Illustration Cécile Peschier

Illustration Cécile Peschier

 

Salut, A.
J’suis pas du genre à méditer longuement sur mes aventures passées (mensonge – j’le fais tout le temps) mais ce souvenir-ci est assez joli pour faire exception. Tu permets? J’pense tu vas aimer ça.

Allongé su’l dos.

Le ciel était d’un bleu éclatant, sans tache, sans bavure. Un bleu de mi-juin qui me rappelait un peu la dernière journée de ma deuxième année : bleu insouciant comme le kid qui sait qu’il passera l’été à jouer à Mega Man pis faire le tour du bloc sur son bike à siège banane.

Allongé su’l dos, dans le gazon vert vibrant du parc Maisonneuve, allongé su’l dos, ou… non! Sur le côté, ouais, entrelacé de toi. Bouche contre bouche, nos langues en spirale. Pour l’instant ça reste doux, innocent, mais… Deux jeunes twentysomethings de bonne libido qui se tournaient autour depuis un sale bout de temps, qui décident finalement d’arrêter de niaiser, ça peut jamais rester E for Everyone pendant très longtemps.

Ça fait… cinq ans? Ouais. Mon souvenir est flou, s’cuse. Mon imaginaire fait de son mieux pour patcher les trous de mémoire, pis ça donne un portrait aux couleurs super punchées, style bédé. Le canevas fait plus Miyazaki que réalité. T’avais une petite robe rouge, non? Légère, estivale, pis rouge, rouge intense, rouge qui me donne mal aux yeux si j’y pense trop longtemps, mettons. Je devinais qu’on jouait avec le feu quand tu m’as forcé su’l dos, pour vrai cette fois, prenant la position dominante. Je me souviens clairement l’appétit féroce qui m’envoyait les mains cartographier le galbe de ton cul. Ça dégénérait rapidement, mais… on est dans un parc, pas cachés, pas subtils pour deux cennes, ça peut pas aller très loin, non?

Puis, tu t’es dressée à califourchon en affichant un sourire taquin en coin comme seule toi peut le faire. Sexe contre sexe. Le tien était nu, caché seulement par ta robe : ta p’tite culotte, souillée par nos cochonneries de la veille, reposait en boule négligée dans ta sacoche juste à côté.

J’sentais ton tison à travers mes shorts. J’en voulais bien plus. Ça me rendait débile. J’étais bandé solidement bien avant que tu commences à me tripoter, mais bien plus encore quand t’as tout bonnement sorti mon sexe pour te mettre à le masturber. À ce point-ci, un petit vent de panique me prend.

C’est ma première fois dans un lieu public. Non, le Vieux-Port, ça compte pas; faisait noir, pis on était bien cachés. Mais là – ostifuck, y’a deux personnes qui marchent à l’autre bout du parc, loin derrière toi, mais leur trajectoire nous laisse pas grand-temps.
J’essaie vraiment fort de pas y penser. Je transfixe ton visage, un petit canevas de porcelaine où règnent deux pierres de couleur aquamarine irréelle. Tu te balances doucement le bassin sur la base de ma queue, une main me branlant, l’autre enfouie sous ta robe. De temps en temps, tu susurres un gémissement d’adolescente qui me fait perdre les pédales. Transparent comme je suis, t’as saisi le signal, et fouilles d’une main dans ta sacoche… c’est quoi tu fais?
Pendant ce temps, les deux personnes ne sont qu’à une centaine de mètres. Deux femmes. Mi-quarantaine, cinquantaine? I dunno.

Ta main ressort triomphalement de sa quête avec ta petite culotte rouge, que tu enrobes illico autour de mon gland. T’es sharp, j’y pensais pas pantoute. En fait, je pense à rien. En fait, je peux plus penser du tout. Surtout pas quand tu me mitrailles de petits soupirs pré-coïtaux, qu’ils soient vrais ou pour le show, m’en crisse. Ton petit poignet s’agite furieusement, comme si t’avais hâte d’en finir, toi aussi…

Pis là, j’ouvre grand la gueule – aucun son n’en sort. Mon ventre se contracte. Mon regard se perd dans l’immensité bleue du ciel, pis j’imagine mes pupilles qui rétrécissent comme, comme… T’as vu Requiem for a Dream? Tsé, quand les personnages se droguent, on voit leurs yeux en close-up… ouais, pareil. Je suis venu. Venu complètement dans ta culotte, que tu jettes dans le gazon avec un air de gamine satisfaite de son délit. J’essaie de te faire débarquer de moi – les deux femmes sont assez près pour que j’entende des bribes de leur conversation. L’une d’elles regarde dans notre direction avec un sourire en coin.

Elle sait. Elle n’a rien vu, mais elle sait.

Tu débarques et remarques à ton tour qu’on était pas seuls dans le parc. Tu me montres ton malaise d’un air ébahi, mais de partager le malaise me soulage énormément, en fait. (Qecé je dis là? Je viens de jouir. Clairement, j’suis plus détendu.) Puis dans ce regard intrus, dans ce sourire en coin de quadragénaire inconnue, y’avait quelque chose comme… de l’approbation. Un genre de : ”Ah, la jeunesse…” un peu tendre, peut-être même un peu jaloux. Ça m’a donné confiance, mieux, de la fierté.

J’me suis quand même rhabillé rapidement. Pénis à l’air dans un parc, c’est pas tellement mon style. Mais la journée était jeune et remplie de promesses. La petite tache de cyprine sur mon short, m’en foutais. Ta culotte rouge pleine de foutre qu’on a jeté dans une poubelle au passage, on en riait. Pis on a continué notre journée en allant se chercher de la crème glacée.

xx

 

-Zèbre

zèbre

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