Illustration de Karine Bernier

Illustration de Karine Bernier

Tu fais rien. Tes amours d’été envolées. Tu as trop de temps pour penser, ça te donne un feeling flou, un gout de vide en bouche. C’est trop creux. Faudrait bien remplir ça, qu’un couple d’amis t’écrit. Deux, trois textos convaincants plus tard, un “t’es pas game” lancé à ton orgueil d’aventurière, et te voilà prête à sortir du molo-mélo de ta soirée mal startée. On a tous besoin d’amis comme eux. Des tourtereaux un peu trop intenses, de ceux qui te sortent quand c’est le temps. Comme maintenant. Tes chumers t’aiment probablement trop. Déjà échangiste pour le trip, ils t’amènent avec eux vivre ton corps en public… hic ?

Ride de char dans les coins discrets d’un quartier industriel, ni vus ni connus, vous partez à la recherche d’un endroit où on peut effleurer l’intimité, les vices secrets d’inconnus peut-être connus… Le genre de lieu où tu sais que tu vas faire tout ce que tu devrais regretter, mais tu as envie d’essayer. Braver la scène sans chaines, le séjour de libertés pulsionnelles. Tous sont anonymes dans cette oasis de sexe et d’ivresse. Tu ignores par où vous êtes passés, comment revenir, partir, tu es coincée. La gorge te serre. Un peu. Est-ce le stress qui t’étouffe, ou une envie acerbe de nouveautés décadentes? Tu sais que tes amis ne font pas ça juste pour toi, pour te débarrasser de tes mauvaises pensées, moments passés, gars ratés, fille blasée… Olivier et Sasha veulent certainement, se dégorger. Seulement stimuler leur couple de ton cul ferme. Te mastiquer, puis te recracher, juste pour tester un petit bout de toi hummm qui te sert à rien ces temps-ci by the way. Le club privé te crie : viens que je te lave de ta pureté, que je t’emplisse de nouveaux fantasmes, que je te torde l’abstinence pour t’arroser d’érotisme.

Sans visage, en êtres de chair, nous signons pourtant à l’entrée un papier. Gratuit pour la femme célibataire. Le couple paie. Vous entrez dans l’allure de bar, façade à la marginalité sexuelle d’êtres dépravés, que ce club privé vous présente. Vous vous assoyez à une table d’abord calme, puis l’alcool commence sa montée, rosit tes joues, détend ton articulation et bafouille tes propos. Buzz d’alcool: check, pendant qu’Olivier t’explique les règlements de la place. Toi, distraite, tu fais tournoyer la queue d’une cerise dans ta bouche, celle de ton petit drink fancy. Damn it personne peut réellement faire un nœud ou une boucle avec ça. Right ? 

Ce que tu portes, tu le portes à peine. Légère robe grise, découverte de pudeur dans ton dos déjà en sueur. Ça te chatouille. Tes longs cheveux roux frottent ta peau quand tu bouges au rythme de la musique. Le dancefloor, tel un terrain de chasse où, du centre, tu vises et tires l’élu de ton corps, n’est pas bondé, mais le gibier y est intéressant. Beaucoup trop de couples dans le viseur, tresomme ou échange de couple : pertinent. À cinq, ça devient un peu trop, même pour tes chumers. Peut-être devrais-tu briser un couple, juste pour un soir, who cares ? Tu danses, tu tournes hors de la vie pratique là où tout tourne sans envers, endroit ni norme. Jusqu’à une porte au fond du bar. Jusqu’aux murs vitrés d’une chambre, avec un public.

C’est surement ce que tu as vu, ou potentiellement ce qu’on te demandait, lorsque, d’excitation incontrôlée, tu es partie vers le dehors, vers le char, au loin, loin du champ t’encerclant de déviants frétillants. Leurs regards lourds étaient pourtant vides de toi. C’est ce que tu veux ? Si tu es en train de bâtir la mort, c’est probablement celle de ton âme, ou plutôt l’âme collective des mœurs figées d’une société surstimulée. Tu freak out man. Arrête de prendre la vie au sérieux, après tout, l’homme n’est que passions inutiles.

Olivier te ramène chez lui avec sa meuf. La belle blonde plantureuse te fait des mamours. Pauvre jeunesse perturbée à rien, qu’elle roucoule. Tes mœurs la désolent, Sasha te pensait plus willing que ça. Toi aussi tu te pensais, mais cette nuit, de grande-parleuse tu finis en petite-veneuse. On n’ose pas tout. Pas toujours. Les limites de ta vie sexuelle tu te les imposes en coincé sous le poids des jugements d’une société qui, secrètement se masturbe toutes les nuits en pensant à cette soirée. Ta position demeure ambigüe. Entre expirer une queue et exalter une chatte, ce sont des passions étrangères à tes lèvres dont tu gardes encore le gout incomparable des regards. Mais t’ont-ils véritablement vue, sous ton masque de sexe facile ? Te voient-ils davantage quand tu es nue ou à quatre pattes ? Me voyez-vous ? Moi, c’est juste un gros ça sur mon pubis pis that’s it ?

Lover être ses boules, Sasha te conduit jusqu’à son lit, seulement pour prendre soin de toi qu’elle dit. Parle-parle, jase-jase entre filles, pendant qu’il se déshabille. Elle te laisse, couchée sur le dos, lassée de tes propos et commence à s’occuper de son homme. Des mots soupirés à distance, puis Sasha revient vers toi, attire ton visage au sien et te prend un baiser, sans rien te donner. Elle veux juste teaser son mec. Sois bien à l’aise, toi l’instrument du moment. Sais-tu ce que tu vas faire maintenant ? Eux, ils veulent fourrer. Tu peux regarder si tu veux, la petite…

-Plume Rousse

PLUME ROUSSE

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