illustration de Marjolayne Desrosiers

illustration de Marjolayne Desrosiers

1 Janvier

Revoici le moment que tu n’attendais pas avec impatience; La résolution. Chaque année, malgré toi, tu prends une résolution. Pas nécessairement pour te prouver que tu as le contrôle sur toi-même, étant donné que tu ne les respectes jamais plus d’un mois. Pas non plus pour te déculpabiliser de vivre une vie luxuriante, de bonheur éphémère, de consommation abusive, de plaisirs sans lendemain aux détriments du tiers-monde (Enfin, peut-être…), mais beaucoup plus par tradition que l’on t’impose depuis ta douce et tendre enfance.

Alors, pas la peine d’essayer de perdre du poids. Arrêter de fumer est trop facile étant donné que tu es fumeur occasionnel, peu importe ce que cela veuille dire. Même chose pour les drogues. Les choix ne sont pas énormes: soit tu arrêtes de boire, soit tu arrêtes la porno…

4 Janvier

Ça fait maintenant trois jours que tu vis sans pornographie.

Ça fait aussi trois jours que tu ne t’es pas masturbé. Ce n’est pas que tu sois incapable de le faire sans pornographie, mais tant qu’à faire les choses, tu te dis: Aussi bien les pousser au maximum! Et tiens, tant qu’à y’être, pas de sexe du tout pendant un mois! Repoussons les limites! Célibataire en hiver, tu devrais y arriver.

Bon, trois jours, c’est de la petite bière… C’est même plutôt fréquent de ne pas se masturber pendant trois jours…

Tu te dis qu’il te reste 28 jours. Tu te dis aussi à quel point tu détestes les mois de 31 jours…

7 Janvier

Semaine #1 terminé. Bravo! C’était facile. Tu célèbres cet évènement en faisant une rétrospective de ta vie de masturbateur chronique. En commençant par ton premier souvenir de masturbation, cette première fois où tu fus traversé par un éclair de génie à l’âge de cinq and et tu t’es dit: “Prends ta bite dans ta main, et fait la virevolter de haut en bas, juste pour voir…”

Ensuite, la première fois où tu as découvert la collection pornographique de ton père et que tu te demandais: Pourquoi le mec fait pipi dans la bouche de la madame? Suivis de la première fois où tu éjaculas, ce qui te mis la puce à l’oreille concernant la réponse à ta précédente question.

Puis aussi la première fois où tu as appris que les filles aussi se masturbaient.

… Wow…

La première fois où tu t’es masturbé avec ta copine, la première fois où tu t’es masturbé en conduisant sur l’autoroute pour passer le temps, la première fois où tu t’es masturbé au travail feignant le besoin urgent d’aller faire caca, la deuxième fois où tu as appris que les filles se masturbaient, presqu’aussi souvent que les garçons, la troisième fois où tu as appris que les filles se masturbaient, parfois avec un vibrateur, certaines en touchant leur cul…

Oh putain! Tout à coup l’envie de te branler vient d’immerger dans ton cerveau. Des chatons morts, l’avion dans la vallée, les feuilles d’automne, 34+92×3/5…

Tu sors prendre une marche, fumer une cigarette.

8 Janvier

En te réveillant ce matin, tu constates que tu es en train de baiser avec un oreiller. Tranquillement, tu cesses ce que tu es en train de faire et réfléchis. Personne ne t’a vu, tu n’es donc pas obligé de te justifier. Malheureusement, tu ne te souviens plus qui personnifiait ton oreiller. Peut-être n’était-ce que ton oreiller. Ce serait toutefois étrange et déviant.

Tu décides tout de même d’aller de l’avant avec cette journée. Elle s’avère difficile. À tout moment, des images pornographiques déjantés et déviantes. Toutes les filles que tu croises deviennent tout à coup d’éventuelles figurantes dans le film porno de ta vie. À l’épicerie, la jeune universitaire devant toi se penche dans la section des yogourts, s’écarte les cuisses et te supplie de pallier à son désir insatiable. Dans le métro, un couple de lesbienne s’embrasse, se caresse, se déshabille, se rentre leur point mutuellement en éjaculant partout sur le plancher. Au travail, ta collègue mulâtre et ta collègue rousse te proposent une sucette sous ton bureau et d’éjaculer partout sur leurs seins énormes…

Seigneur!

L’avion dans la vallée…

Le soir, tu es exténué. L’envie de te masturber est insoutenable. Tu t’endors.

14 Janvier

Deux semaines sans sexe, ni porno. Tu viens de franchir un nouveau record. Probablement international, depuis la nuit des temps… Tu te demandes si les hommes de Cro-Magnon se masturbaient et si oui, avaient-ils honte de leur geste? Les bonobos le font eux… tout l’temps.

Depuis la dernière fois, tout s’est calmé. Les images pornographiques se sont estompées. Tu sens que ton cerveau ne fonctionne plus de la même façon. Tel un drogué en sevrage, des changements physiques et psychologiques deviennent notables. À commencer par ta concentration qui est plus linéaire, tes réflexions plus candides. Tes relations avec les gens sont plus profondes, moins superficielles. Lorsqu’une conversation tourne au sexe, tu t’en détaches. À l’intérieur, tu te dis: “Amateur…”

Tu te surprends souvent à être émerveillé, en extase, devant des choses simples et belles. C’est étrange l’emprise du sexe sur nos cerveau.

En revanche, ta consommation d’alcool et de cigarette a drastiquement augmenté.

 

20 Janvier

Bientôt trois semaines que tu n’as plus d’interaction avec ton membre, autre que pour pisser. Tranquillement, tu as l’impression qu’il s’atrophie. En l’observant d’une manière objective, tu te poses la question à savoir si tu es encore capable de bander. Essayer de le vérifier serait de jouer avec le feu. L’idée de ne plus jamais avoir de relation sexuelle te traverse l’esprit. Puis un frisson. Puis tu t’imagines que suite à un accident de vélo, on doit t’amputer le pénis et les testicules. Quelle horreur!

24 Janvier

Aujourd’hui en te rendant au travail, tu as croisé cette fille qui allait au même Cégep que toi. Elle est magnifique. Grande, cheveux noires, yeux en amandes et un corps de maitre yogi.  Tout le long de votre discussion, elle sourit, pendant que toi, tu parles sans arrêts de choses beaucoup trop émotives. Tu t’arrêtes soudain et te dis que tu es en train de devenir une fille.

Elle t’invite à prendre un verre d’ici la fin de la semaine.

“Après demain, ça te dit?”

Après demain, le 26? Pourquoi pas après le 31!?! Et si jamais elle voulait te ramener chez elle, ou bien aller chez toi? Tu ne saurais quoi lui répondre d’intelligent et elle ne te rappellerait jamais. Elle croirait que tu repousses son invitation parce que tu es engagé dans une autre relation instable et pour laquelle tu n’assumes pleinement les responsabilités. Elle se dirait que si jamais vous vous “datiez” et que ça devenait plus sérieux, elle ne voudrait pas que tu fasses la même chose avec elle lorsqu’une autre fille t’inviterait à boire un verre. Elle te trouverait lâche et dégoutant et que ce n’est pas une façon de se comporter, ni de traiter une femme, ni tout autre être humain! Espèce de porc qui ne pense qu’au sexe!!!

Tu te dis que tu es en train de péter un câble. Et aussi que ça fait très longtemps que tu réfléchis à ta réponse.

“Ha merde! J’aurais eu trop envie! Mais d’ici le 1 février je suis hyper dans le jus!”

“Ha d’accord! Pas de problèmes, je comprends. Moi aussi au boulot c’est l’enfer! On se reprendra après le premier sans faute alors!”

“Non mais, sérieusement… j’aurais vraiment eu envie!”

“Ok… Bon bin on se tient au courant! J’t’embrasse!”

“ALLRIGHT!”

Tu te dis que ta dernière phrase était de trop. Tu te dis aussi que tu ne la reverras probablement jamais puisque vous n’avez pas échangé vos numéros de téléphone.

Putain de porno.

31 Janvier

Les trois derniers jours ont été l’enfer. Tu étais incapable de te concentrer plus de deux minutes. L’envie de te mettre, de te masturber, de regarder des gens recouvert de foutre et de liquide sans nom s’introduire plein de choses dans le corps ne quitta ton esprit une seule seconde. Hier, tu as dû lutter très fort lorsque tu as ouvert la page de ton site porno favori en te disant que de regarder une petite minute ne te fera pas de tort. Juste regarder… grave erreur. Tu as très vite su que tu pouvais encore bander. Par chance, ton ordinateur a manqué de batterie et le temps que tu retrouves le câble d’alimentation, ton érection s’était déjà estompée.

 

Aujourd’hui, tu dois prendre l’avion pour le boulot. Tu quittes sur Paris pour les 3 prochains jours. Comme toujours tu prends le siège en bord de fenêtre. L’avion décolle, il est 22h. Tu te dis que pour célébrer la dernière journée de ce périlleux pèlerinage, tu as bien le droit à un verre de champagne! Tu baisses la tablette devant toi alors que l’agent de bord t’apporte la rançon de ta gloire. À côté de toi, une femme de 45 ans et sa jeune fille d’environ 20 ans. Trente minutes après le décollage, la femme se lève pour aller aux toilettes. Sa fille te regarde, sans rien dire. Les lèvres serrées, tu lui souris timidement. Elle baisse la tête.  Lorsque sa mère revient, au lieu de se rassoir à tes côtés, elle repousse sa fille au milieu, sous prétexte qu’elle préfère l’allée. Tu préfères aussi cela pour la place sur les accoudoirs. 

Après ton quatrième verre de champagne, tu fatigues. Tu enlèves ton chandail à manche longue et t’en sers comme couverture. Tes voisines de voyage font de même. Tu t’assoupies.

Vers 23h45, une étrange sensation te réveille. Tu te rends compte que tu es bandé très dur et qu’une douce sensation te caresse. L’image de toi qui est en train de se masturber en rêve au milieu d’un avion bondé de traverse l’esprit.

Tu ouvres les yeux, pour te rendre compte que l’avion entier baigne dans le noir et que tout le monde dort… sauf elle. Ta voisine. De vingt ans.

La tête penchée sur le côté, appuyée contre l’épaule de sa maman, elle te regarde de ses deux grands yeux éveillés. Tu regardes son bras et t’aperçois que sa main se perd sous ton chandail. Elle caresse ta queue.

Seigneur!

C’est impossible! Tu te dis qu’il n’y a aucun film porno qui soit plus érotique que cette situation. Tu te dis aussi que tu devrais peut-être lui dire quelque chose, à elle ou même à sa mère! Mais tu ne fais rien de tout cela. Tu la regardes dans les yeux et elle te regarde aussi. Tranquillement, tu sens sa main qui détache ton pantalon et baisse ta fermeture éclair. En sortant ton sexe par le trou destiné à cet effet de ton boxer short, sa langue parcours la surface de sa lèvre inférieure qu’elle mordille par la suite.

Un frisson provenant du fin fond des âges te parcours le corps en entier. Tu as envie de soupirer d’extase, ou même de crier. Tu agrippes avec force les accoudoirs (qui sont d’ailleurs les deux à ta disposition désormais) et tu inspires profondément en levant la tête. Tu te dis qu’il n’y a rien de mieux qu’une main chaude qui entoure ta bitte à trente mille pieds d’altitude.

Tranquillement, tu détournes ton regard vers elle et t’aperçois qu’elle a aussi sa main enfoncée dans son jeans et que son bassin fait des mouvements de va et viens. Le risque que sa mère se réveille t’excite d’une façon incalculable.

Malheureusement, ce mois de chasteté a fait en sorte que tu as envie de jouir immédiatement. Tu ne peux plus te retenir et tu éjacules abondement partout sur ton chandail, sur sa main, sur ton boxer short, la main sur ta bouche afin de t’empêcher d’émettre un son quelconque. Le liquide chaud l’excite elle aussi. Elle accélère ses mouvements pour finalement être saisie par une série de spasmes violents. Toujours les yeux fermés, elle retire sa main de sous ton chandail et au lieu de s’essuyer avec les pages du SkyMall comme tu t’apprêtes à le faire, elle décide de licher chaque pouce carré de sa main recouverte de sperme.

Tes yeux et ta bouche grands ouverts laissent transparaitre ton état de surprise. Une fois le tout nettoyé, elle te jette un regard qui ressemble presqu’à un remerciement, puis elle repose sa tête sur l’épaule de se maman qui dort toujours et s’assoupie, satisfaite. Tu n’y crois toujours pas. Tu as l’impression d’avoir imaginé tout cela. Toutefois, ton chandail à manche longue et ton boxer short recouvert de vieux sperme fermenté depuis un mois viennent te prouver le contraire.

Un mois…

Soudain, tu regardes ton téléphone. 11h57. Tu es un peu déçu de ne pas avoir réussi à respecter ta résolution jusqu’au bout. Puis tu te souviens que tu as changé de fuseau horaire et qu’en réalité, il est maintenant 12h57.

Tu te dis que les résolutions, c’est bien et qu’au final, elles finissent toujours par être récompensées.

-Gulliver du Lombriquet

Gullivert du Lombriquet

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