Illustration de Josie-Anne Lemieux

Illustration de Josie-Anne Lemieux

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Chaque fois que je me rends à un rendez-vous pour un massage avec un nouveau masseur, je stresse.

C’est que… je redoute de me faire masser par un homme. Mais chaque fois qu’on me demande, je dis que je n’ai pas de préférence entre homme ou femme. En fait… je ne redoute pas : J’ESPÈRE me faire masser par un homme!

C’est que… ça me turn-on moi, me faire masser.

Chaque fois, j’espère que je ne tomberai pas sur un grand homme barbu avec une voix chaude comme les pays du Sud. T’sais, avec des ostis de grosses mains. Des mains de travailleur, mais pas rugueuses pentoute. Travailleur de la peau, du tendre pis de l’intimité. Ce genre de mains là. Habillé de son uniforme blanc, avec ses épaules trop carrées pis ses muscles de gars qui te pulpe la chaire juste comme il le faut. Parce que si ça devait m’arriver, j’aurais les genoux mous en titi.

Faudrait pas que mon masseur me demande si je veux qu’il y aille avec vigueur. Ho non, faudrait pas!

Pis là, mon masseur, j’espère qu’il ne me fera pas m’étendre nue sur sa table, les seins pressés contre le drap blanc, la chair de poule à vif et mes fesses recouvertes d’une simple serviette. Fébrile et surtout frileuse, mon corps tremblerait un tout petit peu. Je devrais respirer doucement pour l’arrêter. Pis là, j’espère qu’il ne me toucherait pas avec ses grosses mains huileuses. Il commencerait par mes pieds. Les pieds, fuck! (J’ai un p’tit quelque chose avec les pieds.) Il presserait ses pouces contre l’arc de mon pied et moi… je mouillerais le drap blanc. J’espère juste que lorsqu’il masserait mes cuisses, il ne monte pas trop haut, t’sais, avec ses gros doigts de travailleur huileux…

J’espère qu’il ne me masserait pas le dos. Surtout pas le bas du dos, juste à la naissance des fesses. (J’ai un p’tit quelque chose avec le bas du dos.) Il ne faudrait surtout pas qu’il s’y attarde, parce que ça ferait en sorte que ma chatte se presse contre sa table par légers rebonds. Et là, je sentirais encore plus que je suis mouillée et ça m’exciterait encore plus et je me mordrais la lèvre et il s’en apercevrait et je serais incapable de retenir un gémissement.

Mes yeux s’ouvrent dans un sursaut. Est-ce que je viens vraiment de gémir à voix haute devant mon masseur qui me sourit de toutes ses dents, mais qui fait semblant de n’avoir rien entendu? Je referme les yeux.

Il insiste sur le bas de mon dos, mes hanches et mes flancs. Il me donne chaud. Puis, il ose descendre juste un petit peu la serviette pour découvrir la naissance de mes fesses. Il veut m’achever ou quoi?

Puis, il remonte (fiou) et se met à me pétrir les épaules puis la nuque. Ha merde, pas la nuque. (J’ai un p’tit quelque chose avec la nuque.) Il monte ses mains huileuses dans mes cheveux aussi. Et là, il déplie la serviette qui recouvrera tout mon buste en plus de mon sexe et me demande de me tourner sur le dos.

Là, je ne l’imagine pas du tout me masser les cuisses et glisser ses doigts jusqu’à mon sexe comme sans faire exprès. Remarquer à quel point il est mouillé et échanger un bref regard avec moi de fausse surprise. Un regard qui demande si… Et le mien qui répond oui… Je ne l’imagine pas insérer deux doigts dans ma chatte comme s’il entrait dans du beurre pour ensuite me gouter de sa langue aussi douce que sa sensualité de fucking-masseur. Puis m’agripper les deux cuisses et me tirer sauvagement vers lui en me regardant dans les yeux. Je ne l’imagine pas du tout (mais pas-du-tout!) sortir sa queue et m’agacer la chatte avec son gland jusqu’à se décider à y entrer le plus lentement du monde. S’étendre sur moi puis me baiser comme ça, sur sa table de massage, de la façon la plus tendre que mon entrejambe n’a jamais eu la chance d’expérimenter. En me serrant de tous ses bras, en m’agrippant la nuque puis en m’embrassant si doucement que je me demande si c’est même possible dans ce bas monde.

«C’est terminé. Je vais vous laisser vous lever doucement puis on se rejoint à la réception. Prenez votre temps.»

Et il me laissa là.

Bouillonnante.

Dans la petite pièce qui sent l’encens.

Pour prendre mon temps, j’ai pris mon temps! En fait, j’ai dû prendre-le-temps de me finir toute seule, sur sa table au drap blanc. Parce que, non, mais, c’est pas très poli de ne pas finir ce qu’on a commencé d’une telle façon, monsieur le travailleur! Pff.

Prochaine fois, je demande une femme!

-Gamignonne

GAMIGNONNE

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