Illustration de Mireille St-Pierre

Illustration de Mireille St-Pierre

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De ma cabane du fond des bois, y s’passe jamais rien. Je dois avouer que c’est plutôt lonely. Y’a juste une couple d’oiseaux qui s’chantent leur ritournelle à tous les putains de printemps. À croire qu’y font juste ça baiser et procréer.

Mais j’aime ça être seul, être proche de la terre. Je chasse ma bouffe, j’me baigne dans le lac, personne pour me dire qui quand quoi comment. La vrai libertad de gars de trou perdu.

C’est lonely.

J’me fais plaisir, c’est sûr. À force de couper du bois, tu développes le corps de la job pis en plus j’ai la pilosité qui va avec. Fac, me regarder dans les yeux, dans le miroir, le membre bien dur, jouissant, c’est satisfaisant… mais lonely. J’vais finir par adopter un chevreuil, juste pour la compagnie.

Cette nuit là, c’était pitch black. Y’a pas un esti de rayon de lune qui pouvait passer à travers les épais de nuages. J’m’attendais à l’orage et j’ai eu l’orage. Ça tonnait fort et le bruit m’excitait, me faisait sentir moins tout seul, fac j’ai commencé à me caresser devant le miroir. D’abord de dos, pour regarder mon gluteus maximus bien remonté par les squats. Et puis de face, pour jouir de mes glandes hormonales bien pendues sous mon muscle d’homme tiré par les reflux sanguins. J’allais exploser.

Finalement, c’est dans le dehors que ça a pété. J’étais sûr que les éclairs venaient d’éclater les grands arbres d’autours de ma cabane fac j’me suis pitché à l’extérieur pour voir si y’avait pas le feu.

Un avion.

UN AVION, CALICE!

Un p’tit criss d’avion cassé en deux de wtf.

Pis y’a quelqu’un dedans, pis y’est sûrement mort, pis moi j’suis tout nu devant l’avion du mort. Sacrament.

J’sais pas trop c’qui s’est passé après, j’ai ramassé le gars ben vite, l’avion a pété au fret, le gars respire encore, y’en a pu d’avion, le gars est couché dans ma cabane du fond du bois.

Moi, j’suis tout nu, haletant, clueless ben raide. Ben raide pour vrai, le gars est pas laid, pis tout trempe, pis jeune, pis va falloir que j’le déshabille pour voir s’il est pas blessé, juste au cas où, t’sais.

Je niaise pas, je m’affaire à la tâche aussi délicatement que mes grandes mains de bucheron peuvent s’affairer. j’lui enlève son casque de pilote pis ses lunettes, il a une face d’ange. Mon ange à moi, tombé du ciel, c’t’une bonne joke, fac je ris un peu. J’lui détache son suit; boutons, zipper, boutons, zipper, boutons, pantalons.

J’suis en train de lui arracher ses derniers bouts de chiffons trempés, délicatement qu’on a dit, quand il ouvre les yeux. J’m’arrête. Il a pas l’air surpris. Il sourit. Maudit criss de p’tite bête imberbe, blond avec des yeux d’océan en plus, calice. Y fait juste me regarder, ben content d’avoir raté son atterrissage on dirait.

Y prend ma main sans rien demander et la fourre sur son torse encore mouillé par la pluie. Moi aussi j’suis tout trempe, je sue, mais je suis. On s’enlace comme si un ours embrassait un cygne. C’est maladroit, mais c’est ben beau.

Il lève les jambes, prêt à recevoir la visite. Criss y’est fou, y va péter en deux. Il empoigne et il pousse. Il pousse un gémissement, juste un, juste pour me dire “c’est bon, continue”, fac je continue. Pousse, tire, pousse, tire, pousse, s’accroche. Il me tient, j’suis menotté, c’est la prison ferme, à vie.

Il me sort, quoi encore, me lève les jambes, ha ben c’est mon tour, j’vais faire un tour de manège, mon manège à moi c’est lui. J’ai les mollets dans les airs et je flotte; il était un petit navire.

Ça dure longtemps, des heures, des jours? Je sais pas, mais j’ai faim et je le mange, à la bonne franquette. On ne dit rien, pas un mot, pas un maux. Juste nous deux, sans arrêt, pas de pause pipi, au boulot!

El finale.

Je cris comme si j’accouchais, j’pense même que je pleure un peu, c’est bon de même. Il devrait venir avec un sticker “satisfaction garantie ou argent remis”. Y’a du sperme partout sur mon torse, j’me sens comme un artiste abstrait. J’retrouve pas mon souffle, y’est parti en balade, l’ours est fatigué.

Je m’endors collé à lui. Je dis collé, parce que quand ça sèche ben… c’est ça. Je suis bien, je m’en fou.

J’me réveille vite vite, il est où le beau blond? Je cherche un peu partout: sous la table, dans la douche, les tiroirs etc. Rien. Rien pentoute. Vient pas me dire que j’ai rêvé, j’vais être en sacrament. C’était trop bon, trop beau, trop trop. Je cours dans le bois, ben oui, encore tout nu.

Là, ça va faire, les arbres sont là, les branches pétées, mais pas d’avion. J’sais ben qu’il a fait un feu de camp de lui-même, mais, quand même, du métal ça disparaît pas aussi facilement.

Je rentre, j’suis déçu, j’ai trop d’imagination. J’suis fucking lonely.

Ha! J’suis pas fou. Sur la table y’a une note en papier. J’me garoche dessus comme bambin sur bonbon.

C’est écrit:

“Même les anges ont besoin de fourrer”.

… Fuck.

-Le Loup

Le Loup

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