Illustration de Marie Salvado

Illustration de Marie Salvado

 

C’était le dernier jour du projet, un projet harassant sur lequel, je bosse depuis deux mois avec une équipe dévouée et humaine donc pétrie de beaux défauts. Et c’était déjà et enfin le dernier jour. Ouf. On allait fêter ça, histoire de s’endeuiller dans l’ivresse, dans la taverne au coin de la rue. Celle devant laquelle, on passe tous les jours depuis des semaines et dont on raille, entre nous, les clients décatis qui y consomment. Ces visages creusés et regards égarés de la vie qui fait trop mal, nous sont devenus familiers durant le projet. Sur ce projet, y’avait ce blond qui s’habille un peu mal, il allait être là et je savais qu’il m’approcherait ce soir à la taverne. Je le savais ou pour ne pas me mentir, je l’espérais parce que pendant le projet lorsque qu’il me parlait, il s’approchait chaque fois plus de moi. Nos avant-bras s’effleuraient de plus en plus et de plus en plus longtemps. Nos infimes morceaux de peau à peine en contact se soulevaient et nos poils essayaient de se frencher, j’ai bien vu, je ne suis pas pas barje. On les en empêchait, on travaillait sur le projet. Je suis professionnelle, bien sûr. C’est sûr, je n’hallucinais pas même si je doutais par moment de ce qui se tramait. C’est qu’il y a de ces garçons qui cherchent ce genre de rapprochement avec toutes les filles. Alors là, je craignais de me planter et je voulais juste l’insulter subitement de bouffon, ce gros connard. La seconde d’après, je le regardais et les insultes s’évaporaient en bulles fumantes de convoitise. Je me trouvais frappée de la boîte crânienne mais je le surveillais quand même sottement du coin de l’œil pour voir s’il s’y prenait de la sorte avec les autres fillasses impliquées dans le projet.  Alors même si ça m’agace de l’avouer, ben oui il me chamboulait un peu la tronche le blondinet. Un blond franchement, y’a pas de quoi perdre le nord. Je m’imaginais de plus en plus souvent à mesure de l’avancement du projet, allongée ventre sur une de ces tables de notre salle de réunion, lui en train de me tringler, moi fondante ou fondue. Difficile à dire.  Je me ressaisissais puis me concentrais de nouveau sur le projet quelques degrés en plus dans le cœur et dans le cul. J’y pensais aussi le soir à la maison confuse, brumeuse, emmerdée, rêveuse et mouillée, puis dormante.

Alors oui, je me demande ce qui va se passer ce soir à la taverne des ces cœurs esquintés et toi aussi. Je le regarde, il est salement appétissant, fermant des boîtes en carton et les chargeant sur un diable en faisant des blagues à une connasse qui n’est pas moi. Il est blond. Il est beau. Je me sens conne et presque attristée d’être conne. Et ainsi de suite. C’est la dernière journée du projet et je ne pense qu’à passer ma main dans ses cheveux presque jaunes et à les agripper. Bordel de merde, je ne suis  pas concentrée, j’entends le bruit du diable s’éloigner et c’est le dernier jour du projet.

De retour à la maison, je prends une douche. Assise sur le rebord de ma baignoire, je me rase les jambes, Freddy Mercury gueule à la radio, je l’entends au travers du jet de la douche et ça me ravive. Je pense à sa moustache, son aspirateur et sa jupe en sky  alors je fredonne  « I want to break free » à poil dans mon appart en me brossant les dents et je suis super en retard. J’enfile petite culotte et soutif dépareillés parce que mon pote Fouad m’a dit un jour qu’une fille qui porte des sous-vêtements assortis lorsqu’elle sort c’est qu’elle cherche une paire de couilles pour la soirée. Et alors ? Lui disais-je. Qu’est-ce que ça peut bien faire ?  Je trouve cela toujours aussi stupide mais tu vois, ce soir je pense à désassortir le bas et le haut. La fille trompeusement assumée que je suis, pense d’un coup à la torride salle de réunion, aux pieds de la table en métal qui crissent sur le sol et font bouger les autres tables accolées parce que le garçon aux cheveux sableux du projet me fait rencontrer mon impudicité. Ça me déride. Moqueuse, je saute dans mes jeans et je me souviens que je n’aime pas trop les blonds. Je souris un peu plus,  j’enfile une camisole détendue qui bâille pour un décolleté désinvolte et involontaire.

Je suis quand même exténuée à l’issue de ce projet, mais curieusement je puise dans mes dernières ressources sans difficulté à l’idée d’aller fêter dans un bar miteux de héros brisés ou simples poivrots avec toute l’équipe.  Aussi, je me fais la réflexion inepte, en embarquant sur mon vélo direction la taverne qu’un batifolage avec « mon » blond clôturerait bien le projet. Et salement mérité même que je me suis dis. Je me suis dit aussi immédiatement pourvu que ça n’arrive pas et ainsi de suite. Le crissement des tables de la salle de réunion a retenti de nouveau dans les airs. Je roule. Je tourne le coin de la rue, freine sèchement devant la taverne, mon pneu arrière étant lisse, ça provoque un petit dérapage qui fait son effet. Il est là avec les autres en terrasse. Il porte un t-shirt usé qui laisse dépasser ses bras hâlés, il arrive à être beau dans ses fringues moches. Le soleil frappe sa blondeur et celle de sa bière et en plus il sourit au bon moment. Insupportable. Le temps que je cadenasse mon vélo, il est allé me chercher une pinte de blonde, le parfait !  Tout est blond, au secours.

Plus tard, alors qu’on joue aux machines à sous à l’intérieur du bar et qu’on finit par gagner du fric, le bruit des pièces nous rend hystériques, l’alcool aidant sûrement. Le monsieur triste au comptoir se lève, se retourne sorti de sa léthargie éthylique par le bruit clinquant de la monnaie. Il se lève faible et applaudit d’une joie si éplorée que ça me fend le cœur. Ses mains claquent mollement. La chanson larmoyante de Claude Dubois sur des gens pauvres, joue dans la taverne comme une coïncidence presque déplaisante. J’ai de la place pour une pointe chagrin mais dans l’enjouement Blond me fait un high five d’ado et ne me lâche pas la main, il me sourit. Je ne veux pas que le reste de l’équipe nous voit mais lui, je le voulais trop et ça il l’a vu. Il a juste dit « on s’en va ? ». Comme il est taquin et imbibé de quelques verres, il me chuchote à oreille, « de toute façon j’couche pas le premier soir ». J’en ai avalé ma bière de travers et elle ressort un peu par mes narines, pour ne pas me sentir bête et aussi parce que je trouve ça désopilant, je ris franchement. Il rit aussi et a rajoute « je vérifiais juste si t’avais envie de moi » et il est parti sans se retourner sûr de lui, le p’tit salopard.

Je quitte la taverne un peu après lui pour ne pas alimenter les racontars, complètement galvanisée à l’idée qu’il m’attende au prochain coin de rue. La salle de réunion aux murs beiges m’a semblé totalement obsolète d’un coup et pas à la hauteur.

Sur mon vélo, je l’aperçois au loin, il m’attend pour de vrai en fumant une clope. Il est foutrement appétissant mais toujours aussi blond. Je fais le coup du dérapage avec mon vélo. Il me demande de le barrer, me dit qu’il habite à coté, en indiquant la ruelle adjacente. Dès qu’on arrive dans la ruelle, il me donne la main, comme un geste de gamin. Ça m’émeut, bordel. On marche quelques mètres sans parler toujours main dans la main puis il bifurque vers une porte de cour arrière. Dès qu’on s’approche de la clôture de bois, il se rapproche rapidement pour me coincer, comme si j’avais l’intention de me casser, sûrement pas. Il me serre par derrière, ce n’est pas trop tôt, je ressens le même feeling que dans mon fantasme de la salle de réunion sans le crisse de grincement des pieds de table sur le sol.

Il m’embrasse dans le cou en me serrant une fesse. Ça pince. Son souffle, putain, ça fait des semaines que j’attends juste ça, alors l’impatience et le sursis ont sûrement fait mousser l’appréciation de l’instant, sans savoir qu’il allait arriver si simplement. Son ventre plaqué à mon cul, il bande, j’aime bien. J’attrape sa nuque avec ma main et tourne ma tête, on mêle nos langues, c’est baveux, langoureux, juste dégueulasse comme il faut, ça devient même « crassement » intense. Je me consume, ce n’est pas possible de vouloir quelqu’une comme ça. Immédiatement, je lui défais sa ceinture, je suis bien impatiente, ça alors. En réponse, il me déboutonne rapido-presto mes jeans. Je ne lui laisse pas le temps d’y glisser sa main que je baisse mon pantalon qui embarque ma culotte avec involontairement. J’ai l’air beaucoup trop déterminée ou affamée et surtout je suis maintenant cul nu dans une ruelle de Villeray. Il dit juste « Ici ? ok ! »  J’entends le bruit de sa ceinture se défaire simultanément alors je l’aide en plaçant mes mains dans mon dos, pour le déshabiller plus vite et le toucher, sa peau est bandante. Son odeur salée me renverse le cerveau, il prend son souffle dans mon cou, on est beaucoup trop pressé, on respire fort. J’adore. J’attrape sa queue et sans que j’ai besoin de la guider, elle se niche entre mes jambes d’un coup, quel soulagement. Les pieds de la table crissent. Il laisse s’échapper un râle de contentement qui me fait mouiller. Tout en me rentrant dedans de plus en plus vite, il m’agace avec sa main, son bassin claque sur mon corps, ça fait du bruit. Je me dis qu’on va attirer l’attention, au pire, ça émoussera des voisins coquins voire lubriques, hors de question qu’on arrête, je me la régale. Je m’approche de l’orgasme, la vache, c’est rapide, faut dire que je suis excitée depuis des semaines sur le cas de ce gadjo qui me canonne par l’arrière. Je pense à la table encore. C’est lourdingue. Il se retire d’un coup, ça me fait soupirer vachement fort, il gémit et le long de ma cuisse, il coule. Et j’pense à la chanson de NTM qui parle d’une merco benz benz benz… Je n’ai pas eu le temps de jouir. Il dit « désolé, ça fait des semaines que j’y pense » et il enlève son t-shirt m’essuie la jambe là ou son sperme s’est répandu puis remonte sa main, rentre deux doigts dans ma chatte puis la visite et là il prend son temps. Je me liquéfie. Il va doucement, glisse puis se précipite puis ralentit moi j’commence à devenir débile tellement j’aime ça. Il joue un peu avec moi là, je me tourne pour le regarder dans les yeux, même dans le noir ses cheveux sont blonds, putain. Je dois avoir l’air vulnérable parce que son regard planté dans le mien, il accélère la cadence. Il rentre et sort de mon entrejambe presque brutalement et de plus en plus vite, je commence à devenir toute légère. J’accote ma main sur la palissade pour me tenir, le buste vers l’avant, putain, je jouis vachement trop, je gémis le moins fort possible. Il arrête son va et vient progressivement, je redescends, j’ai comme des fourmis dans la plotte mais des fourmis le fun, puis j’ai chaud. J’ouvre les yeux, je découvre le décor qui m’entoure progressivement. Après le projet, cette baise espérée, attendue même, rapide, très rapide, pas trop mais solidement efficiente, presque dans la rue, en arrière de chez le blond, c’était parfait. « J’taurais bien invitée chez moi mais j’ai pas eu le temps » qu’il a dit, son sourire de tombeur exaspérant gravé dans la face. Le p’tit con y me faisait craquer, j’allais pas flancher pour celui-là. Ha, ça non. Je me rhabille avec dans l’esprit de rembarquer sur mon vélo, l’entrecuisse encore béat. Je l’embrasse pis ça recommence, comme une envie, encore inusable de niquer encore, bordel de criss. C’était fort. « Cette fois on monte » il dit.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

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