Illustration de Josie-Anne Lemieux

Illustration de Josie-Anne Lemieux

 

Je feel tellement bad, je suis crade pour la parade, vêtue légèrement et juchée hautement, barbouillée d’un restant de make-up, moulée d’une robe de soirée, salée d’un érotisme envolé, prête pour commencer la walk of shame. Oui, je vais vomir, gerber toute ma honte sur le trottoir, rendre toute cette folle joie d’excès de la veille qui passe mal au réveil.

Classique soirée de chasse. La musique boomboom d’un club bondé de jeunesse, prête à n’importe quoi pour se croire en vie, m’envahit le corps, les tripes, résonne à l’intérieur de ma cage thoracique. Ce n’est pas mon genre, c’est presque du sport, une sorte de transe collective. Une meute collée, qui se frotte et respire au même rythme. Suante, dépravée, le nouveau carpe diem inscrit dans l’âme, yolo. Pathétique, surtout quand tu sais en faire partie… Un gars se place derrière moi, ses mains me tripotent, évaluent mon sex appeal à tâtons, dans l’intermittence de l’éclairage et de la fumée cheap qui grafigne la cornée. Je lance un regard à ma chum en face de moi. Elle hoche la tête. Le gars est fourrable. Plus que les préliminaires de base à passer : ton nom, ton âge, chez toi ou chez moi, puis on est parti…

Ma deuxième peau, robe de sortie sexy, m’a été enlevée avec ferveur des mains musclées de cet inconnu un peu rustre. De ses 6 pieds et 7, il m’a demandé de rester dans la chambre, nue. J’attends, tendue, entre excitation et curiosité. Lorsqu’il est revenu, il ne portait qu’un manteau de fourrure. Suce-moi! Bien qu’amusée de la parure fluffy de mon fuck de ce soir, je m’y mets, bouche en cœur, comme affamée de son sexe. Moi à genoux, entourant de mes lèvres rouge bourbon son membre viril, lui debout, flattant son manteau, l’érection grandissante… ça me fait mouiller de l’exciter, les vas-et-viens de ma bouche, ma langue qui passe lentement tout autour de son pénis. Quelques frissons plus tard, je me lève doucement, remarquant qu’il caresse toujours son coat de poils. Freak, but why not. Debout, l’un devant l’autre à fleur de peau, la chair en haleine, on commence à s’embrasser à grande bouche, à bouches béantes. Plaies béantes à panser, qu’on lèche en animal moderne. Bien que nos corps ne se touchent pas, ils s’effleurent à chaque souffle. La tension monte. Il n’y a que nos lèvres qui fusionnent et enfin sa main descend, de ma mâchoire, tranquillement, le long de mon cou, de mes seins, de mon ventre. Destination paradis, qu’il prépare si bien en me massant le clitoris.

Je me tourne dos à lui, en m’appuyant contre le lit. Prends-moi en doggy je ne veux plus attendre, baise-moi. Le géant entre le bout de son membre, puis ressort aussitôt. Supplie-moi, je veux que tu me veuilles vraiment. Il m’embrasse dans le cou, sur les épaules, dans le dos, partout, je frissonne toute entière. Il frotte l’extrémité de sa graine, flattant, écartant mes petites lèvres qui… oh, oui, je supplie. Je joue le jeu. Il m’attrape alors fermement par le cou, me demandant : tu sais pourquoi je porte la fourrure ? Parce que c’est moi le boss icitte. Je suis toujours dos à lui, les fesses collées contre la queue bien dure du boss qui me repousse dans ma position initiale. Doggy. Il me pénètre d’un seul coup, presque violemment, intensément, de toutes ses forces saisissant ainsi de bonheur mon sexe. Ça fait presque mal, mais je refuse de lui dire, je ne veux pas qu’il s’arrête. Je suis déterminée à jouir ici.

Sa main, toujours sur mon cou, me sert et m’étouffe un peu, juste assez excitant tout en me respectant. What de fuck, le boss m’étrangle et j’aime ça. Puis, il me prend à deux mains par les hanches, pour augmenter la cadence. Bien me tenir pour bien baiser. Je lâche des petits cris qu’il juge trop légers. Il veut me faire crier plus fort, me donner ce que je mérite. T’aimes-tu ça ma salope ? J’ai tellement apprécié que j’en obtiens un orgasme en un temps record. Me sentir à ma place de femme, objet désiré qui se définit en opposition au genre humain, au genre masculin, en chose soumise pleine de soupirs, j’ai joui. Ha. Ha. Ha oui. J’ai aimé n’être rien. Visiter ma jouissance, c’est n’être qu’un corps, une sensation, un orgasme palpitant. Je n’en peux plus d’être femme. C’est alors qu’il ralentit, tranquillement, puis m’écrase de tout son poids contre le lit. Il me dit qu’il touche le fond, qu’il me sent au complet, ça lui fait du bien. Trop de bien. C’est alors que tout est mort. C’est alors qu’il est venu, qu’il est venu crever en moi.

Wake up. Fuck top. La face collée à l’oreiller du mâle endormi. Loin du baiser reçu par la belle au bois dormant, c’est son haleine de chacal qui me sort des bras de Morphée. Charmant porte encore son manteau. Damn, what a wierdo! Plan de match : sur la pointe des pieds, en catimini, partir pour ne jamais revenir. Repérage rapide des lieux, je dois me r’habiller. Je vois l’une de mes chaussures dans la bedroom du dude ; en les regardant, j’en ai mal aux pieds. Une longue marche m’attend. Je me lève discrètement du lit, j’attrape ma robe, dont la fermeture éclair fait des ratés, puis chaussures aux pieds, je me dirige vers la sortie, laissant l’homme à son sommeil et son coat.

Marcher. Une étiquette de slut collée au front. Marcher. Alors que la porte de mon appartement, effet de film d’horreur, s’éloigne de moi plus je m’en approche. Marcher. Les passants me dévisagent, m’offrent leurs reproches sous forme de regards croches. Je pourrais leur lancer des salutations de duchesse, prétention d’un je m’en fous claqué dans la face de la plèbe. Ton métro-boulot-dodo, c’est un nightclub-taxi-sexe pour moi… ben oui. Marcher. La honte qui monte, la jupe trop courte pour un avant-midi d’hiver. Marcher. Les aiguilles du froid qui te pénètre jusqu’aux os. Arriver. Dépeçage de mon petit sac, ce que j’en ressors n’est jamais ce que j’y cherche. Rouge à lèvres. Condom. Clé ? Je me retourne, le dos contre la porte. Un vent de découragement me fouette l’orgueil, le regard tourné vers le chemin parcouru, vers la longue walk of shame que j’ai dû subir, et que je dois revivre. Je ne sais plus comment, mais j’en ai la certitude, mes clés se trouvent dans les poches du manteau de poils. Home, sweet hell, je suis vraiment baisée.

-Plume Rousse

 

PLUME ROUSSE

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