Illustration de Josie-Anne Lemieux

Illustration de Josie-Anne Lemieux

 

Vingt-deux heures trente. Un beau samedi soir. Les étoiles brillent de leurs mille feux paisibles et Monica les observe, méditative. Elle a quitté la ville ce matin, nerveuse un brin. Car ce samedi n’a rien d’ordinaire : elle l’attend depuis seize ans. Cinq mille six cents et quelques nuits se sont succédé doucement avant qu’elle ne saute dans ce train à destination du plus beau jour de sa vie. Celui de sa vengeance. Ce soir, Monica est éblouissante. Une lumière semble émaner de sa peau tant elle est claire, nacrée. Contre cette peau d’opale, ses cheveux de jais relevés en chignon et sa robe bleu électrique offrent de violents contrastes qui demandent quasiment à se protéger les yeux. La robe découvre ses épaules et épouse divinement la moindre de ses courbes. Hors du corsage jaillit sans gêne une poitrine saillante, affolante, prête à narguer ses pairs et enflammer ses contraires. Les pas de Monica retentissent dans la nuit l’un après l’autre dans une cadence régulière. Elle se gorge d’air, balance ses hanches de droite à gauche, bien consciente de tout le pouvoir que ce simple va-et-vient lui confère. Plus rien de ce qu’elle fut jadis ne subsiste en elle. La jeune fille honteuse de ses formes généreuses qui longeait les murs, dissimulée sous des vêtements trop grands s’est évanouie pour faire place à une femme aux atouts sexuels aveuglants. Juchée sur des talons hauts, sa posture est parfaitement droite, son regard sûr, son port de tête fier, sa démarche hypnotique. Monica sait ce qu’elle veut et elle l’obtiendra.

De plus en plus près d’elle fusent des rires. Elle s’en va là-bas, là où elle aperçoit des gens bien fringués fumer sur le trottoir. Elle continue d’avancer au même rythme, ne se hâte pas ni ne se défile. Elle est prête. À son apparition les quelques gens attroupés se séparent impulsivement en deux pour qu’elle se fraye un chemin entre eux, et ils l’observent défiler puis disparaître, avalée par la porte. Tous se sont tu. Hommes et femmes ont cessé leur verbiage pour détailler la femme de leurs regards effarés, cupides, envieux. Qui était-ce?, semblent demander leurs huit paires d’yeux, mais personne n’ose formuler la question, tous soudain silencieux.

À l’intérieur c’est tout l’inverse, les gens piaillent et personne ne remarque l’entrée de l’étrangère, tous étant tournés vers le spectacle grotesque d’un homme faisant glisser de sa bouche une jarretière sur une cuisse dénudée. Voilà donc le fameux Quentin. Et la greluche qui rigole tête renversée n’est autre que Sonia. C’est le plus beau jour de sa vie à elle aussi. Enfin c’est ce qu’elle croit. Sonia est complètement ivre : d’alcool, de bonheur et de joie. Car après des années de galère à s’envoyer en l’air avec des débiles légers, elle a enfin trouvé chaussure à son pied. Quentin est tout ce qu’elle n’osait plus espérer : intelligent, drôle, cultivé, loyal, bon amant. Et elle avait de quoi comparer, des graines elle s’en était enfilées bien plus d’une centaine. Et voilà qu’avec Quentin elle se sentait pleine. Satisfaite, rassasiée. Il la faisait rire comme pas un, jouir comme nul autre. Cet après-midi-là, debout, fière, face à tous ceux qui lui étaient chers, elle avait juré fidélité à cet homme dont elle ne voulait jamais plus se séparer. Et celui-ci avait prononcé le même serment. Sans que cela ne les effraie. Ils avaient plongé leurs regards l’un dans l’autre et ils s’étaient embrassé à pleine bouche sous les applaudissements ravis de leurs amis. Et la célébration de leur amour battait à présent son plein, les invités dansant et s’envoyant des verres joyeusement.

Quentin était attirant. Monica l’avait certes vu en photo, mais il émanait de lui une force virile qu’elle n’avait pas entrevue sur les clichés. Il lui plaisait beaucoup, ce qui ajouterait l’agréable au nécessaire. Elle se lança, fit son entrée en scène. Elle se mêla aux danseurs et se plaça devant sa cible, n’en détournant jamais son attention, épiant tous ses mouvements afin de ne jamais disparaître de son champ de vision. Elle évitait son regard mais elle sentait qu’il l’avait remarquée. Tous les hommes sur la piste la dévoraient des yeux et le nouveau marié n’y résistait guère mieux. Monica rassembla dans un seul regard tout ce qu’elle avait de persuasion, de désir et d’arrogance, releva la tête et affronta Quentin en entrouvrant légèrement la bouche avant de lui sourire, aguicheuse. Puis elle se déroba à lui. Elle avait lancé l’hameçon et savait que le poisson crevait d’envie d’y mordre. Satisfaite elle s’éloigna un temps et se permit un premier verre.

Il n’y avait personne au bar. Elle prit donc place sur le tabouret le mieux éclairé, de sorte qu’on l’aperçut de loin. Elle croisa les jambes, ce qui fit remonter sa courte robe et exposa ses cuisses bien galbées à la vue de tous, le spectacle n’étant par contre destiné qu’à Quentin, qui ne manquait pas de lancer vers elle des regards succincts. Sous la lumière feutrée qui la caressait, Monica semblait irréelle, telle une sirène envoûtante qui se serait échouée à ce bar, mystérieuse. Insondable. De la piste, Sonia avait repéré la femelle rivale et profita de la fin d’une chanson pour venir y commander un verre. Elle demanda d’emblée à l’étrangère si elles avaient l’heur de se connaître, manifestement elle ne reconnaissait pas Monica. Non, répondit celle-ci, je suis la femme du disque-jockey, j’espère que ma présence ne vous importune pas. J’en profite pour vous offrir mes meilleurs voeux de bonheur. Bien entendu elle s’était assurée que le DJ n’était pas un ami des mariés, cette vengeance elle l’avait mûrement calculée. La mariée n’osa bien entendu la renvoyer, c’eût été impoli, mais Monica entrevu au fond de son oeil toute l’animosité qu’elle lui inspirait. Sonia lui sourit, déploya l’exact même sourire factice qu’elle lui avait envoyé il y a seize ans. Cela redoubla sur-le-champ la haine de Monica pour l’ignoble garce et la replongea dans cet infâme instant, alors qu’elles étaient voisines et habitaient toujours chez leurs parents.

À l’époque, Sonia n’avait de cesse de se vanter de ses prouesses sexuelles auprès de Monica, sa cadette d’un an, et s’amusait à la troubler avec des récits vulgaires dont Monica avait toujours douté de la véracité. Il lui semblait improbable qu’elle ait sucé le prof de gym contre une épinette lors d’une sortie de classe en raquettes, tout comme elle ne croyait pas un instant qu’elle ait pu se farcir – c’était là l’expression même de Sonia – le père d’une autre fille du quartier alors qu’il rangeait sa tondeuse dans la remise à outils. Mais étant trop timide pour se faire des amis, Monica fréquentait Sonia faute de mieux, entretenant une certaine fascination pour ses extravagantes histoires de baise. Sonia n’avait quant à elle pas d’amis, personne ne pouvant supporter ses vantardises et le mépris qu’elle affichait pour autrui, alors elle fréquentait la jeune Monica pour se distraire, celle-ci gobant ses récits avec des yeux ronds d’incompréhension qui l’enthousiasmaient puérilement. Elle adorait voir sa naïve voisine devenir rouge de malaise ou encore mieux, verte de dégoût.

Puis un jour ce fut Monica qui eut quelque chose à raconter : un garçon était venu dans sa chambre. Vraiment! Il lui avait parlé, lui avait demandé ce qu’étaient ces quatre prénoms inscrits en lettres blanches sur son t-shirt noir trop grand : Lou, John, Sterling, Moe. Monica avait osé lever les yeux du plancher, un événement en soi, pour les poser sur le garçon qui venait de l’interpeller. Elle ne dit rien et le regarda. Celui-ci banda aussitôt, trop excité que cette fille tellement mystérieuse le dévisage ainsi, mais Monica regardait le garçon dans les yeux, elle ne soupçonna rien de l’étonnante érection qui s’érigeait à soixante centimètre à peine de son bas-ventre. Puis elle avait osé l’inviter chez elle pour lui faire entendre Velvet. Elle ne se souviendrait jamais de la chanson qui jouait quand Sébastien l’avait embrassée contre la porte de sa chambre, qu’il avait glissé la main sous son chandail et qu’il avait caressé sa poitrine. Mais elle se souviendrait toujours du regard qu’il avait posé sur ses seins après lui avoir retiré son chandail et son soutien-gorge. Un regard affamé et incrédule qui l’avait gênée. Elle s’était sentie mal à l’aise, incapable de continuer. C’était la première fois qu’elle se dénudait devant un garçon et elle assumait mal cette énorme poitrine qu’elle tentait toujours de dissimuler aux regards. Elle ne savait pas comment s’offrir, comment en jouir. Sébastien n’avait pas insisté, elle s’était rhabillée. Il s’était excusé et était disparu vingt secondes dans la salle de bain, le temps de se passer un poignet et d’éjaculer dans le fond de la baignoire. Il l’avait embrassée et lui avait dit au revoir. Ils allaient se revoir.

- Pauvre mec, il est reparti la queue entre les jambes, quelle agace tu fais!

Évidemment, Sonia ne pouvait seulement se réjouir pour elle. Ou lui donner quelque utile conseil, non! C’était manifestement trop lui demander. Monica aurait dû fermer sa gueule et garder tout ça pour elle. Sonia lui demanda néanmoins quel était le nom complet du mec en question. Qu’est-ce que ça peux bien lui faire?, se demanda la jeune Monica, vexée. Et elle aurait clairement dû garder la réponse pour elle.

Voilà qu’à présent, en sirotant un verre de chartreuse, elle observait Sonia se diriger vers son époux tout neuf, affublée d’une robe affreuse. Elle avait tant attendu ce moment, l’avait tellement décliné en scénarios divers, qu’il lui semblait à présent irréel. Elle observait la jadis tant perverse Sonia se démener avec les exubérances de sa grosse robe laide quand elle se revit à quatorze ans, poussant la porte de la chambre de cette garce pour la trouver agenouillée devant Sébastien Joly, la tête allant et venant sur son sexe dur. Sonia s’était retournée vers elle et avait affiché un air faussement surpris, Oh! Monica!, puis elle avait remis la queue de Sébastien dans sa bouche un instant avant de se relever. Elle s’était essuyé les lèvres du revers de la main et lui avait dit qu’elle n’avait pas vu le temps passer. Qu’elle ne croyait pas qu’elle arriverait aussi vite. Sébastien était figé sur place, rouge tomate, toujours bandé. Monica était tout aussi figée, pour sa part livide, décomposée. Sonia rigola: on ne va tout de même pas gaspiller une aussi belle érection! Pourquoi on ne ferait pas un trip à trois? Humiliée, Monica s’enfuit en larmes. Et elle n’avait depuis jamais plus adressé la parole à cette morue. À l’exception de ce soir. Monica la regardait à présent embrasser cet homme qui avait l’air beaucoup trop bien pour elle et cet homme ouvrit les yeux pour la regarder, elle, Monica. Alors qu’il embrassait sa femme, Quentin avait les deux yeux fixés sur elle. Elle lui sourit. Le plan fonctionnait à merveille.

Un homme s’approcha d’elle, osa lui demander de l’accompagner sur la piste de danse. Elle saisit l’occasion, l’entraîna tout près des époux enlacés. Quentin lui décocha un regard dans lequel elle cru voir le désir côtoyer la peur. Le bel animal. Elle ne lui voulait pourtant aucun mal, non, elle aurait voulu lui dire qu’au contraire elle lui voulait beaucoup de bien. Qu’il pouvait lui faire confiance. Qu’il ne regretterait pas de succomber à ses charmes. Qu’elle avalerait son sexe tout en le branlant entre ses formidables seins et qu’il pourrait jouir comme ça, dans sa bouche. Elle fit exprès de le frôler à deux reprises, ses fesses effleurant les siennes, mais elle ne lui redonna plus à voir son regard, tâchant de rester derrière lui pour faire monter la tension. À la fin de la chanson, elle remercia l’homme de service et se dissimula dans la masse de danseurs, s’éloignant pour observer Quentin de plus loin. De là elle ne le lâcha plus du regard, dansant, ou plutôt ondulant sur place, fascinée par sa proie. Oui, il pourrait décharger son foutre comme ça dans sa gorge, en se frottant contre ses seins, à la seule condition qu’il retrouve vite la forme et qu’il la baise de toutes ses forces. Je sais que t’en crève d’envie Johnny, je le vois bien que t’es qu’une bête. Elle le vit la chercher du regard, partout. Puis il la vit. Je le sais que tu jouiras plus d’un fois. Me feras-tu jouir toi? Il détourna le regard. Le sien ne le lâchait toujours pas. Il releva les yeux sur elle. J’ai envie de ta queue, là, maintenant. Il détourna encore les yeux. La chanson s’arrêta et Sonia s’éloigna, s’éclipsa avec des copines, une cigarette à la main. C’est mauvais pour toi de fumer Sonia, tu cours à ta perte là! Et Monica sauta dans les bras de Quentin, qui se raidit et recula, lui demandant qui elle était d’une voix étranglée :

- Mais qui êtes-vous?

- Vous ne me connaissez pas. Je suis votre dernière chance de coucher avec une autre femme.

Elle s’approcha de son oreille et y murmura : T’as bien compris, je veux que tu me baises. Elle releva discrètement un genou et le frotta contre son sexe en soutenant son regard, agaçant ainsi son membre jusqu’à ce qu’il se durcisse.

- Vous êtes une amie de Sonia?

- C’est le nom de votre femme? J’ai toujours trouvé ce prénom vulgaire.

- Vous vous appelez comment?

- Vénus.

- C’est joli.

- Vous savez ce qui est joli?

- Vous.

- Vous et moi emboîtés l’un dans l’autre forniquant jusqu’à l’épuisement.

- Laissez-moi tranquille, vous savez bien que ce n’est pas possible, je viens de me marier. Vous êtes folle.

- Et vous, vous êtes bandé comme un cheval.

Elle pressa encore son genou contre son sexe et planta ses ongles dans son flanc. Elle sentie sa queue remuer.

- J’ai très envie que tu asperges mes seins de ton foutre Quentin.

- Mais enfin, qui êtes-vous??!

- J’ai déjà répondu à ça Quentin: je suis ta dernière chance de t’envoyer en l’air avec une autre.

- Je ne comprends pas. Pourquoi?! C’est un test? Vous connaissez Sonia?

- Non. Je ne vous connais ni l’un ni l’autre. Seulement ce qui m’excite à mort, c’est de baiser des hommes fraîchement mariés. Tu ne seras pas le premier, mais tu seras le plus bandant que je me serai envoyé jusqu’à présent. Je suis déjà toute mouillée juste à te sentir au bout de mon genou.

- Vous êtes folle!

- Tu prétexteras avoir trop bu, avoir la tête qui tourne. Tu diras à ta douce que tu sors prendre l’air, que tu veux retrouver la forme pour mieux lui faire l’amour, plus tard. Elle aimera ça, elle s’en vantera à ses copines. Comme elle a un mari attentionné! Comme elle a hâte que tu lui donnes son premier orgasme légitime! Et je sais que t’es homme à donner du plaisir, je le vois dans tes yeux, beau matou, t’aime ça lécher des chattes pas vrai? Ne crèves-tu pas d’envie de te frotter la face entre mes deux cuisses?

- Vous êtes…

- Ta femme continuera à danser et à boire, et toi tu monteras à ma chambre, au numéro 107. Tu disparaîtras pendant une heure. Une heure pendant laquelle tu me baiseras comme une bête. Plus d’une fois. Tu me feras hurler de plaisir avec ta grosse queue et je la prendrai dans ma bouche. Tu jouiras dans ma gorge, tu jouiras sur mes seins, tu jouiras sur mon ventre. Je veux voir ton foutre partout sur moi. On est d’accord Quentin?

- …

- Tu prendras ta douche et tu redescendras frais et dispo retrouver ta moitié. Tu ne me verras plus jamais.

- D’accord.

- Dans 10 minutes.

 

Monica s’éloigna. Victorieuse.

 

Il frappa à sa porte neuf minutes plus tard et il entra, ce n’était pas verrouillé. Il traversa le pas de la porte alors qu’elle venait vers lui et il l’agrippa sauvagement d’un seul bras duquel elle n’aurait pas pu s’échapper. Or elle n’avait nul désir de fuir. Serrée contre lui, son corps frétillait, sa chatte se contractait d’impatience, chacun des pores de sa peau hurlait son envie de se faire remplir de lui. Il lui lécha le visage, du menton jusqu’au front, et il la retourna violemment contre la porte qu’il venait de claquer. Il tira rudement sur ses cheveux, la forçant à basculer la tête vers l’arrière et à le regarder dans les yeux. Là il releva sa robe et déchira carrément sa culotte. D’une main. Puis il lui enfuit un doigt dans la chatte.

 

- C’est moi qui te fait mouiller comme ça salope?

- Oui c’est toi sale pervers. Je mouille d’envie pour ta queue.

 

Elle était salement excitée. Pour vrai. Ce type allait la baiser alors qu’il venait de jurer fidélité à une autre! Le désir maniaque, irrépressible et suicidaire qu’il éprouvait pour elle la faisait mouiller comme jamais. Elle jouissait de sa magistrale vengeance, elle y était, ça y est! Après des années à fantasmer sur cette scène, le mari de Sonia allait dégainer son sexe, sortir sa queue bien dure et la lui enfoncer dans la chatte. Il la retourna vers lui, lui retira sa robe dans l’urgence, se débarrassa de son costard tout en léchant les incroyables seins qui venaient de rebondir hors du vêtement, l’empoigna sous les fesses et la souleva de terre. Elle enroula ses jambes autour de son torse et il l’amena dans la salle de bain, où il la déposa sur le comptoir. Elle se cambra et il la pénétra brutalement. Elle cria. La queue qui l’honorait était parfaite, beaucoup trop bonne. Très vite elle se sentit se liquéfier, se répandre en flots sur le sol. C’était le plus beau jour de sa vie. Tout lui réussissait, tout était parfait. Sentir le sexe gonflé à bloc du mari tout frais de Sonia aller et venir en elle la poussait dans un état de félicité jamais atteint. Elle ne retint rien, s’abandonna entière à la transgression, à cette folle liberté, à cet état de relâchement troublant, quasi terrifiant, qui engourdissait tout son être et faisait jaillir d’elle des jets de plaisir qui les aspergeaient tout deux à chacun des coups de bassin qu’il lui administrait furieusement. Il mouillait carrément de la mouille et elle hurlait à en alerter l’hôtel complet. Il étouffa ses cris en lui plaquant une main sur la bouche et il ralentit le rythme de sa pénétration, s’insérant plus profondément en elle, plus doucement, plus longuement, en plongeant son regard dans le sien pour le voir devenir fou. Il s’était toujours enorgueillit de voir cette supplication dans l’oeil des femmes qu’il avait possédées. Une supplication demandant à la fois à ce que cesse l’insupportable plaisir et à ce qu’il se poursuive à jamais. Il adorait ça. Les voir devenir vulnérables, folles, parce que pleines de sa graine. Or là, tout relevait du surnaturel, il croyait devenir fou lui aussi. Il avait les deux pieds immergés dans les preuves liquides d’un délire innommable. Cette femme-là – mais comment s’était-il retrouvé là à la baiser comme une bête?! – lui faisait perdre la tête! Il continuait à grossir en elle, c’était démentiel. Il eut envie d’exploser, de se répandre sur elle, de s’extirper de sa chatte brûlante et d’asperger de son foutre ses seins prodigieux. Ce qu’il ne se gêna pas de faire, en hurlant sa fureur. Vidés, épuisés, l’un confus, l’autre comblée, ils se dévisagèrent sans trop bouger, comme n’y croyant pas. Sidérés. Monica lui sourit doucement. Elle descendit du comptoir, saisit une serviette, s’essuya. Puis elle l’essuya lui, Quentin. Lui resourit doucement. Lui tendit la main, l’entraîna hors de la salle de bain. Il se laissa faire, la suivit sur le lit. Là, elle fit exactement ce qu’elle avait projeté de faire la soirée durant : elle le branla entre ses mamelles tout en agaçant son gland du bout de la langue, du bout des lèvres, avant de l’engloutir. Il redevint dur aisément, son visage se figea en un rictus content. Elle savait bien qu’il serait vigoureux, ça avait toujours été le premier critère de Sonia : que ses amants la baisent au moins deux fois de suite. Autrement elle les larguait vite. Elle n’avait pas de temps à perdre avec les faibles et les paresseux la Sonia. Et son nouvel époux n’en était manifestement pas un, quoiqu’il gémissait déjà de façon inquiétante et que Monica dû l’enlever de sa bouche. Il ne pouvait pas jouir maintenant, non, il allait tout gâcher. Pas tout de suite, lèche-moi!, elle le poussa sur le dos et s’assit sur son visage. Le beau ne se fit pas prier davantage, sa langue chaude glissa partout dans sa fente tandis qu’il pétrissait ses fesses de ses deux mains. Il engouffrait ses lèvre glabres, s’aventurait de la langue entre ses fesses puis revenait laper en gémissant le coeur de son plaisir humide. Oui, c’était le plus beau jour de sa vie. Tout était parfait. Elle aimait de plus en plus cet homme, cet amant complet. Elle aurait pu se laisser lécher comme ça une vie entière elle aussi! Il lui sembla naturel que Sonia ait voulu garder ce type pour elle, elle comprenait tout à fait. Mais Sonia, elle, ne comprenait rien. Elle venait de faire irruption dans la chambre et se tenait là, devant eux. Immobile. Monica l’aperçut du coin de l’oeil et profita du moment de grâce pour agripper la main de Quentin et lui en sucer lascivement les doigts. Sonia mit un temps à comprendre qui étaient ces gens nus, qui était cet homme sans visage caché sous la croupe de cette femme plantureuse qui gémissait sans gêne. Elle ne voulait pas le croire.

 

- ………….. Quentin?

Elle n’avait que murmuré son prénom, anéantie, transie d’effroi. Quentin ne l’entendit pas, continua de lécher le sexe de Monica. Celle-ci ne se déroba pas à la douce caresse, elle ne fit que tourner la tête pour s’adresser dûment à la nouvelle mariée :

 

- Oh merde! Je ne pensais pas que tu arriverais aussi vite Sonia!

La langue dans sa fente cessa de bouger. Monica n’avait plus rien à faire là, plus de plaisir à prendre, alors elle se leva et affronta Sonia :

 

- Je leur avais pourtant dit de te faire venir à 1h… j’ai dû perdre la notion du temps. C’est que j’étais en bonne compagnie, tu comprends! Mais puisque t’es là, pourquoi ne pas faire un trip à trois? Faudrait tout de même pas laisser ton pauvre mari dans un tel état, non?

 

- …… Monica?!! Espèce de salope!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

Et le pauvre Quentin passa une partie de sa nuit de noce à essayer de séparer son épouse de l’inconnue qu’il venait de fourrer à grands coups de bonheur alors qu’elles se griffaient, s’arrachaient les cheveux et se crachaient dessus. Après que sa femme lui eut administré un sale coup dans les couilles, il attrapa ses vêtements en rampant, se rhabilla à grand peine et s’éclipsa de la scène alors que Monica, flambant nue, maintenait la tête de Sonia contre le sol de la salle de bain, lui baignant le visage, les cheveux, de même qu’une partie de ce qu’il restait de sa risible robe, dans les fluides qu’avaient fait jaillir d’elle son légitime. Ce dernier n’était plus là, il saoulait son désarroi au bar et avait déjà avalé trois whiskys.

Il ne revit jamais Monica, pas plus qu’il ne fit d’enfants à Sonia.

-Flore Fontaine

FLORE_FONTAINE

3 Comments

  1. Saturne
    November 26, 2015

    Intrigue saisissante. Magnifique sens du rythme. Mots de sexe éloquents.
    Vous êtes prodigieuse, mademoiselle. Et à vous lire je suis certain que l’écriture n’est pas votre unique talent !
    x

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  2. Marie-Claude
    January 13, 2016

    Tellement bon! Bravo, toute une réussite…
    Pas tellement surpris par la fin, mais juteux tous de même!

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  3. Julie-Anne
    May 13, 2016

    Tes nouvelles sont mes préférées du site, mais je dois dire que celle-la est particulièrement bonne… Bien écrite, captivante, crue.
    J’adore !!

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