Illustration de Marjolayne Desroisers

Illustration de Marjolayne Desroisers

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J’m’ennuie. J’trouve le temps long. J’ai rien à faire. J’suis seule.

J’ai envie de jaser, de partager mon souper, de boire un verre en riant, d’écouter de la musique, de me coller, de vivre quelque chose… avec un gars.

Au lieu de déprimer (ben ben profond) toute seule chez moi, je pourrais t’appeler. Toi. Ma meilleure chum de fille.

Mais ça ne me tente pas. Sais-tu pourquoi?

Parce que je sais ce que tu vas me dire. Tu vas me dire de profiter de ce moment de solitude, de cet instant sans garçon dans ma vie pour enfin prendre du temps pour moi. Profiter de cet entre-deux pour vivre avec moi-même, apprendre à me connaître et à m’apprécier. Blablablablablablablabla.

Haaaaaaaaaa, ta gueule.

Dis-moi? Tu penses vraiment savoir c’est quoi ma vie au jour le jour? Tu penses que t’es assez wise pour lire dans mes pensées et savoir exactement ce qui s’y passe? Pire encore, assez wise pour faire l’analyse de ce que je vis : là, comme ça, en quelques minutes un samedi soir au détour de la conversation. T’es qui toi pour savoir que j’ai pas encore été assez toute seule après tant d’années de célibat? (Osti que j’haïs ce mot-là.) Oui, ok, j’ai eu des histoires ici et là! T’as même l’impression que j’en ai eu beaucoup trop pour pouvoir m’y retrouver. Mais… rencontrer-tripper-penser-à-construire-quelque-chose-pis-tomber-de-haut-se-briser-le-coeur-déconstruire-être-déçue-brailler-enrager-reconstruire-parce-qu’on-y-croit-cette-fois-là-refrapper-le-même-mur-déconstruire-à-nouveau, c’est pire qu’être vraiment seule si tu veux savoir. Quand je rencontre un nouveau gars, savais-tu que je dois m’armer de courage parce que je sais qu’il y a 95% des chances que je me casse la gueule… encore. Faque ton p’tit conseil de profiter de ce moment de solitude pour apprendre à vivre avec moi-même, tu peux bien te le mettre où je pense.

Toi. Toi qui es dont ben en amour avec un gars qui t’aime aussi. Le sais-tu la chance que tu as? De toujours avoir quelqu’un pour partager. Partager ta bouteille de vin, ta journée, ton anecdote drôle, tes angoisses, ton lit pis même ton chat. Tu peux toute partager ça avec quelqu’un, toi! Moi, non. Moi, je la bois toute seule ma bouteille de vin, je raconte ma journée à personne, personne ne rit de mes anecdotes drôles, personne ne dédramatise mes angoisses, y’a fucking personne dans mon lit pis j’ai même pas de chat… Parce que mon chat se sentirait trop seul avec moi pis ma solitude.

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Ton amoureux pis toi …

Vous avez vos petites habitudes. Elle est ultra confortable votre routine, dans le fond. Pourquoi s’acheter des nouveaux joggings quand nos préférés, même troués, décousus et pleins de moumous, font la job à la perfection? S’il fallait que tu te passes de sa façon de t’embrasser dans le cou, tu mourrais. Son corps est la cuillère idéale. Tout le temps, vos membres trouvent leur chemin pour se fondent un à l’autre et te procurer le plus réconfortant des sommeils. Y’a plus aucun malaise qui vient s’immiscer dans votre intimité. Vous vous connaissez comme le fond de votre poche. (Parce que, qu’est-ce qu’on connait mieux que le fond d’une poche dans la vie, hen?)

Et, surtout, vous connaissez le corps de l’autre. Tu connais exactement, au centimètre près, les endroits qui le font frissonner. Tu sais qu’il aime se faire mordre le lobe d’oreille, mais qu’il n’aime pas se faire lécher l’intérieur de l’oreille. Tu sais qu’il va soupirer fort quand tu prends ses couilles dans ta bouche de cette manière bien précise. Tu sais comment il réagit à chaque position que vous prenez quand vous faites l’amour (parce que vous, vous faites l’amour). Et lui, il sait que t’aimes ça te faire lécher le cul mais pas quand il entre un doigt dedans. Il sait précisément comment te manger la chatte pour te faire jouir. Il est même plus surpris quand ton bas ventre est envahi de spasmes quand il te lèche exactement comme il le faut. Tous les détails, il les connait.

Alors vos baises, elles ne pourraient pas être plus parfaites… T’es chanceuse.

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Quand j’ai de la peine dans mon coeur, j’ai pas envie de t’appeler. Toi. Toi qui me juges. Oh oui, tu me juges. Pis en criss à part de ça. T’es ma meilleure chum de fille mais tu ne comprends rien.Tu ne comprends pas pourquoi j’ai envie de me saouler toutes les fins de semaine, hurler pis vivre quelque chose de puissant, enfin. Moi, j’en ai pas de chum qui m’apaise. J’aurais besoin d’être apaisée. C’est tout. Faque… oui, je vais la chercher n’importe où cette affection-là. Je m’enveloppe dans n’importe quels bras qui veulent bien m’envelopper. Je me colle contre de la peau, contre un corps, pas contre «quelqu’un». Mais toi, tu ne comprends pas ça. Pis tu me juges. Tu me juges de penser que je suis en amour avec le p’tit nouveau. Tu me trouves conne. Pire, tu me trouves salope. Pis quand je te raconte mes histoires qui t’emmerdent, tu soupires et tu lèves les yeux au ciel. Tu ne comprends pas pourquoi je reste dans des histoires tristes, tu ne comprends pas pourquoi j’accepte qu’on me manque de respect. Et tu ne comprends surtout pas pourquoi je reste avec un gars même s’il me laisse indifférente. Tu comprends pas que je me sens trop seule pour bien analyser ce qui se passe dans mon coeur qui déborde d’amour à donner, en même temps d’être vide-vide-plein-d’espace pour milles amour à recevoir. Tu ne comprends pas que je le comprends, moi, le gars qui m’a fait de la peine à moi. Oui, je suis triste, mais je comprends sa twist. Je le comprends d’être mêlé, d’être dépourvu et désespéré pis de se coller contre mon corps en se foutant du «quelqu’un» qui a dedans. Je le comprends parce que je vis les mêmes affaires que lui pis je fais les mêmes conneries. Mais toi, t’as aucune compassion. «Envoye, move on!» que tu me dis. T’es exigeante, rigide, stricte. Toi, ma meilleure chum de fille.

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Ton amoureux pis toi…

Vous jouissez à chaque fois que vous faites l’amour. Même que c’est rare que vous ne jouissiez pas ensemble, en même temps. T’sais.

Je sais que tu m’envies d’une certaine manière quand je te raconte mes histoires de baises. La fois où j’ai suivi le beau surfeur et qu’il ne m’a pas laissée tranquille une seule seconde de la nuit. Tu riais quand je te disais que le lendemain, j’avais la chatte en feu et de la difficulté à marcher. Tu me regardais avec des grands yeux quand je te contais la fois où je me suis tapé deux gars dans la même soirée à mes retrouvailles du secondaire : un dans l’auditorium et l’autre dans le gymnase de notre polyvalente. Tu disais que c’était le genre d’histoire qui pouvait juste m’arriver à moi. J’suis sure que t’étais toute mouillée quand je te parlais de la fois où le barman m’a prise directement sur le bar à la fin de son shift. Tu me demandes tous les détails. Je les vois tes yeux qui pétillent. Que t’aimerais ça des fois découvrir le corps d’un inconnu. Sentir une nouvelle odeur. Ressentir la passion qui te traverse les sens et qui te rend un peu folle. Mais t’sais, c’te gars-là, il le saura pas lui y’est où le spot précis qui va te faire jouir. Il va peut-être t’embrasser un peu maladroitement ou positionner ses gros doigts tout croche sur ton sexe. En fait, pas tout croche, mais juste pas précisément comme t’aimes ça. Tu ne jouiras peut-être pas avec lui. Pas sans ton aide. Pas les trois seules fois que tu vas baiser avec lui en tout cas.

Mais toi pis ton chum, vous jouissez à tout coup. Ensemble même, les deux en même temps. Pis pour ça, c’est moi qui t’envie le plus.

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Des fois, être avec toi, c’est me sentir encore plus toute seule. Quand je te quitte après t’avoir jasé, toi qui est supposée me remettre un sourire dans face, j’me sens comme une marde. J’ai l’impression d’être poche, de pas avoir de colonne pis de pas avoir les sentiments à bonne place. J’ai l’impression d’être une incapable ou de manquer d’intelligence émotionnelle. J’ai encore plus envie de me débattre qu’avant de t’avoir vu.

Quand je me sens toute seule parce que y’a pas de gars dans mon coeur, j’me dis : Ben voyons! J’ai des amis! Je-ne-suis-jamais-seule! Mais j’ai peut-être pas besoin du genre d’amie que tu es. Faque on se retrouve entre amis qui n’ont pas d’amoureux et qui sont essoufflés et qui ont besoin d’être apaisés. Pis on vous laisse entre couples d’amis heureux qui n’ont pas de peine. C’pour ça que ça fait longtemps que tu m’as pas vue pis que tu me demandes qu’est-cé que je deviens dont après tant de temps? Ma meilleure chum de fille…

-Gamignonne

GAMIGNONNE

4 Comments

  1. !
    December 4, 2014

    Amen!

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  2. Smaxsmims
    December 6, 2014

    Très bien raconté, triste et émouvant.

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  3. Filipo
    December 9, 2014

    Tristement beau…

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  4. Eli
    February 20, 2015

    Tu es sage car ton chum reste avec toi mais si tu devenais célibataire et que tu serais plus sexy et seule, je ne suis pas certaine que tu serais la bonne fille que tu crois être.

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