Illustration de Hugo Ferland-Dionne

Illustration de Hugo Ferland-Dionne

14h36. xx Mars.

Mon cell vibre.

«T’es tu en bas?»

«Ouais, pquoi?»

«Busy?»

«Pas tant. M’en allais chercher un café.»

«Reste. M’en viens dire allô.»

Ciel clair. Soleil plombant. Locaux industriels, coin Parc/Beaubien.

Dire allô, hein. Y’a pas tellement longtemps, c’est tout ce qu’on se faisait. Allô dans le hall d’entrée, les corridors. À mes yeux t’étais une belle inconnue qui bossait dans une boîte de graphic design au troisième étage. Du fond de l’atelier que je partage avec un menuisier, je me faisais des idées sur toi. La vérité, c’est que pendant longtemps, t’étais un fantasme en ébullition dans ma tête, ma petite fantaisie ouvrière que ma façade gênée empêcherait inévitablement d’accomplir.

 

Un soir d’automne, on s’est croisés dans le corridor silencieux pis t’as fait ton move. J’sais pas qu’est-ce qui t’as pris. J’sais pas si j’ai parlé de toi à quelqu’un qui te connaît. J’sais pas, t’es peut-être juste ben perceptive, ou moi trop transparent, ou les deux? Fallait être crissement game pour gratuitement m’accoter dans le mur. Je t’ai jamais demandé pourquoi, quand j’y pense. Depuis, c’est mon corridor préféré, pis j’essaie de pas trop bander en le traversant. Je trouve ses murs de béton blanc crème moins ennuyants depuis qu’on prend plaisir à se sauter sous leur surveillance, à des heures tardives où y’a plus personne autour. Mais là, en plein jour, j’me demande si je dois m’exciter où prendre ça chill.

Inutile. J’suis déjà horny. Deux, trois minutes passent. Tu rentres sans cogner. Salutations pour la forme, pis on s’embrasse un bout de temps. L’atelier est dans un demi sous-sol : les fenêtres près du plafond laissent passer la lumière du jour en un beam qui est particulièrement intense en après-midi. Le menuisier en a tiré profit en plaçant son établi en plein milieu de l’atelier pour en profiter. Des outils et une couche de poussière trônent dessus… Ça fait un bout qu’il est pas venu. Inondé de lumière, ça a l’air d’un autel d’église. On se lâche la bouche, pis tu scrutes les lieux. Je reste sur ma faim, j’avais pas envie d’arrêter. On a tous les deux des lèvres pulpeuses pis ça clique un peu trop.

 

«C’est nice ici. Parfait.»

Tu spottes l’établi lumineux et t’en approches. Tu tasses les outils d’une main nonchalante, prenant soin d’en crisser deux ou trois à terre. Tu prends ma grimace avec un sourire narquois. Esti de gamine, tu fous toujours la marde. Tu t’assis drette sur l’établi, le cul dans la poussière. Ça sent le pin. Le beam de lumière donne à ta chemise une twist translucide. Brassière noire à dentelle que je connais déjà. Je bande depuis que t’es entrée dans la pièce, mais là ça devient franchement intense. T’enlèves un bouton en te mordant une lèvre pour l’effet aguicheur. Hyper efficace.

 

«J’resterai pas longtemps… J’ai un souper à l’autre fucking bout du monde Ça promet. »

«Ben, vas-y pas?» J’dis ça sans aucune conviction.

«Family and shit. Tu connais le refrain.»

 

T’enlèves un autre bouton. Je fais deux pas. Tu sens la vanille. J’enfonce mon nez dans ton cou, ouf, fuck, oui. Je pose mes mains sur tes seins avant de prendre le relais du déboutonnage. J’te regarde dans les yeux pour trois très longues secondes avant de vaincre le bouton qui la laisse apparaître.

 

Une tache. Ta tache de naissance. À peu près grosse comme un dix cennes un peu difforme, un spot brun posé par erreur entre tes petits seins pâles. Elle a une forme de jelly bean. Juste un peu excentrée, campée à la base du gauche. La première fois que je t’ai dit que j’en faisais une obsession, t’étais crampée. Pour moi c’est le symbole érotique par excellence: suggéré, entrevu, deviné, dévoilé à moitié, jamais au complet. J’ai super envie d’éjaculer drette dessus, comme un sniper. Ça, je te l’avais pas avoué avant. T’as pas l’air contre l’idée, non plus.

 

Je fonce dessus, langues, lèvres et âme. J’te prends un sein d’une main, pis de l’autre je te colle à moi. Je palpe à gauche, lèche à droite, je mords à gauche, pis j’me gâte sur ta tache, que j’essaie bêtement de sucer à travers ta peau. Je continue ce manège pendant un petit bout. Dans mes oreilles y’a tes expirations insistantes pis Massive Attack qui joue pas fort dans le coin de la pièce. Impatiente, tu me prends la tête pour m’étouffer dans ta poitrine, pis tu la tires vers l’arrière.

 

«Reviens-en, crisse…»

J’acquiesce en souriant comme un gamin. J’enlève les autres boutons ben vite, je lance ta bra n’importe où, pis j’me remets à la besogne sur ton sein gauche. Je l’empoigne comme il faut pour mieux sucer la pointe. Mon autre main passe de ton dos, à tes cheveux, à ton visage, où j’ai deux doigts qui pénètrent ta bouche pendant que j’te penche vers l’arrière. Tu t’accotes sur les coudes, pitchant ta tête vers l’arrière, où ta face se trouve inondée de lumière. Y’a un grand frisson qui te parcourt le corps et traverse au mien. J’te mords avec insistance et ma main se faufile sous ta culotte. Gémissements amplifiés. J’te sens encore impatiente, pourtant. Tu confirmes en posant un pied sur ma poitrine pour me pousser vers l’arrière d’un coup.

«J’ai pas beaucoup de temps…»

Ça tombe ben, on a toujours été plus sprinters que marathoniens. J’me donne quelques secondes pour digérer la vue de toi, encore sur tes coudes, seins blancs pointés, pleins de salive et de traces de morsures. Tu dézippes ton jeans, mais moi j’me tourne de bord pis je feins de m’en aller. J’sais pas trop à quelle game je joue. J’men va nulle part ailleurs avec une érection de même, c’est certain.

«Eille.»

J’me retourne aussitôt, pis je reviens. Tu m’éblouis au propre comme au figuré, fuck que ta peau est pâlotte, mais t’es trop belle pour que je m’en soucie, pis là où j’en suis, c’est mon sexe qui décide de tout. T’as l’air d’une souveraine sur son trône de lumière. J’me dis que c’est affreusement cliché, pis je spotte une fourmi qui te grimpe le pantalon. Elle me déconcentre. Après le vol nuptial et son dépucelage en haute voltige, le mâle fourmi crève avant même de toucher le sol. Son cœur explose, bang! Pis la femelle tombe quelque part où elle devient Reine. J’me dis que de mourir après t’avoir baisée sur l’établi, ce serait quand même la gloire. Là, j’suis tellement gonflé que ça me fait mal. Tu pichenottes la fourmi au loin, rest in peace. Je pince le bout de tes jeans des doigts.

«Je peux?» question idiote.

«Pourquoi tu demandes la permission?»

«J’sais pas, on m’a bien élevé?»

«Eille, fuck ta politesse. Tu penses me faire venir avec tes bonnes manières?»

Bien reçu, ma Reine. J’me débarrasse de ton pantalon pis je libère mon membre tout furieux. Je l’enfile aussitôt à l’entrée de ta chatte, qui répond favorablement en drippant tout partout. Petit va-et-vient provocateur – j’arpente tes cinq premiers centimètres, je désobéis en prenant mon temps. Je sens le sourire en coin qui me monte. Je ralentis, lent, lent, plus lent, pis j’arrête. J’suis parqué dans ton entrée pis tu sens clairement mon pouls dans mon gland.

J’absorbe la vue. T’es toute illuminée, ma sainte Madone que je m’apprête à souiller. Ta peau pâle clash avec la mienne. T’as une jambe levée sur mon épaule, l’autre posée derrière sur mes fesses, prête à accompagner mes élans. Mais j’attends. T’ouvre les yeux pis j’y lis l’agacement en majuscules. J’ai une idée.

«Tu sais quoi? On devrait se filmer. On est fucking magnifiques.»

 

Tu lèves un sourcil, l’air incrédule. J’attends que tu places un mot pour le casser aussitôt en t’enfonçant d’un grand coup de bassin. «Pa-haaaaaaahhoooooouuuuuuuuuuuuuiiiiifffuck», c’pas un mot que je connais.

Dix, onze, douze élans. Tu te couches sur le dos pis t’agrippes l’établi ferme pour être sûre que je niaise pas. T’as pas à t’en faire, fille, j’vise le fond.

 

Dix-sept, dix-huit, vingt grands coups. Mes expirations font revoler la poussière de la table. L’inévitable arrive – t’éternues. J’me fous un peu de ta gueule en riant, et je continue.

Vingt-huit, cinquante-six, soixante-douze? Fuck it, j’sais pu compter anyway. Ça devient sportif, bruyant. Tu lâches un cri qui fait écho. Dans le coin de la pièce, l’album est fini, silence radio. J’essaie de me faire à l’idée qu’on puisse nous entendre du corridor. Ça me gêne mais ça t’excite. J’me gave du spectacle de tes seins qui rebondissent, de ton jelly bean qui bounce. Miam. J’me penche près de ton visage en pinçant violemment ton mamelon. On se souffle nos vapeurs de baise en plein visage. Crisse que j’aime tes yeux. Grands, gris, avec un perpétuel air d’étonnement. Pendant que nos corps claquent, ils sont surtout fermés, mais chaque contact eye-to-eye me rapproche de l’éruption. J’essaie fort de pas capoter tout de suite.

Bam! T’as une secousse, tu fesses la table du poing, ta face se crispe. Tu retiens ton souffle, la bouche grande ouverte. Je sens ton étau qui enserre ma verge. T’as l’orgasme facile pis ça me fait tripper raide. J’me félicite de l’intérieur en me disant que celui-là devait être fucking bon. T’expires longuement en poussant un gémissement bien plus fort que nécessaire… Gamine, faut toujours que t’exagères! T’ouvres grand les yeux, fière de ton délit. J’te punis en t’enfonçant avec tellement d’aplomb que l’établi se déplace. Tu ris en haletant, mais shit! Je sens que j’ai franchi le point de non-retour. Je peux plus m’empêcher de gémir à mon tour. J’oublie qu’ici, sans bruit de machines, les murs sont pas tellement épais, faque… les voisins vont se gâter. J’imagine que je fais une pas pire cumface, parce que tu me dis «sors, sors, sors!!» en panique chuchotée.

 

Je sors juste à temps, pis je jaillis. Cinq grand jets, plus un p’tit dernier pour la luck. Je profite des quelques secondes de divine clarté d’après-coït pour évaluer les dégâts. Y’a de mon foutre sur la table qui se mêle à la poussière. J’ai atteint chacun de te seins, ton collier, ton menton, pis j’ai pas mal inondé ton nombril. Mais j’ai raté ton jelly bean. Fuck!

 

On reprend notre souffle. Dans le corridor, j’entends des applaudissements… Câlisse. Tu te redresses un peu pour voir les souillures à ton tour… et tu remarques que j’ai raté ma cible. Je cherche des Kleenex des yeux, mais tu préfères essuyer mon sperme avec mon boxer, pour faire chier. Tu te moques en formant un L avec tes doigts sur ton front. Tu ris. J’te fais un fuck you avec un faux air fâché. Pis je souris.

-Zèbre

 

zèbre

3 Comments

  1. Nim
    April 16, 2015

    Superbe ! Gracias!

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  2. Genasol
    May 1, 2015

    Quelques fautes et incompréhensions sinon c’était nice!!

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  3. Guylaine
    November 14, 2015

    WoW! P’tit Zèbre, j’adore tes textes… Tu me fais jouir chaque maudite fois…

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