Une illustration de Juliette Gagnon Lachapelle

Une illustration de Juliette Gagnon Lachapelle

 

 

Putain, t’étais là, face à moi et j’avais juste le goût d’te rouer de coups. Je te regardais et mon cœur en tabarnac, voulait juste te voir te désagréger. Y voulait que même, ta peau ne supporte plus de coller à ta chair et qu’elle se détache d’elle-même. Je voulais que tu t’écorches à grandeur de ton corps, live, devant moi et que tu souffres. N’importe quoi. Je sais ben. Mais j’ai-tu le droit de vouloir qu’on te mette en orbite, au moins?  J’ai-tu le droit de vouloir que tu partes en voyage, trop loin ? Hâte que tu n’en reviennes pas de ton voyage pasque des guérilleros hermaphrodites te séquestrent et fassent la job de torture que j’ai pas les couilles de te faire.  Pis même, y’a  de ces jours ou je désire que tu meurs. Pour de vrai. Oui, c’est du désir, j’crois.

 

T’es accoudé là, devant moi, avec ta nonchalance que j’ai déjà tant aimée,  au comptoir de ma cuisine et j’ai envie de te démonter ta p’tite gueule de mec trop confiant qui est tout petit en dedans.  J’ai envie, tu peux pas savoir, te de découper les nipples avec les ciseaux,  tu sais, ceux avec lesquels je coupe la pizze.  Ensuite, je les jetterais par la fenêtre, tes tits, une fois tranchés. Je les jetterais aux chats du quartier qui squattent toujours sur le balcon pendant que ton sang coulerait. Ou peut-être que je pourrais juste te péter ton nez de p’tit d’bourge trop lisse et retroussé pasqu‘y veut être aimé du plus grand nombre. Fais un effort, laisse-moi faire, bon sang !

Et voilà, ploc ploc ploc, les gouttes de sang qui coulent de ta narine et qui s’écrasent au sol et sur le comptoir, juste sur le bloc de tofu fade de fille bien intentionnée que j’étais. Ça, c’était avant que tu passes à l’improviste chercher ton courrier.  J’imagine ta pile d’enveloppes souillée et rougie de mon désir de connasse vengeresse et mon orgueil qui rebanderait enfin.  Ça me soulagerait-tu ? Peut-être. Ouf. Je reprends mon souffle,  à peine sortie de mon délire de dingo-fille qui sait plus quoi faire de ce qu’elle ressent. Chuis  même pas capable de te frapper, en plus, mais juste une p’tite gifle bien humiliante, je pourrais peut être juste faire, ça serait déjà plus plausible. Haaaaa mais rien que d’imaginer,  le presque doux bruit du craquement  des cartilages de ton nez qui céderait sous l’impact de mon poing me fait du bien,  tu sais !

Bref, t’es encore là, accoudé et flegmatique,  le sourire en coin, ton courrier dans les mains. Et j’ai encore rien fait.

-« Câlisse, tu peux-tu le faire ton changement d’adresse, que je puisse enfin respirer le même air que toi sans capoter du cul et plus voir ton petit derrière de fréchier s’la ramener et faire son innocent pasqu’il a encore du courrier à SON nom  dans MA boîte aux lettres !!! »

Pfffffff, j’aimerai te conjuguer au passé, je me dégoutte. Comment puis-je t’haïr autant ? Comment ça, je peux aimer quelqu’un que je déteste ? C’est possible que j’ai envie de vomir drette là ? Fuck, je mouille aussi. Ouch.

C’est que t’es salement beau pis même si JE LE SAIS que t’es le King des caves, j’arrive pas à te cogner. Faudrait que je te dise de dégager là, comme un dictateur convaincu de sa bienveillance, mais là…. Là, je le fais pas.  Là, y’a  le putain de soleil qui tombe dans tes cheveux,  la neige dehors qui fond pas, pis y’a ton nez retroussé,  bien  découpé par un filet de lumière.  J’aurais eu tort de te le pulvériser tantôt. Pis y’a des flares, ouin.  Pis y’a mon entrejambe qui se moite d’envie que tu lui rentres dedans,  qui se moite que tu m’attrapes fermement les cheveux, comme avant. Comme avant.  Mon entrejambe y s’ liquéfie même. Putain, je crois ben que t’as senti des effluves de mon désir et de ma mouille aux travers de mes aboiements insupportables pasque ton regard a changé d’un coup.

Tu t’es dit, j’la retourne et j’la prends là, sur le comptoir la p’tite merdeuse, comme avant. Hein ?

Et merde, ta main dans mon cou, tu me tires les cheveux, nos vêtements sont tombés d’un coup. T’es tellement  beau, tu gosses.  Y’a comme une calamiteuse envie d’te flinguer qui me revient. On se frenche comme si c’était interdit, tu me dis que mes seins sont toujours aussi ronds et faits pour tes mains. Pauv’ con, je m’dis, ta bouche m’avale. J’t’astique le manche pendant que t’enfouis tes doigts dans moi, brusquement.  Nos gestes sont rudes et frénétiques.  J’ai toujours envie de te faire mal mais j’ai tellement envie que tu me baises. T’attrapes ma nuque, encore comme avant, tu serres  ma gorge pis tu me regardes suppliant mais inquisiteur.

-«Suce-moi, ça fait longtemps » que tu me chuchotes dans l’oreille en fermant les yeux et en te positionnant comme si j’allais m’exécuter sur le champs.  Je ris, le rire le plus colérique du monde.  Tu rêves dude. T’es gonflé. Tu le seras toujours. C’est ça que t’appelles attraper la chance, hein ?! Tu profites de mon paradoxe mais ça c’est sans savoir que je te déteste plus que je t’aime dorénavant.

« Non ! » j’dis pis je me retourne en m’accotant sur le comptoir et je me touche les seins, tu me dis que eux tu les aimes toujours. 

Haha, comme si j’allais te lécher le joystick alors que je sais pas avec qui tu baises. Tu sais, notre statut d’anciens amants ne change rien au fait que je mettrai pas ton bat dans ma bouche en me sentant safe de toutes ces filles que tu tringles en te branlant sur qui elles sont. Comme avant. 

Je glisse ma main sur mon ventre, puis je rentre  direct deux de mes doigts entre mes jambes, shit, ça rentre tout seul tellement ça glisse, un peu plus et mon avant-bras s’y engouffrait tout seul… Me tripoter avec mes propres doigts n’a jamais été aussi efficace, je ferme les yeux, tu me check pis tu lèches mes seins, tu t’y prends trop bien. Ouin, ça aussi comme avant. Je prends ta main et la glisse sur ta bite pour que tu t’astiques toi-même pendant que je continue mes allers retours. J’ai envie de ricaner et t’es pas content. J’te fais un clin d’œil aussi moche qu’un émoticone géant, mon p’tit égoïste pis je jouis par soubresauts. Tu sais, ces p’tits picotements qui me font sentir légère des nanosecondes et me font pousser des débuts  de gémissement. Avant, tu les adorais mes pré–jouissages qu’on les appelait. Je continue de me toucher pasque j’imagine que d’baiser avec moi-même devant toi décuple le plaisir, c’est pas du joli tout ça. T’arrêtes ta branlette pas très festive et  tu me regardes m’extasier de ma propre main et t’es pas content !

D’un coup, je me vois avec un flingue pis j’tire dans les airs et je prie pour que mon coloc rentre pas. Je me ferais engueuler, après y me dirait que baiser avec le trou de cul que t’es dans notre cuisine y dirait que c’est nul, que c’est pas full hygiénique, que chuis une conne, bref il aurait raison.

Oh boy, que t’es pas content, ça se voit dans ta p’tite face et ça me fait jubiler. J’ai même un frisson de voir comment je deviens moche à ton contact. Tu m’attrapes par les hanches, tu me pinces, tu me retournes et m’pousses toujours contre le même comptoir même que tu m’y cognes les hanches, ouch.   Tu me bloques, comme une proie, une volaille, tu m’attrapes la fesse droite et tu la pinces, crissement fort. Tu vas-tu me rentrer dedans oui ou non ?

Pas de capote bien sûr, on est des anciens amoureux,  la logique du cœur au cul t’sais, on l’a pas. C’est innocent et pourtant on se vautre dans cette inconscience comme des débutants. En plus,  les ragots disent que dans la  dernière année,  tu te défonces comme un porc  dans des clubs à ploucs et pintades soit disant branchés et que tu culbutes à tout va, toute la viandasse parfumée du gratin. Et pourtant, je vais te laisser t’engouffrer dans mon sexe, t’sais, vas-y sers toi. Tu me prends par derrière et tu me pénètres sèchement même si chuis humide, tout ce qu’il faut, ouch. T’es toujours pas content. Ton corps claque comme un fouet sur le mien, les os de ton bassin me font mal quand ils se cognent à mon corps. Tu vas vite, très vite. On décolle très vite aussi, on gémit, les deux en même temps, on se soulage. Non ? On dirait que tu veux me rentrer dedans chaque fois plus, chaque fois plus loin,  tu vas me déchirer la peau. On dirait. Le pire c’est qu’au travers de tous ces désagréments, tu gémis fort, mon gros, alors tu me mords l’épaule, pis tu passes les doigts de ta main droite sur mes lèvres, celles du visage. Je sais ce que tu vas faire.  Tu les rentres dans ma bouche, les enduits de salive et descends vers ma chatte déjà trop occupée pis tu me « clites », mon joli salaud.  Mon corps n’a pas été aussi bon avec moi depuis longtemps. Quelle générosité.

On vient en même temps, quelle horreur !

 Je peux pas croire qu’un jour, on a été heureux ensemble et heureux d’être ensemble!

Le chibre  encore  enduit de ta dèche, moi cul nul, j’ouvre la porte de la cuisine, j’te pousse sur le balcon,  il fait -10, correc. Il fait soleil, y’a tes flares pis les reflets dans tes cheveux, t’inquiètes.

-« Tiens tes fringues » j’dis en te les pitchant.

Je te frenche un peu, c’est pu bon,  alors que j’ai l’épicentre encore juteux et l’empreinte de notre orgasme pas encore mort entre mes cuisses. Avec ton air ahuri, t’es à poil sur le balcon, le sol est blanc, je te repousse et ferme la porte. J’l’ouvre à nouveau.

-« Tiens, tes godasses ».

J’ouvre la fenêtre de la porte, oui une fenêtre sur une porte et je te jette ton courrier maculé de sang, dans la tronche, comme une garce.

« Reviens plus jamais, s’il te plait. »

Je ferme ce vilain store à lattes pour plus voir ta gueule, ni toi le cul à l’air dans la ruelle en bas de chez moi, le gland ramolli encore mouillé de ma vengeance,  en train de te débattre avec ta dignité et ton slip dans la neige;  aussi pour me cacher moi-même du théâtre de ma vulnérabilité, certes.

Un filet de ton sperme coule sur l’intérieur de ma cuisse.

J’m’acote au comptoir avec mes coudes, la tête entre les mains,  putain sa race, best sex ever. Et merde. Chuis essoufflée. Je reviens sur terre et l’image de ton démantèlement, surgit de mes viscères. Nice/cruel. Faut que je respire. Il fait soleil. La terre tourne toujours, elle.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

 

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