Illustration de  Marie-Anne Dubé

Illustration de Marie-Anne Dubé

 

Il y a un orage dehors qui résonne dans mon dedans…

Quelqu’un cogne à l’entrée.

J’ouvre.

« C’est toi. »

« T’as pas l’air surpris de me voir… »

« Non, je t’attendais. »

« Comment? »

« Je savais que tu reviendrais, un jour ou l’autre, que tu changerais d’avis et que tout serait comme avant. »

Tu me regardes en silence. Le ciel ne semble pas enchanté par nos retrouvailles, Dieu nous gronde.

« T’es tout mouillé, j’vais aller te chercher une serviette, ne bouge pas! »

Je me dirige vers la salle d’eau. J’avais oublié que j’étais en train de me faire couler un bain; la salle est pleine d’eau. Je m’en fous. J’attrape une serviette.

De retour à l’entrée, il n’y plus l’ombre de ton âme, seulement, un petit tas de vêtements tout trempés, sur le tapis. Tu te serais évaporé?

Mais, j’entends ta voix : « Viens, je suis ici! ». Ça provient de la chambre.

Je te retrouve, étendu sur mon lit, avec, comme seul couvert, des dessous blancs.

« Je t’ai apporté une serviette… » Que je lui dis, les yeux un peu trop grands.

« On s’en fout, viens près de moi! » Tu me tends tes bras, que je m’y glisse.

Qu’importe les prières, je me jette dans la fausse, la tête première, que le lion me dévore.

Sur ton torse, je suis bien.

Je laisse mes doigts se balader, doucement, dans le champ de blé si fin qui recouvre ta poitrine. En cet instant, nous sommes des enfants, sans soucis, courant au soleil, les joues rouges de bonheur, des fleurs de cerisier dans les yeux, de retour à la genèse, pas d’Ève, juste deux Adam, prêt à mordre dans le fruit interdit.

Tu apposes tes lèvres à mon front, ça crée des flammèches dues à un trop plein d’électricité statique qui me fait friser les cheveux; des éclairs dans ma tête et dans le ciel.

C’est le début de la friction de nos particules qui s’en vont aller danser une valse au-dessus de nos deux corps nus qui vibrent en chœur.

Nos deux bouches se joignent et se fournissent l’air nécessaire à jouer de nos poumons comme d’une cornemuse. Le gaz carbonique de nos échanges buccaux commençant à m’étourdir, je descends alors, doucement, suivant le flot de ton sang, m’arrêtant, un instant, pour écouter ton cœur qui pompe à tout rompre.

Plus bas, je me goinfre gargantuesquement de ton gouffre immense en suivant les annales de ton corps; ton histoire m’enchaine jusqu’au-dessus de ton être d’où j’observe ton regard qui trahit ton enjouement et j’écoute la chanson charnelle qui s’échappe, comme une flûte, de ton bec.

Je suis Robinson, perdu sur ton île, dévorant tes fruits, le nectar de ton âme, chassant la bête, je me nourris de toi.

Bientôt, je me retrouve enseveli par ta tempête. Mon visage se fait un Picasso alors que tu pénètres les tunnels de Sodome pour, finalement, cracher ton enfer sur le chemin pavé d’impuretés de mon intérieur.

Je suis suspendu, perdu, dans le temps, avec toi.

J’ai de la brume dans les yeux, je te vois encore, mais tu t’effaces.

« Tu sais… je ne suis pas vraiment ici. »

« Oui, je sais. »

« Bientôt, tu vas devoir te réveiller, faire face à la réalité. »

« Je sais, mais pas tout de suite, reste encore un peu. »

« Tu vas devoir m’oublier, tout recommencer. »

Je soupire.

« Je sais. »

Et comme chaque fois, j’ouvre les yeux, avec un le vain espoir que tu sois encore là, mais tu n’es qu’un amoncellement d’oreillers, posés à l’horizontal pour imiter la forme d’un homme.

Et comme chaque fois, je tenterai de me rendormir et de replonger dans le même songe pour te retrouver.

Mais, tu n’es plus là.

C’est terminé.

 

-Le Loup

Le Loup

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