Illustration de David Arcouette

Illustration de David Arcouette

Elle lui avait demandé de se raser les cheveux et avait exigé que ce soit à la pioche. De petites taches rouges étaient apparues. Elle lui fit un massage avec du gel d’aloès pour apaiser son cuir plus chevelu du tout.

C’était une entente qu’ils avaient prise. Une sorte de pacte pour se prouver que leur désir de se renouveler n’était pas mort. Et pendant qu’elle commençait à faire glisser son sexe sur la peau encore irritée de sa tête, il songeait à quels fantasmes qu’il pourrait bien lui imposer à son tour. Le sexe sur sa tête comme une parure mal fixée, allait et venait lentement. Il se réchauffait tranquillement et commençait à laisser des traces humides sur son passage. La sensation n’était pas si désagréable. Pendant qu’elle se stimulait la pointe des seins, il se demandait si un threesome était une proposition trop conventionnelle. C’est que la barre était haute et il ne voulait pas qu’elle le trouve trop conformiste. Tout à coup, l’angoisse le prit. Il réalisa qu’il n’avait aucune envie, aucun désir pour cette fille qui s’apprêtait à lui jouir sur la tête. Dans son excitation, elle lui prit la tête à deux mains. Elle lui tirait maintenant les joues pour donner les derniers petits coups avant la grande finale. Ça n’allait pas tarder. La fin approchait et il songeait combien, malgré les années, il aimait encore cette fille. C’était le désir qui était devenu compliqué, plus difficilement atteignable. Sa tête était enduite de ce liquide chaud qui facilite les rapprochements. Il ferma les yeux pour imaginer son vagin s’ouvrir tout grand et sa tête s’y enfoncer. C’était chaud et douillet. Il se sentait comme un scaphandrier marchant tout doucement dans les profondeurs d’une mer tranquille. Maintenant, avec quelques efforts supplémentaires, ses épaules passaient aussi le cap de ses petites lèvres. Il faisait le chemin inverse qu’il avait pris trente ans plus tôt. Il quittait la lumière pour retourner dans cette pénombre si apaisante. Il ferait de cette fille sa maison où l’angoisse n’existerait pas. Il n’y aurait plus ce pacte ridicule venu exacerber leur quotidien monotone. Il n’y aurait que lui blotti contre les parois de son ventre.

À la surprise générale, elle éjacula. Le liquide coulait à grosses gouttes sur ses épaules. Il rouvrit les yeux. Elle était étendue sur le divan, son corps mou de désir assouvi. Ses yeux velours l’observaient et l’angoisse ne revint pas. Du moins, pas pour l’instant.

-Douce Poitras

Douce Poitras

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