Illustration de Marie Salvado

Illustration de Marie Salvado

Tu me regardes nonchalamment à travers la glace tout en apposant ton rouge à lèvres écarlate. Ta peau est ivoire et d’une netteté sidérante pour une femme comme moi. Tu portes une robe courte qui met en évidence tes longues jambes luisantes. J’ai l’impression d’échanger des regards avec la star d’une publicité d’un parfum Dior. Tes amies, des cartes de mode de Gucci, Prada et Louis Vuitton, discutent et rient autour de toi, ce qui crée une barrière physique et psychologique infranchissable. Je ne comprends pas très bien pourquoi ton regard s’est posé sur moi. Soit tu désires me dénigrer par ta beauté insolente, soit ta curiosité est piquée au vif devant le spécimen féminin tout ce qu’il y a de plus normal. Je me sais dans le jugement, mais je ne peux m’empêcher de poser une telle réflexion étant donné que j’ai volontairement mis les pieds dans cet endroit pour troquer mes habitudes citadines moins coûteuses et tenter l’expérience humaine de voir une faune qui m’est plus souvent qu’autrement quasi inaccessible.

Tu ranges ton rouge à lèvres dans ton sac à main gros comme mon portefeuille. Il brille tout autant que ta robe et crée un spectacle éblouissant à regarder. J’entre enfin dans une cabine. Je ferme la porte et me rends soudainement compte que je n’ai plus envie de pisser. En fait, j’ai peur que tu aies disparu. Comme de fait, tu n’es plus devant ton miroir lorsque j’ouvre la porte. Je dis ton comme s’il t’appartenait, comme si tout ce que tu touchais ou regardais devenait tien. J’abandonne l’idée de te retrouver. Je ne suis pas une groupie et ce n’est pas ce soir que je vais le devenir. Je retourne dans ma cabine et m’enferme un moment. Je pisse enfin.

Dans le bar, l’alcool coule à flot et la fête bat son plein. Les lustres dorés installés un peu partout me transportent dans une époque surannée d’opulence et d’excès. Je marche sur un plancher lustré d’où j’aperçois presque mon reflet. Autour de moi, de jeunes femmes aux robes à paillettes et aux talons hauts vertigineux dansent comme si l’endroit leur appartenait.

Je repère mes amis dans la foule et me dirige vers eux. C’est alors que ta main se pose sur mon poignet. Je me retourne et t’aperçois devant moi. Je me sens toute petite dans mes ballerines Payless amochées. Tu m’invites à danser dans un anglais incertain. Je te suis sans broncher et me retrouve parmi tes amis à danser sur une musique dance. Tout ce que je fais ne me ressemble pas, comme si j’étais possédée par l’âme de l’endroit. Les verres d’alcool se multiplient à une telle vitesse que je n’ai aucune idée de ce que je bois. Je ne reconnais aucun goût comme si je buvais de l’alcool pour la première fois. Tu me prends par la main et tu me fais tourner. Je me sens comme une petite fille qui passe la soirée chez une amie à qui tout est permis. Je réalise que l’alcool jusqu’à maintenant ingurgité fait effet. J’ai le tournis. Tu t’en rends compte et me demandes tendrement si tout va bien. Comme je ne reconnais pas ton accent, je te demande d’où tu viens. Tu me réponds : « from Russia ». Je souris bêtement car au point où j’en suis je ne sais trop à quoi me sert cette information. Tu me passes la main sur la joue et tu me dis que je suis jolie. Avant même que je ne puisse réaliser ce qui se produit, tu poses tes lèvres sur les miennes. Je pense immédiatement à ton rouge à lèvres qui s’imprime sur moi. Et je n’ai qu’une envie, aller inspecter l’effet de cette couleur sur mes lèvres devant un miroir. Je rejette rapidement cette idée.

Nous sommes seules à travers la foule dansante. Je regarde tes hanches se balancer, tes cheveux flotter dans l’air humide de la piste de danse, une perle de sueur glisser dans ton décolleté. Je n’avais pas réalisé à quel point, derrière tes apparats, tu es vraiment jolie. Pour me sortir de ma léthargie soudaine, tu cherches mon regard et  t’approches de moi en dansant. Je me rends compte que j’ai oublié mes amis et je me dis qu’à ce stade-ci je ne les retrouverai plus. Je décide alors de me laisser emporter par la musique. Nos corps se frôlent constamment. Nous dansons ainsi encore longtemps jusqu’à ce que la salle se vide et que les lumières s’allument. Nous nous dirigeons machinalement vers la sortie, engourdies par l’alcool et nos nombreux pas de danse.

À l’extérieur, tu hèles un taxi. Je te regarde faire, immobile. Tu embarques dans le véhicule et m’intimes de te suivre. Je n’ai rien à perdre. Je monte à bord.

En route vers chez toi, je regarde la ville défiler sous mes yeux et la perçois d’un autre œil. Je remarque des détails que je n’avais jamais encore vus.

Le taxi s’immobilise devant un immeuble à logements terne. Je ne sais trop pourquoi je m’attendais à plus. C’est peut-être la faute à ta robe agencée à ton sac à main ou encore ton rouge à lèvres. Ni un ni l’autre n’explique rien, mais je me sens malgré tout bernée.

Nous entrons dans ton appartement. À la vue des innombrables paires de chaussures féminines de toute taille qui traînent dans l’entrée et des portes de chambre fermées, je me rends compte que tu ne vis pas seule. Tu balances tes souliers dans un coin avec ton sac à main et tu te précipites dans la cuisine d’où tu émerges avec une bouteille de vin. Tu me prends la main et me tires dans ta chambre. Tu installes un vinyle sur une vieille table tournante. Après cette soirée improbable, je ne devrais plus m’étonner mais ce détail me sidère. La voix d’Anna Karina nous accompagne dans nos discussions de tout et de rien. Nous nous endormons sur ton lit encore habillées.

J’ouvre les yeux. Un faible rayon de lumière se répand sur le sol sous les rideaux. Je me retourne vers toi et je remarque que tu es aussi réveillée. Ton regard qui plonge en moi me fait sentir toute nue, fragile. Tu fais le premier geste mais je prends les devants comme tu l’as fait la nuit passée dans le bar. On s’embrasse longuement, tendrement. Ma main se promène dans tes cheveux puis ma bouche se déplace dans ton cou où je dépose des baisers furtifs. Puis ma main caresse ta poitrine, la rondeur de tes seins, leur fermeté. Tu respires profondément. Je fais glisser ta robe par-dessus ta tête puis j’enlève la mienne. J’enlève tes sous-vêtements et les miens. Je t’embrasse à nouveau. Nos respirations s’accélèrent. Mes mains se promènent sur ta peau satinée. Tu fais de même. Lorsque je pose ma bouche sur tes seins, tes mamelons durcissent. Je les mordille et tu tressailles. Nos corps s’entrelacent instinctivement et dégagent une chaleur réconfortante. Je glisse une main jusqu’à ton entrejambe. Ton sexe est mouillé. Je rentre mon doigt dans ta chatte et fais de maladroits mouvements de va-et-vient. Tu poses ta main sur ton clitoris et te masturbes en même temps. Je regarde ton corps se cambrer, tes seins se gonfler. Ta respiration saccadée me fait tourner la tête, j’enfouis alors ma tête dans le creux de ton cou. Tu jouis et ton gémissement me fait frissonner.

Tu ouvres les yeux et ris de ma timidité. Je ris à mon tour. Puis tu poses des baisers sur mes seins. Tes mains caressent mon corps nu et soudainement j’ai honte. Honte de ce corps qui s’est dénudé si facilement, honte de ce qu’il a l’air. Je retiens tes mains, mais tu glisses un léger « chut » à mon oreille. Tes gestes deviennent à la fois tendres et directifs. Tu prends alors mes jambes et me ramènes vers toi. Je glisse ainsi sur le lit jusqu’à ta bouche qui vient se poser sur mon pubis. Tu ouvres mes jambes et poses ta langue sur mon clitoris. Une de tes mains glisse jusqu’à mes seins et les empoigne fortement et cette violence inattendue m’excite. Mon sexe se mouille de plus belle lorsque ton doigt pénètre ma chatte.

Je viens enfin dans un long soupir. Tu te relèves et t’approches de moi. Tu t’accotes confortablement sur un oreiller pour me regarder. Tu me dis à nouveau que je suis jolie. J’arrive à te croire un peu, cette fois. Je ferme mes yeux sur ton visage délicieusement malicieux.

Lorsque j’ouvre les yeux à nouveau, tu n’es plus dans le lit. Je prends mon temps avant de me lever et d’enfiler mes vêtements. Je ramasse mes effets personnels et sors de la pièce.

J’entends la douche qui coule. Je pose ma main sur la porte mais me ravise. J’aperçois ton sac à main par terre dans l’entrée. Je le ramasse et fouille son contenu pour trouver ton rouge à lèvres. Je cherche un miroir puis appose le rouge écarlate qui te va si bien sur mes lèvres. J’étudie mon visage un moment puis me souris. J’aime. J’hésite un moment avant de glisser le rouge à lèvres dans ma poche.

À l’extérieur, je marche nonchalamment sur la rue jusqu’à l’arrêt d’autobus le plus près.  Dans le reflet de la vitre de la cabine, je ne reconnais pas immédiatement cette femme qui me sourit de ses lèvres écarlates.

-Vanity Dietrich

Vanity Dietrich

1 Comment

  1. comment embrasser une fille
    January 19, 2016

    coucou, pertinent post j’ai vraiment adoré

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