Illustration de Pascal Blanchet

Illustration de Pascal Blanchet

Au moment où j’ouvre les yeux, que le soleil frappe ma rétine, une migraine coriace m’assaille. Je n’arrive pas à bouger un seul membre comme si de ma tête un liquide anesthésiant se répandait partout dans mon corps.

On laisse choir nos vêtements un à un sans trop savoir ce qu’on s’apprête à faire, par où on va commencer. On le fait machinalement, comme des robots parce que ça semble être la seule chose sensée à faire. Autrement, pourquoi serions-nous là ?

Je n’arrive pas non plus à reconnaître l’endroit où je me trouve. Je cherche en vain des indices avec mes yeux, mais le moindre mouvement oculaire m’étourdit. Et puis soudain, je t’entends. Ça commence par le simple tempo de ta respiration qui me parvient tout doucement en crescendo, puis par le froissement des couvertures sous le poids de ton corps.

Ta bouche sur mon sexe, je commence à me poser des questions et tu commences à te poser des questions parce que ta cadence ralentie. Tu éloignes des lèvres de ma chatte et t’insères tes doigts. Avec tes mouvements d’aller-retour, tu crées une rythmique précise comme si tu suivais les cliquetis d’un métronome. Ta rigueur m’embête, me frustre. Ça me met mal à l’aise.

Comme ta présence pourrait répondre aux questions que je me pose, je trouve un peu de vigueur et tourne mon corps dans ta direction. Je tombe alors nez à nez avec ton cul nul. Joli va, mais il ne me donne aucun indice sur qui tu es et ce que je fais dans ce lit. Comme ma migraine ne semble pas vouloir se calmer et que la position dans laquelle je me trouve accentue la douleur, je me laisse retomber sur le dos.

Nus et face à face, on se regarde longuement. Je n’ai jamais vécu ça. On se désire profondément, nos respirations nous trahissent, mais nos corps semblent incapables de poser un seul geste. Lorsqu’on ose poser un geste, l’un de nous recule. Puis on se rapproche à nouveau.

J’avoue à l’instant, emprisonnée dans ma douleur et mes questionnements existentiels, que j’aimerais pleurer de désespoir mais comme je n’en ai pas la force, je ne fait qu’agiter les épaules et émettre des lamentations, mi cri mi jouissance.  Je me dis que tu manques un spectacle charmant et qui j’en suis certaine te pousserait à prendre mon numéro en note. Enfin, ça c’est si on se connaît pas.

Quand tu me pénètres enfin ça me fait mal. Je voudrais que tu sortes ta queue de ma chatte mais j’ose plus rien dire, rien faire. Puis c’est toi qui sors, et je t’en veux. Tu t’en veux aussi alors tu me pénètres à nouveau.

Je me rappelle à l’ordre en me disant que je n’ai toujours aucune idée d’où je suis et qu’il me faut me ressaisir. Je me permets donc un moment de déroute psychologique en m’imaginant dans le lit d’un fana de boa constrictor. Je vois alors la bête reposant près du lit dans son vivier de verre. Cette pensée suffit pour me relever d’un bond et scanner la pièce. De plus en plus, j’apprends à apprécier et respecter mon aptitude à la panique. Ça sert toujours à quelque chose. Une fois rassurée qu’aucun boa ne se trouve dans la pièce, je me penche sur toi et te scrute. Pas mal. Ouais, plutôt pas mal.

Comme si cela n’était pas suffisant une fois, comme si c’était simplement un test, une expérience scientifique. Comme si on avait payé pour et qu’il fallait en profiter au maximum, tu me pénètres à nouveau.

Mais je n’ai toujours aucune idée de qui tu es. Je pourrais prendre mes cliques et mes claques et déguerpir avant que tu ne te réveilles mais quelque chose me retient. Peut-être la déception de n’avoir aucun souvenir de notre nuit passée ensemble. Peut-être la crainte de te laisser une mauvaise impression. Ça ne serait pas la première fois. Je me résigne à contrecœur de te laisser dormir en prenant mes effets personnels.

Lorsque je viens une dernière fois, la fatigue s’empare soudainement de moi et je la laisse me guider. Je n’ose pas te regarder même si je te sais étendu à mes côtés pris entre l’envie de recommencer et celle de t’endormir. Nous évitons nos regards et la fatigue finit son travail.

En enfilant ma petite culotte, j’ai une ultime hésitation mais une petite voix intérieure me dit qu’il serait mieux que je quitte. Et si cette histoire de boa s’avérait vrai.

 

-Vanity Dietrich

Vanity Dietrich

 

1 Comment

  1. Sylvain
    October 12, 2014

    Superbe l’illustration de Pascal Blanchet!

    Reply

Leave a Reply