Une illustration de Marie-Anne Dubé

Une illustration de Marie-Anne Dubé

Dans mon porn, y’aurait des average filles avec des average seins qui rebondissent de tous les bords quand elles se font ramer par des average dudes avec des average queues. Rien de trop gros. Rien de refait. Juste de la belle peau blafarde avec des tan lines p’is des stretch marks. Mon porn serait pas shooté avec un iPhone, fuck le gonzo. Mon porn serait shooté en 35mm, sur trépied, avec des courtes focales, un grain présent mais discret, des clairs-obscurs et des compositions qui tirent profit des diagonales et de la profondeur de champs. Mon porn serait comme une vue des années 70 shootée par Gordon Willis… Comme Interiors, mais avec pas mal plus de shafts.

Dans mon porn, il y aurait beaucoup de bouffage de cul. Des plans sur des langues qui titillent des anus pendant vraiment longtemps, puis des lapements plus francs pendant encore plus longtemps… Beaucoup trop longtemps. Jusqu’au point où les spectateurs, à bout de nerfs, se rueraient sur leur écran en criant « Ok, c’est assez, sort ta graine et défonce-lui le cul, viarge! ». Sur le set de mon porn, je tricherais en baissant la température, pour qu’on discerne constamment la chair de poule, le poil hérissé, les mamelons durcis; pour que les acteurs aient envie de se réchauffer, de se fondre l’un dans l’autre. Dans mon porn, personne ne se traiterait de salope, de chienne ou de « gros tabarnak »… Les acteurs crieraient très fort plusieurs noms au hasard pour que le public puisse s’identifier à un moment donné. « Ah oui, prends moi plus fort, Paul/Jean/Billy/Simon/Aristote. » « T’aime ça hein quand j’aspire ton clit Sylvianne/Michelle/Pierrette/Shirley/Samoura ». Dans mon porn, j’exagérerais les effets sonores en post-prod pour qu’on entendent trop bien le bassin des mecs qui claquent sur les fesses des filles… Ou les fesses des autres mecs. Peu importe. Mon porn ferait pas de discrimination…. T’aurais juste à avancer mon porn, au pire.

Dans mon porn, y’aurait aussi une chiée de salive et de mouille. Des vulves et des cocks b’en luisants qui réfléchiraient la lumière des spots dans la lentille de la cam. Des corps détrempés comme la chaussée après la pluie. Mon porn serait pas super trash, le usual stuff, mais les gens fourreraient sur « Songs About Fucking » de Big Black, ça ajouterait un edge. Dans mon porn, le monde se ferait venir dans la face, mais les éjaculateurs diraient un beau « merci » après et aideraient leur partenaire à s’essuyer avec des débarbouillettes. En fait, tout le monde serait super poli, parce que c’est important les bonnes manières, surtout quand t’asperges quelqu’un avec ton foutre. Dans mon porn, après s’être clean up, les acteurs se feraient un high-five et prendraient une bière en discutant de l’éventualité d’une troisième guerre mondiale.

Au final, peut-être que mon porn serait plate en calvaire, mais je m’en contre-criss, c’est mon porn… Toi ça serait quoi ton porn?

- Victor Heavy Bellequeue

Victor Heavy Bellequeue

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