Farah Allegue

Farah Allegue

À s’dégorgeait dans les toilettes pendant que je reprenais le souffle que j’avais perdu dans le creux de son dos. J’pouvais l’entendre rire et s’ébrouer devant le miroir comme une jument de carnaval. Moi, j’avais l’fixe sur le stucco du plafond et l’air imbécile heureux du gars d’shop qui fini un gros shift de nuite la veille de Noël. Ça faisait longtemps, le facteur « heureux », quand j’y pense. Ça faisait bizarre d’entendre une fille rire icitte. Elle parlait d’avoir mal au cul sur un ton léger et ça me donnait le goût d’arrêter de m’en faire avec ma marde. Arrêter de capoter parce que mon ex était partie avec toutes les lumières de l’appart. Fait noir, pis? T’as pas déjà l’impression d’y voir un peu plus clair, là, le casse?

Elle s’ouvre une bière dans mon frigo.

« J’pogne la dernière! J’ai soif en criss. »

Je l’entends valser dans le corridor comme si elle l’avait déjà arpentés des dizaines de fois. Elle n’a pas peur de ma garçonnière en black out, pas peur de péter l’un de ses orteils multicolores sur les boites de mes corps morts. C’est simple… C’est bon ça, non?

Dans un flash de peau blanche, j’la vois passer devant ma chambre, s’engouffrer plus loin dans le corridor. Elle se trompe de porte que je pense et je suis aussitôt saisi au ventre : elle s’en va. Elle part de même avec mes papillons et ma dernière bière. Je cherche mes caleçons à travers les capotes qui tapissent le plancher, mets le pied sur un tube de lube qui passait par là. Caliss! Une porte s’ouvre à l’autre bout de mon trou.

« Attends menute, s’te plaît! »

Je sors de ma chambre, gluant et mélangé dans mes pattes de combines à l’envers. Puis j’entends quelque chose comme un cri de fille dans laquelle on aurait planté un poignard, suivi d’un claquement de talon qui manque une couple de marches. Dans le noir, je reconnais ses ongles accrochés au cadre de porte de la descente de cave et me rassure à l’entendre rire fort de manquer avoir déboulé à sa perte sur le béton du solage.

« Fuck! C’est ma faute, on voit rien icitte. J’suis dû pour changer les globes. Es-tu correct?»

Comme seule réponse, le bruit de sa bouche qui tète la broue de la dernière bière, encore crampée. Moi, je suis toujours à reprendre mon souffle dans l’obscurité. La face creusée d’un esti de grand smile. Ça faisait longtemps que je pense. Et dans ma tête, ces paroles du vieux Hank qui me reviennent : J’ai perdu beaucoup de femmes, de plusieurs façons différentes, mais ça aurait été la première fois de s’manière là.

– Guedoune

Guedoune

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