Le roi est mort

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Il aurait tout fait pour baiser, de ses lèvres charnues, le pourtour étoilé de la Reine ou le gland luisant du Roi. Il imaginait ses doigts se promener sur la chaude brioche de sa Majesté tandis que le Roi aurait palpé sa bourse laineuse. La monarchie lui donnait de vives érections. Mais depuis quelques temps, ses érections étaient douloureuses. La guerre se terminait; le traité de Saint-Germain-en-Laye qui établissait la paix entre les alliés et l’Autriche consacrait également l’effondrement de la monarchie austro-hongroise. Il se doutait que sa passion pour le Roi et la Reine étaient comptées. Au fond de lui-même, il ne pourrait se résoudre à s’astiquer en pensant à une vulgaire catin de rue ou à un bourgeois ennuyant.

Il était, après tout, un monarchiste invétéré.

Un soir, il décida d’aller voler un artefact monarchique au château. Ainsi une partie du Roi ou de la Reine saurait le caresser, le faire languir de plaisir et enfin, peut-être, le pénétrer. À sa grande surprise, il se glissa sans heurt dans l’une des salles d’exposition, mais celle-ci était vide. Du moins, elle semblait vide. Il regarda de plus près et trouva près d’une fenêtre une boite de verre contenant un gant palermitain du XIIIe siècle utilisé pour le couronnement des empereurs du Saint-Empire romain germanique. Le gant était magnifique, serti de plusieurs perles précieuses, de saphirs, d’émeraudes et de rubis. Il enleva la cage de verre et enfila le gant. Sans réfléchir, aveuglé par le désir royal, il baissa son froc et couronna son gland du gant souverain. Les perles glissaient sur son sexe, son cœur battait à tout rompre. Une pierre se détacha du gant et tomba par terre. Il retenu son souffle, regarda autour de lui : personne. Il ramassa la pierre et la couvrit de baisers. Excité, il inséra la moitié du rubis dans son urètre et laissa le gant continuer de le caresser. Pris de convulsion, il éjacula sur la boîte de verre. Dans l’explosion de sa semence, le rubis tomba près de lui. Immédiatement, il cacha le gant dans sa veste et prit la fuite.

Sur la route le menant jusqu’à chez lui, un sourire était plaqué sur son visage et il récitait, tel un mantra maniaque : « Vive le Roi, Vive la Reine. »

-Blide Vernàkën

Blide Vernàkën

1 Comment

  1. Animali T
    March 25, 2015

    Superbe bijou. Magnifiquement illustré.

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