Illustration de Pascal Blanchet

Illustration de Pascal Blanchet

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C’te fois là, il m’a eu parce qu’il était pris. Comme dans Vicky Christina Barcelona, sans Penelope, ben ça marche pas. Fac dans’vraie vie, sans sa blonde, ça fonctionne pas non plus. J’le sais, parce qu’on a essayé l’année dernière pis ça pas marché.  L’affaire qui est différente du film, c’est que sa blonde,  elle le sait pas qu’elle est la clé. Quand j’y pense, j’me sens mal pis j’réussis même à avoir de la peine.  En fait, pas tant de peine. Je sais juste consciemment que je brise de quoi que je trouve essentiellement beau. Elle mériterait ben plus de la solidarité féminine que d’être la victime d’une envie de chasse ou de cul. C’est plate que ce soit elle qui mange les coups, la tête de Turque du désir d’une autre.

Quand j’suis étourdie par plus que 2-3 verres, ben j’y pense pu. Elle redevient juste l’élément qui fait refaire partir la machine. Le déclencheur de mon attirance pour lui. Quelqu’un lui demande pourquoi sa blonde n’est pas présente ce soir. J’écoute d’une oreille sourde son patinage. Dans c’temps là on attend au moins 5 minutes avant de faire recroiser nos regards. Il en devient juste automatiquement plus beau. Son sourire est plus craquant. J’ai tout d’un coup envie qu’il m’embrasse, en fait non, j’ai envie de l’embrasser. Là, tout de suite, mais un peu en cachette. Marquer mon territoire sur ses lèvres.

Après coup, je me demande si elle me sent sur lui. Peut-être que ça lui donne envie de se le réapproprier aussi pis peut-être même de manière laitte. Un espèce d’instinct de louve. Lui, il se laisserait faire, parce qu’il sait qu’il a agi en ass. Il se laisserait attaquer sans rouspéter. Fac elle, ça l’attiserait juste plus. Rien de pire que vouloir faire mal, mais pas physiquement. Vouloir faire mal en garrochant sans retenue sa tristesse dans les yeux de l’autre. Le seul remède, éphémère peut-être, qui patch habilement ce trou là dans les trippes, ben c’est de remettre de sa bave à lui dans sa bouche, son odeur sur son corps, son sel sur lui. Sentir l’odeur de son sperme en allant aux toilettes.

On fait pas de belle chose quand on veut posséder quelque chose, encore moins quelqu’un. La quête de pouvoir dans le sexe. Genre de baise brusque de réappropriage and thats it. La fourre coupée au montage des souvenirs de couple. Animal.

Ce matin, dans mon lit, on formait encore une fois le team (cette fois-ci) de ass que ça nous arrive d’être. Il a essayé de me reprendre en se réveillant. C’est pas sorcier, j’ai l’impression que son membre le guide vers mes fesses avant même qu’il soit conscient qu’on est le matin. Je me suis demandé s’il la réveille comme ça des fois ou tous les matins ou si j’ai peut-être droit à un traitement spécial. Je me suis sentie conne de penser à ça fac j’ai plutôt grommelé quelque chose qui se voulait une communication de mon mal de tête de fille qui a pas bu d’eau avant de se coucher saoule. J’ai ensuite profité de son semi-moment d’éveil pour faire mon gag matinal habituel. D’une petite voix : « On a-tu eu une relation sexuelle hier? » En général, ça me donne un bon indice sur la compatibilité de nos sens de l’humour. T’as l’option #1 du gars qui embarque dans le jeu. Pis t’as l’option #2 du gars que je reverrai sûrement jamais dans un lit. Celui qui panique un peu pis qui se demande y’é où le bout drôle quand j’lui dis que c’était une blague. Ça crée un beau malaise qui me donne le GO pour rassembler mon linge tranquillement pis décrisser rapidement en espérant ne pas avoir à le frencher en partant.  Lui c’est plate, il n’a été option 1 ni 2. Il a juste répliqué: « Oui, pis tu m’as même sucé sous le viaduc en chemin vers chez toi ». C’est alors moi qui a pris mon air bête. Parce que ça, j’m’en rappelais pas. J’ai pas osé lui demander si c’était à son tour de faire de l’humour. J’me suis levée, j’ai gobé mes tylénols et j’ai commencé la phase #1 de lui faire sentir que j’lui offrirai pas de café.

***

Quelques jours plus tard, il m’a avoué qu’il n’avait plus vraiment de blonde. Juste m’en dire limite assez  pour que j’comprenne que c’est pas de mes affaires pour que j’puisse pas tant lui demander plus de détails. Just drop the bomb. J’avais envie de lui demander pourquoi. Lui dire qu’il faisait peut-être une erreur. Qu’ils avaient l’air bien ensemble, malgré tout…

J’angoissais. Je savais qu’on perdrait tranquillement notre équilibre. Lui, y’avait de la buée d’in yeux. J’aurais aimé lui  dire que son étincelle de dedans l’sourire allait pas rester. Les gars y comprennent toujours toute trop tard.

***

En partant un peu fru, t’as oublié ton porte-feuille chez moi. J’me suis demandé si tu l’avais fait par exprès pour que j’te rappelle plus rapidement. T’as bien fait, parce qu’en te voyant sortir de ma chambre, j’ai su que ça me prendrait du temps avant de te redonner des nouvelles. J’ai pas pu m’empêcher de l’ouvrir et de fouiller un peu dedans. Comme moi, t’avais pas grand-chose à part quelques 25 cennes. Par contre, j’ai trouvé une page de magazine déchirée et pliée dans l’espace prévu pour le cash. J’ai pas tant eu besoin de fouiller, ça sautait aux yeux …vu que t’avais pas d’argent. L’image était cute, j’me suis demandé pourquoi tu gardais ça avec toi. Un petit gars qui a l’air d’être dans un train avec un éléphant. Vu que j’tais dans un mood moyen, j’aurais pu trouver ça fif. J’aurais pu, …Pourtant, non, ça m’a comme touché, j’imagine que j’tai trouvé plus mystérieux. J’me suis demandé si tu savais que c’était là ou on l’avait peut-être mise là sans que tu en aies pris connaissance. Il y avait un mot derrière. Ça venait d’elle. C’était beau et bien écrit, pas quétaine, même un peu drôle.  J’ai pas nécessairement compris parce qu’y’avait l’air d’avoir une inside. Le simple fait de me demander si tu la gardais sur toi consciemment m’a pincé l’cœur. J’me suis dit que j’pouvais peut-être la jeter si jamais tu l’avais pas encore vue. Pis si tu la gardais comme genre de porte-bonheur, ben t’aurais pu penser l’avoir juste perdue. Ça arrive à tout le monde de perdre du stock de son porte-feuille, même du cash, même des petites images où y’a des beaux textes qui valent beaucoup plus que du cash…

J’ai su que j’allais te rappeler, j’avais envie de t’embrasser maintenant que t’étais parti. Peut-être même t’offrir un café pis qu’on aille se recoucher après. C’est dégueulasse.

Mais t’aurais pas dû la laisser elle, moi j’t’aimerai pas suffisamment.

-Banderas

banderas

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