Illustration de China Wood

Illustration de China Wood

 

J’aime soutenir le regard des gens. Pour une seconde ou deux. J’ai toujours de la difficulté à être attiré par une personne qui ne soutient pas mon regard; turn off total. Habituellement, après quelques secondes, les gens détournent le regard. C’est comme un jeu pour moi; le premier qui détourne le regard perd.

Je gagne toujours.

Un beau soir de septembre, je revenais d’une petite bière du jeudi avec des amis de l’université. J’avais réussi à attraper le dernier métro quelques minutes avant qu’il ne passe. En m’asseoyant sur un banc, direction Honoré-Beaugrand, j’ai vu un gars magnifique, directement en face de moi. L’air nonchalant, appuyé contre le mur, il semblait lui aussi sur la fin de sa soirée. Cheveux foncés, yeux bruns, teint basané d’un gars qui a passé son été à l’extérieur. Il avait un regard un peu sévère, avec des sourcils qui semblaient constamment froncés.

Je le détaillais de haut en bas quand il a croisé mon regard. Il a dû sentir que je l’observais, et il a levé les yeux pour voir.

Il me regarde une, deux, trois secondes. Après cinq secondes, je n’arrive pas à lire son expression. Irrité, intrigué? Il m’intimide un peu, même. Je finis par détourner le regard. Pris à mon propre jeu…

Le métro passe et je sors mon téléphone. Classique façon s’éviter le regard des gens. Après un rapide tour de mon Facebook, je relève la tête pour voir que le quai d’en face est vide. Dernier métro. Le mien arrive dans moins de 3 minutes.

Quelqu’un s’assoit à côté de moi. Je lève la tête.

Un regard sévère, impénétrable, me toise, m’analyse. Instantanément, une érection commence à me travailler. C’était le dernier métro. Mon bel inconnu n’a pas le choix de me suivre.

Quand le métro arrive, je m’assois dans le métro et il ne s’assoit même pas près de moi. Même wagon, mais on ne pourrait pas dire qu’on est ensemble. Les stations passent les unes après les autres et, à chacune, je me dis qu’il va se lever et partir.

Prochaine station : Joliette.

Le moment de vérité approche et mon coeur bat fort. Je suis partagé entre l’excitation, la peur et l’appréhension. Est-ce vraiment une bonne idée de le laisser me suivre.

Je sors du wagon et, à la dernière seconde, je le vois se lever et m’emboîter le pas. Il garde encore ses distances, mais je sens son regard derrière moi.

J’habite à près de dix minutes de marche du métro. Je sais qu’il me suit, mais je ne me retourne pas. Je joue son jeu. Je monte les marches vers mon appartement une à une et sors mes clés. Mes mains tremblent un peu quand je débarre la porte.

Je fais mine de la fermer derrière moi mais d’un mouvement vif et ferme, mon bel inconnu la retient. Il s’avance un peu et la ferme derrière lui.

Quelques secondes passent. Le silence est trop lourd. Toujours dos à lui, je lui demande, à mi-voix :

« Veux-tu quelque chose à boire? »

Pas de réponse. En fait, oui, il a une réponse. Un bruit de cliquetis : une ceinture qui s’enlève.

Je me retourne, finalement. Il me fait face. Il est dans l’embrasure de la pièce qu’il a, avec raison, identifé comme ma chambre.

Plus de t-shirt, plus de shorts, plus de souliers, plus de bas, même. Des sous-vêtements noirs, unis, serrés, que j’ai à peine le temps d’entrevoir avant qu’il ne les fasse disparaître autour de ses chevilles.

La seule chose qu’il porte toujours est son expression, indéchiffrable.

Je soutiens finalement son regard. Je le regarde, comme si le temps était figé. J’enlève moi aussi mon t-shirt, mes shorts. Je fais un pas vers l’avant et enlève aussi mes sous-vêtements.

Face à face, j’approche mes lèvres des siennes. Le baiser est rude, à la fois expéditif et passionné. Il m’embrasse une seconde, puis arrête brusquement, avant de recommencer pour deux secondes. À chaque pause, un regard. Je sens sa main qui s’approche de mon cou, me rapprochant chaque fois. Quand il sort la langue, finalement, je fonce et attrape le bas de son dos avec ma main gauche alors que ma droite va saisir l’arrière de sa tête.

Alors que le manège continue, il recule et tombe finalement sur mon lit.

Son pénis est celui d’un homme qui ne peut qu’avoir confiance en lui. D’une belle taille, épais, qui se prend à pleine main. Je plonge vers son magnifique engin et je réalise que je veux le faire réagir à tout prix. Je veux voir son visage qui dit « je suis invincible » se tordre et se contorsionner sous les accès de plaisir que je lui donne.

Pas de temps pour les demi-mesures, je le suce comme si c’était le dernier. J’envoie ma main droite se promener sur son torse ferme, pendant que l’autre m’assiste dans ma quête de faire exploser son magnifique pénis.

Je décide d’inverser mes mains et ma gauche se dirige vers son dos, le forçant à adopter une position assise. Elle va ensuite se jucher juste au-dessus de ses fesses, préparant le terrain pour la suite.

C’est alors que j’entends des halètements, timides au début, mais qui prennent de l’intensité au fur et à mesure. Je vais y arriver, je vais faire mon entrée cette forteresse impénétrable.

« Tourne-toi. » je m’entends dire.

Je dis au revoir au beau pénis pour un instant pour me concentrer sur ses fesses. La plupart des gars, et surtout un gars comme lui, de qui j’ignore le background, sont parfois inconfortables à se faire faire un anulingus. Il faut donc agir rapidement, ne pas leur laisser le choix. Quand c’est commencé et bien fait, je n’en ai jamais entendu un seul se plaindre…

Et celui-ci, à l’entendre, ne fait pas exception. Je me donne le coeur à l’ouvrage, utilisant ma langue, mes doigts, mes mains. Un premier gémissement, puis un deuxième. Quand je le sens parfaitement prêt, je chuchote :

« Quatre pattes ».

J’ai heureusement des condoms sur ma table de chevet, avec une bouteille de lube à proximité. Je me prépare rapidement à entrer en lui; le timing est encore une fois important. Heureusement, mon pénis est moins impressionnant que le sien, alors même s’il n’est pas habitué, cela devrait aller.

Je le pénètre d’abord doucement puis, réalisant que ce n’est pas son premier rodéo, y va un peu plus fort. Il gémit, halète, grogne, mord l’édredon. Ses mains attrappent mes cuisses, me donnent son rythme que je m’efforce de suivre. Il se cambre et me présente son dos, perlant de sueur, que je lèche, mordille et sur lequel je grogne de satisfaction. Je réalise qu’il se masturbe, qu’il semble sur le point de venir. Je redouble d’ardeur et je vois un frisson parcourir son échine, alors qu’il râle de plaisir.

Je me retire sans me faire prier et, à mon tour, éjacule après quelques secondes. Ma respiration reprend tranquillement son rythme normal alors que mon amant, qui me fait toujours dos, halète également. Il roule sur le côté du lit, se lève et se dirige vers la salle de bains après avoir ramassé ses vêtements. Je tombe sur le lit, me rappelant de laver l’édredon, sur lequel nos ébats ont eu lieu.

La porte de la salle de bains s’ouvre. Je me place dans l’embrasure de la porte de ma chambre, et le regarde traverser le salon, ramasser ses souliers. Alors qu’il lace ses espadrilles, il lève le regard vers moi. Ses yeux bruns fixent les miens. L’expression n’a pas changé. Il ne dit pas un mot, se lève, et détourne le regard.

J’entends la porte se refermer, alors que je me dis, qu’encore une fois, j’ai gagné.

-Handsome Stranger

Handsome Stranger

 

 

 

Leave a Reply