’ai pris par la main, on s’est allongé dans mon lit, et on s’est endormi de suite.

Le lendemain, au réveil il était vachement beau, ça m’a pincée. On a baisé, de nouveau, plus calmement et c’était aussi le fun, ça m’a surprise. Lui aussi. On se l’est dit. Il a rapidement proposé d’aller déjeuner, avec un putain de sourire qui m’a serré la cage thoracique. Fuck. J’ai refusé froidement, j’étais sèche, j’étais conne.  Je lui ai presque dit que j’aimerais mieux qu’il dégage. Il était surpris et devenait inexpressif et il était quand même encore beau et brun. J’avais déjà peur de penser qu’il était possible que ce type m’émeuve. N’importe quoi. Impossible, mon cœur s’était beaucoup endurci cette année, j’avais bossé sévèrement le sujet et les dossiers d’une rencontre d’un soir. En tout cas cette fois, j’étais troublée, fait chier. Mon cœur, je voulais plus que quelqu’un y touche, alors je l’ai regardé rapetisser par la fenêtre  de ma chambre et tourner le coin de rue. Il y avait la trace de mon cul sur la fenêtre comme un fossile de cette nuit là. Pourquoi n’étais-je pas allée déjeuner avec lui. J’avais sûrement bien fait.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

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