illustration de Farah Allegue

illustration de Farah Allegue

Playtoyz America, petite métropole étincelante et rose de la fabrication massive d’objets sexuels. Les machines sophistiquées poinçonnent, façonnent, moulent, contorsionnent les latex gélatineux et les silicones. Le verre brûlant est noué et étiré en autant de variations lubriques autour du thème de l’organe ultime qu’il est possible d’imaginer. Dans la pièce 032, deux employés s’affairent déjà à installer le nouvel équipement révolutionnaire qui permettra de produire des jeux ultra résistants et sanitairement hautement performants en acier inoxydable.

Nous sommes vingt-huit employés ici, pour une raison qui m’échappe 26 femmes et deux hommes. Pour une raison qui m’échappe, toutes assez jolies. Pour une raison qui m’échappe.

Depuis trois mois, passer les portes géantes fuschia chaque jour que la semaine apporte. Puis m’installer à la 8, la 10 ou la 11, selon l’ordre établi par le superviseur de plancher. Dans l’air une odeur artificielle de fraise alors que j’enfile mes gants de travail pour actionner le bouton de service. Illico, dans un filet de vapeur bleue, la machine s’active et projette sa première masse gélatineuse turquoise sur le tapis de production. L’odeur de plastique chauffé et de bleuet 3468 me pique les narines alors que je contemple les deux petits bras métalliques occupés à tordre le tas de bleu pour en faire une jolie tige spiralée qui s’agrandit de la cime à la base.

16 pouces de plaisir, formule minimaliste. L’objet file sitôt défini vers la prochaine station, où l’attend déjà un joli plateau d’emballage scintillant toutes les variations du rose.

Dans les brumes pailletées de la production, je peux apercevoir Rachel à la 16 et Mélissa à la 17. Pour une raison qui m’échappe, elles sont toujours voisines, campées dans mon champ de vision avec suffisamment de distance pour que je puisse me tirer un joli tableau de leurs deux silhouettes pulpeuses en mouvement. Les seins lourds de Rachel tirent sur son joli tablier alors qu’elle se penche pour récolter dans sa chute un vibrateur vert lime à deux tiges. Sur une petite table en inox, elle enfile les batteries AA dans la base et vérifie l’état de fonctionnement des différentes options lumineuses de l’engin ludique. Phallus en l’air, elle m’envoie un code morse pour m’inviter à la rejoindre sous la table. Deux courts jaune dans le gland et un long bleu dans la testicule gauche, mot de code : PLAISIR.

Mélissa, elle, teste la flexibilité de deux massives couilles de gelée nacrée en les pressant contre une plaque d’acier. Elle les enfonce ensuite dans un gabarit pour vérifier que leur volume en centimètres carré d’option jouissive est identique à celui de tous les prédécesseurs. Chaque fois qu’elle enfile la masse dans le gabarit, le bas de son ventre se presse contre la plaque de la table et j’imagine que ce bas de table, c’est ma face.

Je jette un coup d’œil à ma station de montage pour m’assurer que les « Butt Plugs » en tour de Babel s’enfournent docilement à la station 9, m’apercevant avec désarroi qu’un amoncellement tremblotant s’est figé en milieu de parcours. Pour une raison qui m’échappe, le tapis est coincé, lesdits objets abandonnés à la frontière de l’empaquetage. Dans un élan de pitié pour ces petites choses sans amour, j’en empoigne deux, les enserre avec mes mains, et sans m’en apercevoir me voilà qui commence à me caresser les seins par dessus mon joli tablier avec la pointe dure de ces deux monolithes massifs.

Pour une raison qui m’échappe, Rachel me jette un regard amusé de l’autre côté de la pièce, le phallus électrique suspendu dans un scintillement de mille lueurs au-dessus de son beau visage. Pour une raison qui m’échappe, Mélissa palpe maintenant quatre couilles, et semble s’y attarder de façon complètement compulsive. Pour une raison qui m’échappe, la cime du « Butt Plug » excessif circonvolutionne autour de mon anus, juste par dessus ma petite culotte d’un blanc éclatant. Pour une raison qui m’échappe.

Je peux laisser rouler le tapis de production quelques minutes sans surveillance, je le peux. Ça arrive, parfois, quand, dans une urgence, je dois me ruer aux toilettes pour essuyer mon nez parce que je viens d’éternuer. Ça arrive parfois, oui, je le laisse en veille, je ne l’arrête pas. Personne n’a besoin de savoir que je me mouche, une toute petite urgence, personne n’a besoin de le savoir, alors je le laisse en veille, oui, tout juste quelques minutes. Personne n’a besoin de savoir.

Je me faufile dans la salle, armée de mes deux prismes de plaisir anal avec lesquels je laisse des sillons bleutés en roulant des poignets comme une majorette. Tout autour, les employés ne semblent pas se formaliser outre-mesure de ce qui se passe, la plupart rivés à leurs tâches répétitives et régulières.  Droit devant, les paupières de Mélissa papillonnent et la poitrine généreuse de Rachel se soulève et redescend à un rythme fou.

Je peux laisser le tapis de production rouler quelques minutes sans surveillance. Ma langue roule dans le cou de Mélissa, le cône bien serré entre mes mains. D’un geste ma petite culotte éclatante est écartée, une masse vibrant en pulsations se glisse entre mes grandes lèvres,  la main de Mélissa se presse contre ma joue, deux couilles de latex laissent un gout amer dans ma bouche, la langue de Rachel vrille autour de la mienne. Je sens la lumière s’enfoncer dans mon sexe en vibrant de plus en plus fort.  La machine terrifiante active avec violence des vagues de plaisir qui remontent en moi alors que Rachel m’intime de m’asseoir sur une de mes tours de Babel préalablement réchauffée entre ses seins dorés qu’elle m’exhibe fièrement.

Rachel manipule le gode lumineux avec virtuosité, le faisant aller et venir à l’intérieur de moi, ralentissant et poussant même l’audace jusqu’à arrêter sa vibration chaque fois que je suis sur le point de jouir. J’ai mal au corps entier et je crois que mon sexe va s’auto-pulvériser et décoller vers l’espace tellement il est brûlant d’exploser. Ses seins incroyables se pressent aux miens, elle glisse sur moi à grand renfort de lubrifiant et malaxe tout mon corps de sa chaleur de femme. J’agrippe le gode à deux têtes et les reins de Mélissa, je la plaque contre moi en râlant.

Je mange avec appétit les poitrines de mes deux collègues, léchant le repli sous leur masse excitante, mordillant les pointes dressées et dures comme les petits œufs vibromasseurs que nous produisons en station 23. J’ai mal au visage de tant de douceur.

J’observe un moment la pointe arrondie de silicone cristallin aller et venir dans l’anus juteux de Mélissa. Je lèche tout autour et même l’objet qui goûte oh quelle surprise la vanille! Son cul se resserre tout entier autour de la chose qui ressemble à un glaçon en train de fondre : elle crie, complètement hérétique. Comme si ce n’était pas assez, elle se met à masser vigoureusement son clitoris pendant que la deuxième tête de l’engin, bourrée de billes tourbillonnantes,  lui martèle le vagin. Son sexe dégouline sur le plancher, je le lèche un peu pour savoir ce que goûte une femme, ça m’excite tellement que je suis incapable de m’empêcher de jouir moi-même alors que la tige baveuse du gode arbre de Noël vient tout juste de ressortir de mon vagin, quel gâchis !

Rachel me laisse à peine quelques secondes de répit puis entreprend de polir de sa langue très délicate mon clitoris. Mélissa a entretemps enfilé une longue bite à deux embouts ultra réaliste dans son sexe et commence à pénétrer Rachel par coups très lent. La cyprine recouvre le gode grotesque et les filles font des bruits juteux de succion en s’entrechoquant l’une sur l’autre. Rachel me suce la bille plus fort, le visage perdu entre mes deux jambes qui tremblent. L’engin multicolore traîne à terre à côté de nous et moi je ne me peux plus, je vais jouir encore une fois, je l’empoigne, commence à le fourrer dans mon anus brûlant alors qu’elle continue de me sucer encore et encore, toujours plus gourmande.

Mélissa crie, elle jouit très fort mais elle continue de chevaucher Rachel qui gémit doucement, presque silencieusement, en grands filets sonores étouffés de bave sur mon sexe. Finalement, tout son corps est parcouru d’une grande secousse et elle pousse un râle interminable, et moi encore je ne me peux plus et j’éclate : un grand jet émerge de moi pour s’élever comme une fontaine dans les airs…

…et atterrir dans le visage du superviseur, recouvrant ses lunettes épaisses. L’air furieux, il déboutonne son pantalon à braguette et sort devant nos trois visages étonnés une épaisse queue dressée vers le ciel, dont le gland est presque rouge vin. Toutes contentées de nos jouissances respectives, nous pressons nos visages contre son sexe et le dévorons, mais ce n’est que pour mieux dévorer nos propres bouches. Nous nous frenchons et suçons, vrillons au passage sa bite démesurée. Nous lui offrons notre gorge l’une après l’autre et nous nous embrassons à nouveau tout autour de son gland pris de secousses. Il explose au milieu de toute notre salive mais nous nous en apercevons à peine tellement nous sommes occupées à nous engloutir le visage l’une et l’autre.

Il remonte sa braguette toute mouillée avec soulagement – la colère semble avoir cédé le pas à une forme d’étonnement tendre – et continue son chemin  comme si de rien n’était. Tout autour, la cyprine et le foutre recouvrent les bancs des stations d’usinage et les halètements se tarissent, cédant de nouveau la place au vrombissement des machines. Nous avons créé une petite révolution.  Maintenant, vite regagner la station 8, que je ne laisse jamais sans surveillance pour une raison qui m’échappe.

-Une femme respectable

Une Femme Respectable

 

1 Comment

  1. Absurde
    April 8, 2015

    Propos humides, écriture crue, fin soyeuse. Bon à s’en lécher les doigts ! Nom d’une pipe ! Que mettez-vous dans vos céréales le matin ?

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