Illustration de Marie-Claude Lepiez

Illustration de Marie-Claude Lepiez

Sa face quand il a vu les billets. « T’es donc ben smatte! » Je suis pas smatte, je veux fourrer.

Il avait fait son farouche au bar. Un shooter, pis deux, pis trois. Le premier bouton de son jean avait sauté, « Wo, relax. » Une chance qu’y était cute à mort ─ Garcia Bernal qui aurait baisé avec Furlong. Une toune avait joué, chanteur à la graine pognée dans le zipper, pic-bois qui joue du drum en arrière, GBF marquait le rythme. « Sti que j’les aime eux autres. » « C’est qui? » « Radiohead. Y viennent la semaine prochaine, mais j’ai pas une cenne ». J’avais eu l’idée.

Nous v’là donc en avant du stage, GBF et moi. La première partie était pourrie, on est serrés comme des cochons à l’abattoir, il pleut en mongol, mon poncho cheap a fait sa job un gros deux minutes, mais y mouillerait de la marde que j’m’en sacrerais. Lui a pas prévu la pluie; son t-shirt devenu transparent moule son body juste assez musclé, l’eau mouille ses cheveux noirs avant de couler dans son cou, j’ai une tige d’acier trempé dans les bobettes.

J’ai une graine dans l’œil mais je zieute quand même le beau stock autour. Un grand blond maigre aux cheveux dans la face, imberbe, style cancéreux sexy. Un autre, seize ans peut-être, chapeau melon cute, un autre encore, hipster style rayé, lunettes noires. Je distribue des petits sourires, on sait jamais.

Radiohead arrive enfin sur scène. GBF entre aussitôt en transe, survolté comme la foule par le nabot épileptique sur scène. Je le serre dans mes bras, il finit par me donner un bec qui vaut à peine l’encre sur les billets. Ç’a ben l’air qu’il aime plus Radiohead que moi.

Mouvement de foule, je le perds de vue. Il a dû se pousser. Mais le cancéreux de tantôt est rendu juste devant moi, danse dans sa bulle en souriant. Je laisse la foule me coller sur lui, je suis pas icitte pour être subtil.

Quelques tounes passent, il a pas l’air dérangé pantoute par la sangsue derrière lui, y est presque rendu dans mon poncho. Ces cheveux revolent dans ma face, ça sent bon, ça sent l’homme. Toujours le sourire en coin, il me jette un regard feu-vert : lui non plus est pas icitte pour être subtil.

Le show continue, il me laisse le caresser. Son torse mouillé a pas une once de gras et à peine de poils. Petit détour là où le ventre perd son nom, yes il est rasé, et au moins aussi bandé que moi.

Après deux-trois tounes, mon poncho cheap devient un paravent cheap. Sans détourner la tête du show, le gars déboutonne mes jeans et baisse un peu mes boxers. Il a déjà baissé les siens, son cul se presse sur ma graine. « No surprises please ». Trame sonore vraiment inappropriée.

Et pourquoi pas. Aucun sursaut, même pas de petit serrement de dent quand j’y sacre ma graine latexée dans les fesses. Y est tough le ti-crisse. Je suis le beat de la nouvelle toune, pis d’une autre, pis d’une autre. Y est vraiment tough. Arrive ce moment béni et animal où les corps se fondent, où leurs forces se combinent pour en former une nouvelle, supérieure et fulgurante; mais avant, je veux faire disparaître le demi-sourire. J’y vais le plus fort possible, dans la limite où le mouvement de mes hanches se confond avec la danse de la foule, mais rien à faire, le seul qui hurle est le chanteur sur scène. Je viens et me retire, mais le sourire en coin, lui, reste.

La fin du show approche. Peut-être le cancéreux se cherche une place où coucher à soir. Je pars pour lui demander, mais mouvement de foule no 4543. Je me retrouve seul dans mon poncho. Tiens, il ne pleut plus.

Après, le troupeau essaie de retourner au métro, crisse qu’y est mal fait ce parc-là. « Hey! » GBF ressuscite. « J’suis content de t’avoir retrouvé! Le show était vraiment hot! ». Pas juste le show qui était hot, beubé.

Il m’entraîne derrière une haie de cèdres. « Tsé ce que tu voulais faire l’autre fois au bar… Prends ça comme un merci, t’es vraiment sexy, pis j’suis vraiment horny. » Ses pantalons déjà aux chevilles, ses fesses au clair de lune, les préliminaires sont pas à la mode à soir. Fatiguée mais déjà au garde-à-vous, ma graine replonge une nouvelle fois dans les profondeurs du plaisir, danse dans le cul de GBF comme le chanteur de Radiohead tantôt. Mes deux mains tirent ses cheveux encore mouillés pendant que mes hanches jouent du metal. Il est plus expressif que le cancéreux, les gens essaient de nous voir, mais on est à peu près cachés par les cèdres. Y est bien fait ce parc-là finalement.

On tombe un sur l’autre, épuisés. On est mouillés, y commence à faire frette, je colle GBF contre moi. Si Radiohead revient, c’est sûr que j’y retourne, c’t’un ostie de show.

– Le Matou

Le matou

 

 

2 Comments

  1. Jellyfish
    June 1, 2014

    J’ai lu ça à la job et j’ai bandé tout le long.
    Le Matou, t’es tout un félin. C’est l’fun de t’lire.

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  2. Mmtlr
    November 24, 2014

    Wow, Jadore

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