Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

 

 

Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup les Cités d’Or. Le générique, l’aventure, le grand condor… Esteban, c’était mon personnage préféré. Y’avait le teint basané, les yeux noirs et y’était courageux. Avec du recul, je pense que je le trouvais vraiment beau. Dans ma petite ville, y’a personne qui lui ressemblait. En vieillissant, j’ai réalisé que ce que je cherchais, c’était pas Esteban en particulier. C’était l’exotisme, la peau foncée, les yeux noirs. Les cheveux soyeux d’un autre continent, les fesses rondes comme les montagnes d’un monde inconnu et le pénis circoncis d’une culture qui était pas la mienne. Je voulais tout qui se distinguait de la peau blanche, les cheveux fades et le petit bout de peau qui caractérisaient mon « blend » à moi.

J’ai rencontré ben des gars dans ma vie, et des très beaux. Mais y’en avait pas qui venait me chercher comme mon héros Esteban. Puis, quand j’ai eu 25 ans, j’en ai rencontré un.

J’étais dans une soirée avec des amis de l’université. J’avais eu la chance dans mon parcours universitaire de rencontrer des gens de toutes les années et tous les âges; j’avais donc encore plusieurs amis plus jeunes qui en étaient à leur dernière année. Un soir où ils m’ont invité dans un party de maison, mon bas-ventre s’est mis à ronronner lorsque j’ai croisé son regard. La peau foncée, la barbe et les yeux noirs comme le café que j’aurais à boire le lendemain pour me traîner au travail après lui avoir fait l’amour toute la nuit.

Aucun doute; j’ai plongé mon regard dans le sien et lui ai tendu la main. Il étudiait en littérature, s’intéressait au mouvement « queer » et faisait une mineure en diversité sexuelle. Bien intéressant, le petit. Au début de sa deuxième année de baccalauréat. Jeune. Trop jeune pour ramener chez maman, mais pas assez jeune pour que je m’en prive. Avec un sourire en coin, j’ouvre ma dernière cannette de bière.

J’ai pas fait l’erreur du débutant de pas l’embrasser avant de quitter la soirée; je ne peux que faire des cauchemars en me rappelant de toutes les fois où j’ai découvert comment un gars embrassait qu’une fois rendu chez lui. Plus jamais; un gars qui frenche mal, ça baise mal. Un algorithme d’une simplicité incroyable mais surtout d’une logique implacable.

Pendant que je l’embrasse dans la salle de bains, où je l’ai invité d’un regard discret après ma dernière gorgée, je pose une main sur ses miches. Parfaitement rondes, assez fermes. On va avoir du fun ce soir. Le party est déjà commencé dans mes boxers. Dans ma tête, un air familier commence à jouer.

« A bord de ces navires des hommes avides de rêves, d’aventure et d’espace, à la recherche de fortune. »

On quitte quelques minutes plus tard, à pied. Il habite à côté. Il est passionné, en est à ses premières baises avec des gars. C’est un Perse; ses parents ont déménagé au Québec quand il était très jeune et sont apparemment très ouverts. Sa sexualité n’est pas un problème, en tout cas, pas à ce qu’il m’en dit. Son français est impeccable, mais avec un petit accent chantant que je remarque un peu mieux maintenant qu’on est juste lui et moi.

Une fois chez lui, il sort la plus grosse pipe à eau que j’ai vue de ma vie. Un « stoner ». Pas un turn-off; tant que c’est pas tous les jours… Pendant qu’il se prépare à fumer, je fais un tour rapide de l’appartement. Petit 2 et demi. Il habite seul. Même dans mes plus grands rêves, je pourrais difficilement imaginer des meilleures conditions.

« Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes ou d’une richesse soudaine. »

J’enlève mon chandail pendant qu’il prend sa première bouffée. Il m’en offre, puis enlève son chandail lui aussi. Le calme avant la tempête. À la fin de la fumette, on est en sous-vêtements tous les deux, assis en indiens dans son salon. Il prend ma main, la place sur son sexe (qui est, comme dans mes désirs, circoncis) et il me demande comment je me sens.

Le party dans mes boxers est à son paroxysme. Bien vite, ça devient le party dans le pas de boxers, même chose de son côté. Il m’embrasse, prend mon pénis en pleine main et me dirige vers sa chambre.

Son lit n’est pas fait, mais la chambre est relativement propre, comparativement à des désastres vus par le passé. Il fouille un peu dans le tiroir de sa table de chevet, puis me rejoint sur le lit et la bacchanale reprend.

J’aime coucher avec les gars un peu plus jeunes pour plusieurs raisons. Moins de tabous, d’inhibitions. L’Internet et la porn leur ont déjà fait découvrir le rimming, leur ont fait comprendre que le poil a bien sa place et montré que le ‘dirty talk’, quand c’est bien fait, ça fait pas mal.

Ce n’est donc pas une surprise que mon bel amant n’ait aucune gêne à me chevaucher dans toute sa belle fourrure de mâle. Les poils noirs sur son torse, en contraste avec la peau basanée, me fait un effet de fou. Quand je demande à voir ses fesses de plus près, il m’offre la vue grand écran et se penche pour prendre ma verge pendant que j’explore son magnifique derrière. Alors que je me mets au travail, je me dis qu’on vit dans une ostie de belle époque.

Après un moment, je prends son bas-ventre pour qu’il descende un peu et me fasse voir le programme principal.

Son pénis est très beau; pas gros, veineux ni trop long. Juste beau. Un gros pénis, c’est bien pour une pipe, mais j’aime bien pouvoir marcher drette dans la vie, donc non merci. Je fais honneur à cette belle pièce pendant un moment.

Je lui présente le bas de mes reins, qu’il agrippe alors qu’il prépare à son tour le champ de bataille pour la grande guerre. Son empire va conquérir mon petit cul de paysan, et je brandis déjà le drapeau blanc. Des notes familières me reviennent à l’esprit.

« Ton destin est sans pareil. L’aventure t’appelle… »

Il y va doucement, puis commence un peu fort, mais pas trop porno. Son rythme est bon, mais s’améliore au fur et à mesure. À un moment donné, je laisse échapper : « oui, là, là c’est bon, reste là un peu. »

La communication, c’est ben moins compliqué qu’on pense.

Il reste là un moment, ralentissant son bassin. J’ai les mains qui veulent tout agripper; ses fesses, ses bras, les draps. Je décide de me masturber de ma main droite, alors que ma main gauche va attraper son cou pour que je sente sa respiration haletante et chaude sur ma nuque.

Son rythme repart un coup. Puis, je le sens se retirer tranquillement. Good boy.

On se finit l’un sur l’autre, on s’embrasse et on respire.

Quand il se relève vers 4h pour me demander de recommencer, j’me pince pour être sûr que je rêve pas. Sa langue rugueuse et agressive retrouve rapidement la mienne. Pour bien le réveiller, je tente une tape sur sa fesse ferme, ce qui le fait frémir un peu. Le son résonne dans l’appartement vide, alors qu’on se met à lutter l’un contre l’autre, nos épées bien dégainées. On se renverse l’un l’autre pendant une bonne demi-heure avant qu’il plante son regard dans le mien et m’annonce : « C’est ton tour de faire la job… »

J’attrape le deuxième condom sur la table de chevet, et entreprend de me frayer un chemin en lui. Un peu de doigté, un peu de lubrifiant, les baisers plus doux pour l’aider à relaxer… Je le place dans ma position préférée; les jambes relevées, yeux dans les yeux. Ce serait un crime de pas regarder un si beau visage alors que je conquiers à mon tour son territoire.

« Cherche ton chemin. C’est ta vie ton destin… »

Après un moment, je me couche sur mon dos et le laisse basculer vers l’avant et se balancer à son rythme. Il ferme les yeux, renvoie la tête vers l’arrière. J’ai d’abord les mains solides sur ses hanches, puis j’alterne entre ses mamelons durs et ses cheveux de jais qui commencent à perler de sueur.

Quand il j’éjacule sur mon ventre, je sens que j’approche moi aussi. Son rythme ralentit un peu, il ouvre les yeux, plante son regard dans le mien, je me cambre et jouis moi aussi. Pendant cette seconde, je me tiens tellement fort à sa taille qu’on pourrait croire qu’on ne fait qu’un.

Quand il finit par se lever pour aller chercher une serviette, je vois son corps nu quitter la chambre. Alors que ses petites fesses bronzées disparaissent du cadre de porte, dans ma tête, je repose ma tête sur l’oreiller en fermant les yeux.

« L’aventure t’appelle… N’attend pas et court vers elle. »

 

-Handsome Stranger

Handsome Stranger

Leave a Reply