Illustration de Hugo Ferland Dionne

Illustration de Hugo Ferland Dionne

 

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Ce soir d’été là, avant de partir je lui ai juste texté mon adresse :

-6660 de Lanaudière.

Il s’est approché, son cell a vibré au moment où il m’a demandée :

« Qui textes-tu à cette heure tardive » ?

J’ai retourné le téléphone vers lui pour qu’il reconnaisse son numéro. J’me trouvais game. J’ai vu de la gêne dans son œil. J’ai un peu trippé puis douté. J’ai quitté les lieux en faisant montre d’une assurance feintée. J’ai tourné le coin de rue et je l’ai texté  à nouveau.

-Sonne pas.

J’ai reçu en retour trois vilains petits textos. Les trois points de suspension m’ont semblée exaspérants :

-Oups.

-J’ai une blonde…

-Bonhomme clin d’œil de marde !

Oups/ark/fuck, je me suis dit à moi même sauf que c’est lui qui m’avait cruisée, toute la soirée. J’avais peut être halluciné. Mon baromètre à baise déconnait sérieusement.

J’étais plus d’équerre !

Je me suis retournée presqu’arrivée à la maison et il était derrière moi sur son vélo, le p’tit maudit.

J’étais d’équerre !

« Je suis désolée. J’te raccompagne pareil et je rentre ».

J’aurais jamais dû le croire.

J’étais pas d’équerre tant que ça…

Quelques mètres plus loin devant mon immeuble, tout était tombé d’un coup, son vélo, il l’avait lâché brusquement, ses Ray-Ban, mes clés, bruits métalliques tonitruants successifs dans la nuit calme de ma rue de la petite patrie. Oui, on faisait juste s’embrasser et il avait une blonde.

Il ne voulait pas la tromper et je ne voulais pas être cette fille là, non plus.

Mais on se frenchait sans fin quand même….Jusqu’à ce qu’il glisse sa main dans mes sous-vêtements. Merde. Je me baissais pour pas qu’il touche le bon endroit, trop magique. Sinon j’étais foutue.

Cet interdit nous tirait les cheveux, nous pinçait la nuque et nous faisait respirer l’oxygène asphyxiant du désir dangereux mais ô combien puissant. Je frémissais de savoir que ce que nous voulions tant ne se passerait pas. Et le stratagème de son raisonnement voulait que pour que ça ne soit pas comme tromper sa dulcinée, je n’avais pas le droit de le toucher. Il avait décrété cela dans l’enivrement du désir de nos deux corps interdits mais pourtant déjà trop collés. Ces corps étaient à ce moment là déjà suppliants que nos vêtements se désagrègent par inadvertance. Ces corps qui mimaient de se rentrer dedans sans en avoir l’air. Rester dans la rue nous garantissait sûrement une limite de la pudeur que nous ne pourrions franchir, une sorte de garde-fou. Moi qui lui disais non à maintes reprises. Je me rhabillais mais je ne rentrais pas chez moi. On replaçait le tissu de nos vêtements qui avait valdingué de nos accolades trop serrées et le cirque repartait, french odieusement irrésistibles et que je détache encore tes jeans, que je glisse ma main à nouveau dans ta culotte toujours plus mouillée de savoir que ça ne se passerait pas.

J’ai rattaché mes pants beaucoup trop de fois cette nuit d’été là. Je me livrais pourtant aux mains de mon amant  non autorisé au nom de notre étreinte à jamais inassouvie et de nos corps inconsolables.

Jamais je n’aurais pensé que de ne pas le toucher serait cette épreuve. Je respectais ce précepte car j’avais trop peur qu’on saute la clôture. Je voulais atrocement qu’il me rentre dedans. Il n’arrêtait pas d’ailleurs de le dire et de le répéter qu’il voudrait me pénétrer. Sa voix, pleine de respirations dans mon cou m’électrisait. C’était éprouvant de désir sauf que ca ne se passerait pas, on était pas comme ça. Oui, oui c’était bien clair,  c’est pourquoi on ne se décollait pas.

Mon cul dans ses hanches, mes vêtements qui disparaissaient, je serrais fort l’écorce de l’arbre devant chez moi sur lequel j’étais appuyée car jamais ça ne se passerait. Supplice. Et je disais non de nouveau quelques minutes plus tard mais j’étais encore là comme aimantée.

Nos corps demeuraient excédés des forces antagonistes qui les habitaient et devenaient incontrôlables. Le désir essayait de mettre des coups de poing à l’éthique de la fidélité. Ça se castagnaient fort en nous, le désir cognait sévèrement mais la fidélité esquivait bien les coups la merdeuse, en plus elle était belle et gracieuse dans ses attaques. Sur ce ring, le ding de la fin du round sonnait toujours à temps. Pas de KO. Tout ça participait encore plus à l’envie du corps de l ‘autre et c’était laidement beau. Je voulais tout, ses mains, sa bouche, sa bite, ses mots ! Ma bouche sur sa bite ! La fidélité riait de nous parce qu’elle disait que ce que nous faisions était déjà du sexe. On cherchait le meilleur des deux mondes tout en essayant de demeurer du bon côté de la ligne. C’est l’histoire de nos vies en fait tout ça…

Chaque fois que j’essayais de me placer du bon côté de la ligne, en refermant mes jeans puis mes cuisses, il paniquait et son désir giglait, comme une éjaculation incontrôlée. Je riais de sa faiblesse et m’extirpait de son emprise et là, il me disait  encore dans le cou, tout ce qu’il voulait me faire. Odieuse envie délicieuse. J’essayais de me souvenir que je n ‘étais pas cette fille. Ma chambre était a deux pas mais ça je le savais que je ne m’y allongerai pas avec lui coincé entre mes jambes. C’était clair. Il parlait en criss et c’était efficace en criss aussi. Il parlait bien de cul. Il parlait bien de mon corps, de son corps, du sien dans le mien. Il me gémissait dans les cheveux, il appuyait son corps dans ma cambrure de reins comme s’il voulait l’étouffer… Tuer l’incandescence dans nos ventres.

On ne m’avait jamais parlée autant, en me touchant, en me visitant. C’était clairement une visite type expertise. Il me parlait de ce qu’on ferait  si…vu qu’on pouvait pas.  Je l’avais encore très peu touché, je me trouvais tenace. Il me parlait de mes seins qu’il avait si souvent voulu voir. Il les voyait bien, on était en dessous du lampadaire et mes vêtements du haut étaient à terre. Il parlait encore et encore de mes seins sur lesquels il voudrait venir parce qu’ils étaient beaux. Il les malaxait, les regardait, me regardait, il m’embrassait goulûment, puis il m’expliquait comment il s’y prendrait. Il décrivait la position de son sexe entre mes seins, il le mimait de ses doigts, il donnait beaucoup de détails et ça me donnait des spasmes. Mes spasmes lui en donnaient aussi, le cercle était vicieux, la fidélité se marrait,  ses dents avaient poussé et continuaient de s’aiguiser à mesure que je le désirais plus. Accompagnés de ses mots, les gestes qu’il faisait sur mes seins quand il mimait sa branlette me faisaient flancher. Quand il a fait mine de venir slash gicler sur mes seins d’un petit geste brusque de la main, c’était presque comme si j’avais ressenti le liquide blanchâtre et chaud se répandre sur mon buste et un peu dans le cou. J’avais même senti le goût de l’amertume dans la bouche. On se regardait droit dans les yeux à ce moment là, ça nous a saisit.

Là, il m’a tirée les cheveux fort, déjà très emmêlés et embrassée profondément.  Aucun répit, je chavirais, dingo, j’étais. C’était sans queue ni tête. On venait de repartir. Cette fois je l’empoignais entre les jambes, je voulais juste sentir sa trique, juste la sentir je me disais. Tu parles, j’ai glissé ma main sur son sexe, je voulais le toucher sentir sa peau et lui dire à ce bat délaissé que je ne m’en fichais pas, qu’il sache que je n’avais pas vraiment le droit, que je voulais respecter les limites de mon non-amant. Je voulais le toucher sans le branler juste le sentir vivant, chaud et gorgé de sang pour moi. Ce que j’ai compris ce soir là c’est que si moi j’avais déjà eu envie de ce garçon auparavant, la réciproque avait eu lieu. C’est ce qui rendait l’interdit encore plus inacceptable.

Plus tôt dans la soirée, à plusieurs reprises,  il avait résisté et contourné son désir en lâchant de son trop plein, deux trois phrases un peu trop directes que j’avais prises pour ce qu’elles étaient. On avait senti le désir de l’autre clairement, nous étions sur une mine, et mon texto en avait été le détonateur. J’étais déjà venue trois fois. La boucle était infernale, je le touchais cette fois, j’avais déboutonné sa chemise et glissais mes lèvres saliveuses sur son torse. Il  avait empoigné ma tête et devenait un peu fou car il me touchait déjà  depuis plus d’une heure et avait parlé pendant cette heure de ce qu’il fantasmait de me prodiguer en dessous de la ceinture tout en gardant en tête que ça n’arrive jamais. Je sentais sa colère dans sa façon de me toucher et damn j’aimais ça. Le piège se refermait. Il me tirait les cheveux pour diluer sa frustration mais moi ça faisait monter mon envie presque douloureuse de lui. Le sexe que nous n’aurions jamais jusqu’au bout nous rattachait. Je gémissais sur le trottoir, allo voisins, oyé oyé, voisines, voyez comme ce garçon s’affaire à me faire venir et revenir. Je suis venue encore.

Il a glissé ses mains dans ma bouche et délirait sur la fellation qu ‘il  s’imaginait que je lui offrirais si… Et ça me tentait salement. On baisait avec nos cerveaux au galop, nos synapses divaguaient complètement de ce trop plein d’informations imagées. J’ai visualisé aussi cette fellation en l’écoutant alors qu’il rentrait et sortait ses doigts de ma bouche, tout en me regardant droit dans les yeux. Je crois que j’étais captive de son besoin d’enfouir son membre bandé dans ma bouche ou dans mon sexe. Ma main sage, sage, sage, n’avait pas bougé et il bandait tellement, sa bite pompait, il devait y avoir plus de sang que dans le reste de son corps. Dans son cerveau, il n’y en avait plus, c’était clair. Il bandait tout ça pour moi et ça me chavirait qu’il ne me pénètre pas de ce sexe magnifiquement gorgé d’envie de mon entrejambe tellement chaud pour lui. Alors qu’il en parlait, parlait et parlait encore sans jamais le faire, Il était adossé à l’arbre, il m’a soudainement agrippé le cul et m’a soulevée pour que je l’entoure des mes cuisses. Le contact de nos deux sexes chauds au travers du tissu nous a rendus fous. Le sien qui voulait remplir le mien, criait. Il me touchait tellement entre les jambes que je men sentais usée, ça me brûlait.

L’infidélité m’a fait un finger à ce moment là, moi qui l’avais déjà fréquentée mais de l’autre bord. Alors j’ai rattaché sa chemise très doucement et il a compris je crois. C’était la différence entre un vrai non et ceux susurrés à contre-coeur  plus tôt pour lutter contre l’inconvenance et l’interdit. Alors on s’est embrassé une dernière fois, un french pétri de désir crasse et de résilience élégante.  La convenance est montée sur son pied d’estale et fait des saluts dignes de la reine d’Angleterre.

J’ai aimé embrasser ce garçon mais je ne voulais pas que cette garce de culpabilité vienne dormir chez nous. La pute.

Je me suis engouffrée dans le hall de mon immeuble sans me retourner sinon j’y serai retournée et il m’aurait retournée…

Je ne sais pas ce qu’il faisait et vers où il regardait, j’ai fui ce moment.

Il est parti avec mon odeur salement imprégnée sur ses doigts, c’est clair qu’il allait les respirer en soulageant sa crampe et en caressant ce bat bandé et ignoré dans le confort de son appartement et la bienséance d’un plaisir solitaire d’un homme dont la douce est en voyage. Et ouais… Sauf qu’il quémandait que je lui texte des photos de moi et de mes seins sur lesquels il allait pouvait venir. C’était clair qu’il méritait d’être gâté. Et c’était clair que j’aurais envie me toucher moi aussi une fois entre mes murs.

Je lui envoyais des images de mon anatomie. Je ne les reprenais pas, je les faisais et je les lui envoyais telles quelles. Il me répondait et je pensais à ses doigts qui sentaient le centre de mon corps mouillé pour lui sur le clavier de son téléphone.  Je pensais à ses doigts occupés à me répondre et à son autre main qui ne serait pas la mienne qui astiquait ce manche pétri d’inassouvissement. Ça devait être beau et je n’y étais pas.  J’ai voulu faire moi aussi un beau majeur à la fidélité à ce moment là mais je n’ai pas osé. Je pensais à ma mouille répandue sur son écran de téléphone. Ça me turnait on de vengeance.

Ce matin, j’ai regardé par la fenêtre et l’arbre, la rue de la Petite Patrie, se souviennent de cette incandescente étreinte, qui s’est passée (ou pas), un genre de  songe d’une nuit d’été, oui, oui,  à quelques doigts de l’infidélité…Lui, moi, on vient d’effacer tous nos sextos dans un nuage de fourberies éthérées, douce magie fumeuse  du mensonge.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

2 Comments

  1. MrClegg
    January 6, 2015

    Wow! Fichetrement sexy!

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    • Andr
      March 20, 2015

      Le retour du désir par tes mots chacun plus exitant que toute la porno qu’internet ne pourra jamais contenir.

      Te lire à voix haute. Pour sentir une foule frémir pour son voisin, la température des corps dangeureusement augmenter, que la fièvreuse envi d’un corps frémissant contre le sien brise le statu quo de nos rapport gris. Une soirée.

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