Illustration de Mathieu Potvin

Illustration de Mathieu Potvin

 

-Hello Mademoiselle! Awareyou?

 On dit souvent qu’on a toujours le choix, mais vient un moment où l’on n’a plus le choix de choisir. Et quand il est question d’argent, l’objectivité de nos choix est inversement proportionnelle au manque à gagner.

 En bref, Noël s’en venait, pis j’étais dans marde.

 2-3 coups de téléphone plus tard, je débarque du Greyhound qui fait Montréal-New York avec un seul  sac de vêtements chauds et sales en main. En moins de deux j’étais assis sur un tas de sapins au coin Flatbush blvd et 7th avenue dans Brooklyn à me demander qu’est-ce qui avait bien pu m’arriver.

-What a lovely accent you got there!

-Yes! Itz becoze I kom frrom Kanada! Az wel az al dose tri!

-Oh my God! This one is so cute!! How much?

-Too ondredd dollare Madame! It’s é rill goud praice! End it smelle very goud!!

-Oh! Hmm…

Elle pense (du moins, c’est l’impression qu’elle donne). Elle sert les lèvres, son corps commence à pivoter. Body langage-wise, j’suis en train d’la perdre… J’mets l’paquet!

-You no, it’s ard four mi tou make schpechial praice onne dose tri bicoze dé are premium qualité! Louc at dose branche, end de chépe ov it! It’s like é tri in é Disné mouvie!

-Yeah, I know but…

J’tente le tout pour le tout.

-Ok, I ken make it 180$, butt ail louze moni on dat!

-Really!? … Oh well, it’s Christmas only once a year! I take it!

J’suis dans la rue. À New York. Et j’vends des sapins de Noël.

J’vends des sapins à qui j’veux et au prix que j’veux. C’est moi qui décide.

Et c’est devant l’Absolu que toute la perversité des rouages du cerveau humain se dévoile;

Cet homme a l’air riche, je lui vends un sapin cher.

Cet étudiant a l’air pauvre, je lui vends à moitié prix.

Cette femme est jolie, je lui donne, livraison incluse…

Je suis un monstre. Je me sens sale. Et pour être franc, je le suis…

Devant moi, une fenêtre de pharmacie 24h s’efforce de me renvoyer l’image du gros bucheron barbu dégueu que j’suis devenu en l’espace de quelques jours.  Mon manteau est maintenant recouvert de morve, de gomme de sapin, de taches de soupe, de saletés de trottoir, de monoxyde de carbone. Ma barbe de trois semaines augmente mon “Folklore Factor” mais délimite cette mince ligne entre l’appréciation et l’attraction. Mes quatre épaisseurs de pantalons cargo ont la même allure que mon manteau et font de moi une forme géométrique encore inconnue par les mathématiciens. Mes bottes de pluie mi-mollet me donne cette démarche de « slacker » des moins attirantes. Tranquillement l’action de se brosser les dents s’est fait remplacer par celle fumer des menthols.

En bref, j’suis laitte.

Tous les jours c’est la même chose.

J’attends que la nuit arrive.

J’attends que la nuit passe.

J’attends que quelqu’un s’arrête.

J’attends que le jour se lève.

J’attends d’aller me coucher.

Criss c’est long.

J’me suis fabriqué une p’tite cabane à partir de déchets new yorkais A1 et de matériaux de construction volés au cours de nos premiers jours sur place.  Chaque jour, je la décore, je la bonifie, et c’est malheureusement le “highlight” de ma journée.

La barbe, la cabane de bois, la mauvaise haleine… On jurait une reproduction de la scène de la nativité. Il manque que la myrrhe et l’or! 

Fin du contexte.

L’histoire commence vraiment un jeudi soir.

Il est 3h du matin. Je fais semblant de sculpter un bout de bois comme si j’étais un artiste ancestral, comme si de ce bout de bois allait en ressortir une œuvre concrète. Je fixe le vide dans un moment sans réflexion, non-méditatif, le genre de moment perdu où l’on pense au fait que l’on ne pense à rien et qu’il serait peut-être mieux de penser à quelques choses afin de rentabiliser notre vie. Et c’est en plein milieu de cette grande réflexion que j’ai aperçu son visage “Audrey-Tautouesque” franchir la “porte” de mon “humble demeure”.

Wo…

Elle entre dans ma cabane avec son attitude “J’fais c’qui m’tente”.

-Hey!

-Hi!

-Remember me?

-Should I?

-I bought a Christmas tree from you earlier. You made a good price to me.

-Did I?

-I’m Jenny. I found a Kamasutra book in the garbage on my way here.

-Oh…

I thought you were lonely enough to enjoy it!

-Indeed! Thanks a lot!

-I brought Bourbon too.

Avec une introduction de la sorte, pas besoin de présentation.

Elle avait cette désinvolture qui charme les hommes. Une insouciance qui infuse la libre sexualité. À côté d’elle, j’avais l’air d’une vieille poche de thé…

Elle devait revenir d’un party de bureau quelconque, vêtue seulement d’une petite jupe d’été, de collants dentelés et sous son manteau de cuir, un chandail plongeant dévoilant plus de peau qui n’en reste à imaginer. Elle a vite remarqué mon réchaud au propane.

Je l’invite donc à passer au salon. 6 pouces plus loin, c’est une toute nouvelle ambiance.

Elle ouvre la bouteille de bourbon et lance le bouchon. J’nous allume deux cigarettes. Puis, on se plonge dans la lecture. Plus les pages avancent, plus la bouteille se vide. Et plus la bouteille se vide, plus elle se rapproche. Et plus elle se rapproche, plus elle se rapproche…L’ambiance se réchauffe, mais sans plus.

Après avoir infusé plusieurs heures dans le bourbon, elle ressent le besoin de quitter. Elle se lève et dans un mouvement mut par l’alcool, elle s’accote sur le réchaud au propane, faisant instantanément fondre son bas collant ainsi qu’un morceau de peau.

-Ouch!

-Are you okay?

-It hurts! Make it stop!

Sans trop me poser de question, je m’accroupie et embrasse le tour de sa brulure.

-Bec et bobo.

Je me relève. Elle m’embrasse. Beaucoup. Avec toute sa langue. 

Puis en silence se relève, s’éloigne, s’arrête.

-Oh, by the way, I wanted to ask you.. where do you shower?

-Well… places… I mean, sometimes I go to the gym nearby, sometimes…

-You could come at my place if you want.

 

Une adresse sur un bout de papier plus tard, je la regarde s’éloigner en titubant. Moi, j’lui fais des “babayes” de soulon.

Quatre heures plus tard, je sens une main qui me touche accompagnée d’une voix féminine.

J’ouvre les yeux. Une vieille âme me fixe. Elle attend quelque chose de moi.

Déstabilisé, je me redresse de sur ma chaise en plastique, me frotte les yeux et dans un anglais matinal approximatif:

-I begging you pardon?

-I said, “Someone just stole one of your Christmas trees!”

J’étire ma tête en dehors de mon abri de fortune pour y apercevoir un homme sans t-shirt se sauver avec un sapin sous le bras. À ce très précis moment, je ressens une indescriptible douleur au niveau de mon hypopothalaphyse (zone du cerveau responsable de la geule de bois (située partout)).

Afin de rassurer la vieille dame, je fais comme si j’étais au courant:

-He’ll be back.

Elle quitte peu convaincue.

8 heure du matin, mon shift se termine. Mon collègue se lève et au lieu de le remplacer dans le van, je quitte, papier en main.

635, 7th avenue. Je cogne.

Pas de réponse…

La serrure buzz. Je pousse la porte, monte l’escalier, ouvre une deuxième porte, pénètre dans le hall d’entré, enlève mes bottes… et je la vois. Dans son lit tout blanc, toute nue. Ses petits yeux endormis me regardent.

Petit malaise post-alcool-frénésie.

-Oh! sorry, I’m coming for the invitation, the shower… I’m just…

En pointant la porte derrière moi, je me retourne et entre dans la salle de bain.

Du calme, on se calme, on respire. Une femme, une inconnue nue t’attend dans son lit de l’autre côté de la porte. Faisons les choses dans l’ordre. Je me déshabille, ouvre les robinets et fonce sous la douche.

Y’a une certaine excitation lorsque l’on sait qu’on va bientôt avoir du sexe avec une inconnue. Pour moi, ça me fait la même chose que lorsque j’devais faire un exposer oral devant toute la classe à l’école primaire. Un mélange d’excitation et de vertige.

Sans avertir, tel Norman Bates, elle tire le rideau de bain et me fait sursauter sur une ambiance de sons stridents. Je m’empêche de crier et fait comme si je l’attendais.

-Oh hi!

Elle entre sous la douche. L’eau perle sur son corps de femme nue. J’abandonne ma barre de savon un moment et l’observe avec délicatesse. J’aime les corps de femmes nues. Celui-ci ne fait pas exception. Bien en chaire, sans artifice, sur un fond d’imperfections adorables. Elle sent le drap propre.

Je l’agrippe à la taille et colle son corps contre le mien. Elle m’agrippe la tête et m’embrasse fortement. Nos deux sexes collés l’un sur l’autre, l’eau chaude sur le long de nos corps, la bouche pleine de langues.

Un peu de chaleur humaine, enfin.

Elle se retourne, j’embrasse son cou, je caresse son corps, ses seins, assez jolies, plutôt rond et bien nantis.

-Still your leg hurts?

-Well, the pain went all up, between my two legs. Maybe you should make a “bake-a-booboo”?

-Let’s see..

Je m’accroupie, à genoux dans le bain, je regarde sa brulure et tout en caressant ses jambes, je remonte jusqu’à son sexe, tel un docteur émérite.

-Hmm… I see. Yep! The pain went all the way up and spread all around your “between the legs”. I’ll have to suck the pain away, like the poison of a snakebite… before you die!

Dans une prestation oscarisante:

-I don’t wanna die!

Alors je me lance. J’embrasse tranquillement son pubis. Sa jambe d’hélium se lève soudainement. Tout en caressant ses fesses, j’embrasse le contour de son sexe. Puis les lèvres.

Une fois la région inspectée et sécurisée, je me lance à pleine bouche dans le gros de l’opération. Elle, de son côté, cherche en vain une façon de s’agripper au carrelage sur les mûrs. Elle cri de douleur, ou peut-être seulement parce qu’elle est américaine… L’eau coule sur ses seins, sur son ventre, sur son pubis, sur ses lèvres, puis dans ma bouche.

Son corps convulse. Bientôt, j’aurai éliminé tout le venin de son corps et elle aura alerté tout le quartier.

Elle prend ma tête et me force à me relever. Sans jamais lâcher mon regard, elle se retourne et se cambre, laissant devant moi deux options…

Elle me demande de choisir.

On a toujours le choix, mais vient un moment où l’on n’a plus le choix de choisir.

Avant même que j’aie pris une décision, elle prend mon sexe déjà dur et mouillé et l’introduit tranquillement au deuxième étage.

-Oh!

-Haaa….

Dans une satisfaction mutuelle, mais probablement différente, nous nous apprivoisons au ralenti.

Avertissement: Baiser sous la douche comporte un taux moyennement élevé de risques de blessures et de complications pouvant contrevenir au plaisir recherché. Afin d’éviter toute déception, il y a trois règles à suivre.

1- Toujours garder les deux pieds au sol de façon à ne jamais glisser.

2- Faire fi des dégâts d’eaux.

3- Donner son 110%.

Je saisis donc ses cuisses et dans une cadence lente mais progressive, je respecte la règle #3. L’eau chaude s’éclabousse partout parterre, puis sur ses fesses, sur son cul, et moi je continue, règle #2 en tête.

Pendant que je l’encule, elle se masturbe.

Le Noël des pauvres.

Elle aime ça. Plus que la normale. Et elle ne s’en cache pas.

Puis dans une convulsion digne d’une crise d’épilepsie, elle oublie la règle #1 et perd pied…

BANG!

-Oh shit! Are you okay?

En se retournant vers moi, j’aperçois un peu de sang qui coule de son nez. Sans s’en être rendu compte, elle s’accroupie devant moi et saisit mon sexe.

-Come!

Dans un sentiment partagé, à la vue de sa blessure, mais aussi au bord de l’orgasme, je décide de tout lâcher. Je viens. Partout, dessus, dessous. L’eau chaude, le sang et le sperme se mélange dans le drain du bain, mais sous la pluie, on y voit que du feu…

4 heures plus tard, je sens une main qui me touche accompagnée d’une voix féminine.

J’ouvre les yeux. Elle me regarde, tout habillée.

Déstabilisé, je me redresse sur son lit confortable, me frotte les yeux et dans un anglais matinal approximatif:

-I begging you pardon?

-You have to leave, my boyfriend will be there very soon.

On a toujours le choix, mais vient un moment où l’on n’a plus le choix de choisir.

Je m’allume une menthol.

Sapins de merde…

-Gulliver du Lombriquet

Gullivert du Lombriquet

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