Illustration de Myriam Richer

Illustration de Myriam Richer

 

Depuis aussi longtemps que j’me souvienne, j’ai toujours été un aimant à lesbiennes. Ma mère, même si elle a toujours été straight comme pas possible, avait toujours eu quelques amies dans son entourage, qui jouaient dans « c’t’équipe-là ». Ça m’a comme permis de savoir comment les détecter dans une foule, comment les aborder sans que ce soit perçu comme d’la drague pis juste pas passer pour un morron à leurs yeux.

Des filles qui s’frenchent sur ma banquette arrière de voiture, j’en ai vu en estie. Pas une fois j’ai vraiment fantasmé là-dessus, et j’ai jamais eu autant de fun à jaser de femmes qu’avec celles-là. Même dans les douches d’un vestiaire, avec une gang de gars, jamais les discussions prenaient pareilles proportions. Pour moi, y’ont toujours été plus comme des « chums de gars » parfaites.   Pas de tabou, juste pas de fuckin’ filtre.

Ma dernière coloc était lesbienne. Mon ex l’est devenue en partant avec ma sœur. Par la force des choses, mon ex et mon ancienne coloc ont fini par se croiser aussi. C’est p’tit le monde des sisters.

J’arrive de jogger. 10 kilomètres. J’ai les endorphines dans l’tapis pis j’viens de faire la distance en 50 minutes. Pour un lourdaud comme moi, ça relève de l’exploit. J’suis même pas fatigué! J’ai un sourire quasiment indécent dans face. J’ai probablement l’air d’un imbécile heureux qui vote libéral pis qui répète des jokes de Sugar Sammy à sa job, tout en se trouvant ben drôle.

Rendu chez-moi, j’me rends compte que j’ai d’la visite. C’est l’ex. Elle a les clefs, elle vient souvent nourrir les chats. C’est aussi les siens, mais j’ai hérité de la garde légale. Elle est en larmes, l’air inconsolable, mais aussitôt qu’elle me voit entrer, elle refoule ses sanglots et m’offre son plus beau sourire. Étrangement, avec son mascara qui coule et qui la défigure presque, je la trouve sexy, comme à l’époque où elle s’était mise à gicler quand on faisait l’amour ensemble. Elle pleurait toujours après les premiers jets. Trop bon, qu’elle disait.

« Qu’est-ce qui s’passe? Ça va? Pourquoi tu pleures? Qu’est-ce tu fais ici toute seule? »

Peut-être que j’lui ai pas demandé dans cet ordre là : j’suis encore à me l’imaginer se découvrir femme-fontaine. Pis ça sentait le cul à plein nez chez-nous. Pas juste au sens figuré.

« Ta blonde est où? », que j’lui ai demandé.

« Elle m’a mise à la porte. J’suis venue crasher ici, j’ai nulle part où aller que j’me sente pas crotte de nez. T’arrive de courir, tu dois avoir soif? J’ai amené à boire. »

Elle sort une bouteille de champagne. La dernière fois qu’elle en avait sortie une, elle avait fini assise dessus et l’avait rempli au quart au cours d’une nuit… assez arrosée!

« Comment ça?! Elle t’as mise dehors? J’pense que j’en ai manqué un bout… »

Sérieusement, ces deux-là formaient le couple parfait. Ok, sa blonde était « un-peu-beaucoup » jalouse. Au début, y était même pas question que mon ex et moi on se revoit sans qu’elle soit là, ça donne une idée! Mais, elle avait fini par prendre son gaz égal, pis les deux envisageaient devenir parents.

« On a pas les moyens d’obtenir d’aide pour la procréation assistée. On était tellement décidée pour les enfants : j’allais porter le premier pis ensuite ce serait à son tour. Les plans étaient faits, on venait de trouver plus grand pour déménager : j’ai tellement peur d’la perdre une autre fois… »

J’ai sorti des coupes pour le champagne.

« Tu veux boire à quoi? Si t’as amené du champagne, c’est que t’as d’quoi à fêter? »

En disant ça : frisson. Crisse, j’me sens nerveux, j’sens mon sang qui va se gorger dans le corps caverneux de mon sexe. Ses p’tits yeux vitreux qui me fixent et son sourire de fillette qui me laissent clairement pas indifférent valent au moins 500 piastres chacun. Mais j’étais quand même pas pour dévoiler mon jeu… Poker face.

« Pour une fille qui s’est fait sacrer à la porte, j’trouve que tu t’es mise pas mal belle. On va aller souper pis boire un verre pour te changer les idées un peu? Mais avant tu vas m’dire c’qui s’passe ok? »

Elle m’a fait un sourire avant d’enlever son chandail. Elle se mit à me regarder avec un sourire gamin avant de passer ses mains derrière son dos pour dégrafer c’qui emprisonnait ces charmants et généreux attributs, que je revoyais ici comme si c’était la première fois.

« J’m’ennuie d’ta queue des fois tu sais. C’pas parce que j’suis partie avec ta sœur que t’étais pas bon. »

Sa façon de s’remplir les mains avec son propre corps m’a complètement déstabilisé. J’ai posé les coupes sur la table du salon, j’ai senti ma bouche se remplir de salive comme au moment de mordre dans un gros steak… Ma bouche a visé entre les deux seins, comme si j’avais refusé d’en choisir un pour pas rendre l’autre jaloux, pis là j’avoue, j’lui ai laissé un peu les commandes. C’est elle qui s’est mise à se servir de ma bouche pour lui donner du plaisir. Ses baisers avait rien à voir avec l’époque où je la fréquentais, ni avec les frenchs goulus des inconnues que j’croisais un peu partout. Juste un long baiser dans les profondeurs de nos gorges avec nos langues qui s’enlaçaient comme si y avait rien au-delà de nos amygdales.

J’ai senti ses mains guider les miennes au cours de cet échange de fluides. Elle me guide vers son sein gauche. Du bout des doigts, je peux sentir toute la crispation de son corps dans le petit bout qui ne demande qu’à être tordu dans tous les sens. À voir comment elle le maltraitait elle-même, j’avais pas à avoir peur de lui faire mal. J’ai pas sitôt pris la place de sa main gauche qu’elle me braque la tête vers sa toison soigneusement entretenue.

« Crache dessus s’il-te-plaît, fais pas semblant. »

J’ai tellement pas eu de misère à m’exécuter. J’ai plaqué ma bouche pour la dévorer comme si c’était la fin du monde dans cinq minutes. J’arrive à être partout en même temps avec ma bouche et mes mains, j’parviens à épouser chacun des recoins de son corps avec ma langue ou mes doigts en constatant qui n’avait plus grand chose du corps de la femme que j’avais connue. Ses lèvres étaient tout simplement de l’art vivant et goûtait rien que j’avais goûté auparavant. Elle se laissait transpercer tellement facilement par mes doigts jusqu’au moment ou…

« Attends, laisse-moi… »

Elle a relevé sa jambe droite pour passer sa main et l’engouffrer doucement dans sa chatte. C’était clairement pas la première fois qu’elle se fistait. C’est là que j’ai compris d’où venait l’odeur de cul qui flottait chez-nous en arrivant.

« Mange-moi encore… »

Je l’savais en esti c’qui s’en venait. Elle allait m’exploser ça en plein salon…

« Prépare ta grosse queue, j’veux la voir cracher dans ma chatte… »

J’étais tellement allumé, je savais que ça prendrait pas grand chose pour venir moi aussi.

Elle fait quelques contorsions, grogne, glousse, se lamente, verse quelques larmes de bonheur et sourit, avant de crier sa joie libératrice.

J’étais debout devant elle, qui était en chandelle sur sa nuque, l’arrière train posé sur mes avant-cuisses. Elle a retiré sa main pis j’vois ce magnifique spectacle : j’avais déjà vu le fond de son âme à travers son regard, mais jamais au travers de sa vulve. Ça ressemblait à une fleur prête à se refermer quand elle aurait eu ses gamètes. J’ai jamais voulu d’enfant, pis là j’en suis là, à inséminer ma meilleure amie comme si de rien n’était. Ivresse? Transe?

Mon sexe cracha plusieurs fois par à-coups. C’est moi qui grognait maintenant. Avec ma verge qui ne semblait pas vouloir se dégonfler, j’ai décidé de pousser ma semence le plus loin que j’pouvais. Je lui ai caressé tout l’intérieur avec. C’est là que mon 10 km a fessé d’une shot. Pus de jambes, j’m’affaisse sur le fauteuil, au bord de la chute de pression…

J’entends la bouteille de champagne qui pop. J’ouvre les yeux : la lumière qui entre par la fenêtre découpe le corps d’une femme détendue et contentée, qui me verse un verre de bulles en arborant le plus beau et le plus grand des sourires, mais ce n’est pas celui de ma chum

« Cool avec un peu de chance, c’t’enfant-là va me ressembler! »

Je reviens à moi et réalise subitement tout c’qui vient de se passer, comme tiré de ma psychose sexolique. J’sais pas trop comment réagir… Je finis par prendre le verre qu’on me tend.

« J’voudrais porter un toast à ce magnifique enfant à venir et à votre amitié éternelle. Je t’aime mon frère. »

-Prud’homme

Prud'homme

 

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