Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

Ça va, ça vient. L’envie. L’envie que la bête te saute dessus pour t’arracher ta chaire d’ennui. Pour être l’espace d’une nuit une brèche dans le temps, où s’engouffre l’éphémère. Le cadran ralenti. Puis, s’arrête. Tu joues les salopes sur l’inconnu qui t’a collé à la peau ce soir-là, dans ce bar-là, pour des raisons que tu ne connais pas. Rodéo triste dans une arène vidée de ses spectateurs. Au-dessus des cornes du taureau, la vue n’est pas toujours ce que l’on espérait. Mais tu tends tes lèvres, pour découvrir des chairs sitôt oubliées. Tu fais promener ta langue à la recherche d’une sensation ou d’une saveur familière, quelque chose sur lequel tu pourrais concentrer ton esprit en attendant la fin.

Ton polygraphe est déjoué par les vibrations des corps. Tu crois voir de la tendresse dans cette mécanique délurée. Le cœur songe à prendre feu, mais ce n’est que fumée. Tu t’étais dit que ce tour d’adresse n’aurait plus raison de ta fibre amoureuse. Mais, elle peine encore à déceler les évanescences fugaces.

Le corps sous le tien se tend et se soulève. Une main sur ta gorge t’indique que la fin est imminente. À tout prendre, tu ne prends pas ce qui vient, même si c’est la seule chose qu’il peut t’offrir. Ta réplique d’un soir s’évanouit dans les draps après avoir failli aux auditions de l’amour.

-Douce Poitras

Douce Poitras

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