Un illustration de David Arcouette

Une illustration de David Arcouette

Dans la position dans laquelle je me trouve, je peux très bien voir que la belle rousse peine encore à comprendre ce qui lui arrive.

Mon visage face au sien. Mes mains sur ses hanches. Son cul qui bounce sur moi à répétition.

La grande chevauchée. 

Les pantalons aux genoux, cul nu sur la banquette, je suis déconcentré à l’occasion par une graine de pain ayant probablement appartenue au sandwich que la belle rousse s’enfournait dans la bouche quelque temps plus tôt.

C’est probablement à ce moment là d’ailleurs que j’ai complètement craqué. C’est pas comme si tout son être m’avait pas déjà gorgé de sang quand je l’avais vu entrer dans le café… mais quand elle a enfoncé ce gros sandwich-là dans sa bouche : j’ai tilté. Tout à coup j’me pouvais pu.

« Tout à coup je m’suis pu pu. » Pas inintéressant comme phrase ça… Enfin.

Je me suis levé d’un trait, je me suis approché, et au moment où j’entrais dans sa bulle, elle a quitté Les mouettes de Tchekhov, s’est retournée et m’a souri, tout en ayant une fraction de seconde d’hésitation normale. (Ça fait ça quand un étranger arrive comme ça à deux pouces de ta face.) J’ai pris une fraction de seconde pour regarder de proche ses yeux jaunes-verts de rousse puis j’ai collé mes lèvres sur ces lèvres roses qui épousaient si habilement la baguette la seconde d’avant. Astheure qu’elle me chevauche, je suis en mesure d’observer de toutes autres lèvres, épouser tout aussi élégamment, un tout autre lunch.

De moins en moins de doute… c’est une étudiante en théâtre.

Mes yeux remontent et rebaissent sans cesse d’une paire de lèvres à une autre alors que je l’enfonce sur moi à l’aide de mes mains qui empoignent désormais ses épaules. À chaque fois que j’essaie une nouvelle feature, je m’amuse à observer attentivement ses réactions. Dans son visage se mêlent confusion et excitation. Un joli mélange, je vous en passe un sapin. Elle n’ose pas vraiment me regarder dans les yeux. (Soit parce que trop distraite à surveiller les alentours, soit parce qu’on ne se connaît pas.) Cela dit, elle n’ose pas non plus se désenfourcher de sur moi.

« Désenfourcher »… ça passerait tu chez mon éditeur ça ?… Whateva.

Mes mains quittent ses épaules pour aller jouer dans la chevelure rousse et touffue de la belle. Elles agrippent cette tignasse ondulée puis, doucement, l’attirent vers le bas, question de faire arquer son dos et ainsi faire pointer ses seins à travers son chandail, telle une Marie-Stone des Conservatoires. Elle y prend plaisir et s’arque davantage que je n’en demandais, avec une souplesse inespérée et inattendue. (C’est fou ce qu’on leur apprend dans les écoles de théâtre maintenant.) Ses seins, lousses et fous dans son chandail ample, veulent me péter dans face. Une de mes mains lâche la tignasse pour attraper une manche de son chandail. Je le fais descendre lentement. (C’est facile, c’est un de ces chandails faussement maladroits qui a toujours une manche qui tombe pour laisser voir une épaule nue.) Ses seins poppent de son chandail. Poppent de son chest. Poppent dans ma face. Soudain, la belle rousse sursaute et jette un regard affolé autour d’elle, une petite fraîche lui faisant réaliser qu’il ne lui reste plus grand chose sur le corps… Comme si ça aggravait vraiment son cas. (Celui d’être en train de se faire empaler comme ça devant toute une clientèle de café.) Rien pour aider sa self-consciousness, je prends ses seins dans mes mains et me mets à me taper les joues avec, juste assez pour faire des floc floc floc. Puis deux de mes doigts plongent dans son chaï latte pour ensuite plonger dans son cul. Nouveau sursaut. Qu’à voir sa face je n’attribuerais pas à du désagrément. Bien au contraire. Je dirais même que, clairement, elle n’attendait pas tant de sa vie. C’est si beau savoir s’abandonner à une paire de doigt dans une paire de fesses. Quant à moi, je ne suis pas en reste. Avec ma main qui enfonce la rousse sur moi et mes doigts dans son cul qui caresse ma queue via cette miraculeuse fine peau qui sépare son vagin de son anus, on peut pratiquement dire que c’est comme si je me crossais avec cette belle rousse. Le serveur s’approche de la table avec un réchaud de café.

Une goutte tombe sur ma page blanche. Il s’en excuse. Les joues rougies je lui souris bêtement et lui accorde son pardon en tirant la table vers moi pour camoufler mon érection. Il fait une moue d’ancien-étudiant-du-conservatoire-qui-travaille-dans-un-café-d’artistes-pis-qui-s’en-torche-ben-de-pas-savoir-comment-verser-du-café et me laisse seul avec ma page blanche (et brunâtre). Je le regarde s’approcher de la table de la belle rousse (clairement juste pour pouvoir mater de plus près la nudité qui trône entre sa jupe et ses bas mi-cuisse… car il le sait TRÈS bien que c’est du chaï latte pis pas du café qu’elle boit !). La belle rousse délaisse sa grosse baguette poire-brie un instant et refuse coquinement le réchaud de café proposé (qui aurait définitivement gâché son chaï latte…) en faisant cligner ses beaux yeux jaunes-verts. L’ancien étudiant du conservatoire retourne à son comptoir en souriant comme l’agrès qu’il est. Je regarde pour une dernière fois les belles lèvres roses de la belle rousse qui lui rendent son sourire… puis je retourne à ma page blanche.

Le spot brun sur ma page me regarde. Ça reste ce que j’ai produit de mieux en deux heures.

J’aurais jamais dû accepter ce contrat-là.

J’haïs ça le théâtre.

Le blanc de ma feuille de papier m’éblouit.

Oui j’écris encore sur du papier. Oui j’écris encore avec un crayon. J’ai l’impression que ça favorise mon inspiration ok…

Juste une dernière fois…

Juste pour voir sa bouche…

Nouvelle bouchée de sandwich…

Si seulement j’pouvais écrire avec mon batte en ce moment. Là au moins j’ai l’impression qu’ça donnerait un excellent premier jet.

– Chéry Poppin’

chérypoppin


 

1 Comment

  1. Carl'os Bandera
    October 31, 2014

    Une nouvelle voiture peut-être?

    Reply

Leave a Reply