Illustration de Cindy Beuhlah

Illustration de Cindy Beuhlah

 

J’avais besoin d’un break dans ma vie. Fallait que je déconnecte. Sur un coup de tête, j’ai pris le premier bus et je me suis rendue dans ma petite région, dans mon petit village, bien loin de Montréal. Sur la route, je sentais l’énorme boule dans ma poitrine se dégonfler à chaque kilomètre qu’on laissait derrière nous. Je regardais le paysage qui me semble toujours de plus en plus sublime à chaque voyage. Ça doit être l’âge qui me fait ça. Quand j’étais jeune, je comprenais pas tant quand mon père me pointait le foutu paysage et qu’il disait «c’tu assez beau hen!».

Arrivée là-bas, y’avait ma mère qui m’accueillait. Mon vieux lit qui m’attendait. Mon ancienne chambre d’ado qui me consolait. Ça m’a toujours fait un effet tout chaud de retomber dans mes affaires de ma période préadulte. J’trouve que ça sent la naïveté, la vulnérabilité, l’insouscience, la facilité. C’est plein de couleur, plein de sourires, c’est tout dépareillé et de mauvais goût, mais j’m’en fous. J’me revois, toute petite, toute frêle, toute pimpante. Je vivais les choses à fond, sans me poser de question. Et à chaque fois, je ne peux pas m’empêcher de repenser à mes premiers amours, mes premiers frenchs, ma première fois et le drôle de feeling que ça m’avait laissé dans les jambes après. Haha! Et ça me fait toujours sourire et oublier ce qui se passe aujourd’hui, à Montréal, loin.

J’étais dans ma petite bulle depuis quelques jours et j’étais bien. J’avais pas envie d’appeler personne pour aller boire un verre et leur raconter ma vie ou pire, qu’il me raconte leur vie. Ugh! J’étais tranquille à la maison. En combines et en pantoufles tricotées par la grand-mère. C’était vendredi soir. Mes parents étaient partis dormir au chalet. Mon petit frère de 17 ans voulait inviter quelques amis à coucher. Mes parents m’avaient demandé d’être le chaperon. Ce que j’ai accepté sur le champ! Je me suis dit que si j’avais eu une grande soeur, dans mon temps, j’aurais bien aimé qu’elle me laisse faire mes conneries en plus de m’aider à ramasser le lendemain. Mon frère et moi, on s’est fait un clin d’oeil et c’était parti!

Vendredi soir, donc. Quelques amis commencent à arriver. Y’a de l’énergie dans l’air. Un mélange de jeunesse et de liberté. C’est explosif! Ça crit, ça rit fort. Je me fais discrête et j’observe de loin. Je me rappele que j’ai déjà été comme ça à leur âge et ça me fait sourire. Et puis je me rends compte que je vais me taper un pas pire gros party. Ça rentre, un après l’autre. Pis j’me dis tant pis, pourquoi pas? J’ai envie de me saouler anyway, et l’idée de le faire avec du monde que je ne connais pas me plait. Je suis la seule sur le vin blanc, ça me donne un p’tit air distingué au travers de cette gang de jeunes…

Vraiment…

Beaux?

Et…

Musclés?

Ben voyons! Qu’est c’qui me pogne? Pis sont dont bien drôles en plus. Ils me font rire. Et je les fais rire? Beaucoup plus que les petites connes de leur âge. Ben voyons! Qu’est c’que j’ai? Me reste déjà moins qu’un verre de vin dans ma bouteille. Je me fonds à la gang. J’suis la grande soeur cool. Les gars sont curieux. Et…

Pleins d’hormones…

Full testostérone…

Y’ont envie de se prouver, de faire leur mâle, pis ça l’air que j’pogne à soir. On m’offre des shots que je prends. J’m’attendais pas à ça, mais j’ai vraiment du fun. La musique hip-pop rentre bien. Mon corps ondule pis je m’étonne. Mes jokes sont bonnes. L’idée que j’ai 10 ans de plus qu’eux m’effleure l’esprit… des fois, mais… je chante le refrain connu d’Icona Pop « I don’t care. I love it.» avec une trentaine de jeunes saouls, virils, séduisants, candides et inconnus qui n’ont même pas de bouton! Je suis de retour dans mon adolescence pis ça m’dérange pas pentoute. C’est bon, en fait! J’bois de la téquila. Je regarde les gars qui se lèchent les mains pleines de sel avant de s’envoyer la shot dans le fond de la gorge pis j’me rends compte que ça m’excite. On croque le même citron, en même temps, nos lèvres se touchent presque. Woooowe. Ces gars-là ont 10 ans de moins que toi. Mais…

«I don’t care. I love it.»

Je crois entendre que mon frère s’est enfermé dans la salle de bain à l’étage et qu’il vomit toutes ses entrailles. Je ris. «I don’t care. I love it.» J’ai déjà fait pareil!

Y’en a un. Un petit jeune de 17 ans. Un espèce de fendant. Sublime. Avec ses petits cheveux qui retroussent sous sa casquette, sa carrure d’homme, ses yeux de gamin et son attitude plus mature que les autres (bien sûr). Son t-shirt arborant une marque pas-belle est beaucoup trop grand pour lui et il porte une chaîne au cou. Mais il est arrogant, intelligent et il a beaucoup d’humour. Le p’tit criss! Ce soir, j’suis adolescente, mon petit frère se vide dans les toilettes, je suis libre, on se reverra probablement plus jamais lui et moi… et il m’a spottée… Je suis dans la merde.

Il me parle. Il est wise. Il me pose des questions d’adultes. On discute comme des grands et je me prends à tripper dessus… Je suis clairement dans la merde. Y’a une énergie de cul dans l’air, comme dans tout bon party d’ado, et on y manque pas lui et moi. J’ai 10 ans de plus que lui, mais… «I don’t care. I love it.» Comme Icona Pop!

L’énergie baisse tranquillement. J’comprends, y’est rendu 5h du matin et je ne m’en étais même pas rendu compte. Certains partent en voiture. Ils sont complètement saouls, mais j’me sens ado faque je les laisse faire. Je vais probablement m’en vouloir demain, surtout s’ils font un accident et qu’ils meurent tous et que le conducteur survit et qu’il se suicide 5 ans plus tard par culpabilité. Mais… I don’t care, sérieux! Fuck that!

Le p’tit criss de fendant avec ses bras pis ses épaules sculptées, son torse découpé qui se dessine sous son t-shirt, ses lèvres divines, sa confiance, son sourire qui fait fondre et son regard suave, lui, reste. Il colle. Il me colle. Certains commencent à se coucher sur les divans. D’autres sortent des sacs de couchage et se couchent direct par terre. B’en oui, c’est vrai, j’ai déjà fait ça moi aussi. J’ai chaud. Il fait exprès de coller son bras au mien. J’ai envie de lui lécher la face. De le garrocher à terre et de le chevaucher. De le déshabiller et de profiter de ses muscles tout durs. Ayoye. J’ai jamais été comme ça. Faut que je me sauve. J’lui dis que je vais aller voir comment va mon frère et je me lève sans attendre sa réaction. En montant les escaliers, je me rends compte que je suis pas mal mouillée. Je ferme les yeux, j’imagine son souffle sur ma peau, j’arrive à l’étage, j’imagine son arrogance m’empoigner entre les jambes, j’ouvre la porte de la salle de bain, j’imagine son empressement sur moi, sa vigueur, sa jeunesse, mon frère dort par terre couché en chien de fusil. Je referme la porte. J’imagine… Il est là et il est pas gêné. Il s’approche de moi et me dit qu’il a toujours fantasmé sur les femmes plus vieilles que lui. (haha!)

J’ai pas le temps de réfléchir qu’il m’accote contre le mur et m’embrasse. Je suis officiellement dans la merde! Son désir pour moi me donne l’effet de deux-trois lignes de coke. Même si le soleil commence à se pointer, je suis prête pour une autre nuit. Je l’attire dans ma chambre et on s’écroule sur mon lit-d’adolescente, pareil comme dans un film d’adolescente. Il me dit qu’il veut que je lui dise quoi faire et comment le faire. J’étais pas assumée de même, moi, à son âge! Son assurance me déstabilise, mais dans le bon sens du terme. Il me déshabille. Je lui dis d’y aller plus doucement, qu’il n’y a pas de presse. Il comprend. Il me déshabille en profitant de chaque morceau de peau qu’il découvre. Il enlève son t-shirt et m’enveloppe. J’perds le souffle. Il est beau, c’est troublant. Il agrippe gentiment mes seins et les agace du bout de la langue. Je lui dit de me mordre. Ses yeux surpris se lèvent vers moi. Je lui dis d’essayer, pas trop fort pour commencer. Il s’exécute. Mon corps se cambre et il passe son bras sous moi. Je lui dis de me mordre plus fort. Il s’exécute. Je retiens un gémissement. Ça l’allume et il reprend de l’assurance. J’aime ça. Il descend vers ma petite culotte. Je lui propose de me caresser un peu par-dessus. Il s’exécute. Je lui dis que lorsqu’il caresse une fille, il faut qu’il reste à l’affut de chacun de ses mouvements, de ses souffles, de ses petits cris et qu’il les fera jouir s’il s’attarde aux endroits qui les font réagir. Il m’écoute et absorbe tout ce que je lui dis. Il vient se coucher à mes côtés et m’observe en me caressant. Son dévouement me fait craquer. Ses caresses me font du bien et il s’en rend compte. Je lui dis que s’il prend plaisir à faire plaisir aux filles, il aura du bon sexe puis je lui dis d’écarter ma petite culotte et d’entrer un doigt. Il s’exécute et ouvre la bouche en même temps que moi. Et puis il va et vient, avec la vigueur d’un ado, et je me prends à aimer ça beaucoup plus que je pensais alors je le laisse faire. Je sens sa très grosse érection se frotter contre ma cuisse. Impatient, il m’enlève ma petite culotte et plonge entre mes jambes. Il me lèche. Mais timidement. Je lui laisse un peu de temps, mais il ne s’investit pas plus. Je m’appuie sur mes coudes et il devine bien que quelque chose ne va pas. Il lève la tête et me questionne du regard. Sa petite tête avide de savoir me fait fondre. Je lui dis qu’il ne doit pas se gêner, qu’il doit m’avaler, me lécher à pleine bouche, me sucer et ne rien laisser en reste. Il comprend. Il s’exécute. Je m’étends de bonheur. Il apprend vite, le p’tit maudit. Ses mains me caressent de partout. Je lui agrippe les cheveux et je lui enfonce la tête entre mes jambes. J’entends du bruit provenant du salon au rez-de-chaussée et je me rappelle ma situation, mais… «I don’t care. I love it.»

N’en pouvant plus, je lui demande s’il a un condom. Il lève la tête, s’essuie les lèvres du revers de la main et me fait une grimace. Je lui dis de ne pas faire l’enfant. Il me tend une capote que j’ouvre pendant qu’il défait sa ceinture assis sur le coin de mon lit-d’adolescente. Je prends la relève et baisse son jean. Je caresse brièvement sa grosse érection à travers son boxer. Je lui dis que c’est bien de prendre son temps. Il approuve. Je retire ensuite son boxer et m’agenouille entre ses jambes. Sa petite tête excitée comme un gamin me fait sourire. J’ouvre la bouche et avale son sexe d’un coup. Il arrête de respirer et je le trouve beau. Ma fellation de fille de 29 ans semble l’étonner. J’engloutis toute sa verge, l’enduit de salive bien comme il faut et avale ses testicules une après l’autre. Je perds son regard tout impressionné lorsqu’il bascule la tête vers l’arrière. Je sens qu’il a de la difficulté à se retenir de jouir. Ça c’est mon cue. Alors qu’il ne s’y en attend pas, j’attrape le condom que j’enfile sur son sexe trempé. Il ne s’en rend à peine compte. Je le pousse à s’étendre et le chevauche. Il me regarde, avec ses grands yeux ébahis et ça me fait encore sourire. Lorsque j’insère son érection dans mon sexe, je vois son visage se crisper d’un mélange de béatitude et d’étonnement. Je prends ses mains que je pose sur mes seins. Je le force à les serrer. Il est jeune, n’a pas souvent baisé et tripe trop. Je vais le perdre. Alors je me retire. Je me couche sur le dos et il vient s’installer entre mes jambes. Il enfonce son nez dans mon cou et commence à me baiser maladroitement, avec cette espèce d’urgence que les jeunes ont. Je l’arrête. Je lui dis d’y aller tout doucement et que ce sera aussi bon. Je lui dis de prendre le temps de me regarder, de regarder son sexe entrer dans le mien, de regarder mes seins qui rebondissent, de les croquer en me baisant. Prendre le temps de voir mes réactions, de s’attarder aux petits détails qu’il ressent lui aussi. Il se met donc à y aller doucement, en me fixant dans les yeux. Je ne peux m’empêcher de grimacer de bonheur. Il sourit fièrement et ça me fait sourire aussi. J’agrippe ses fesses fermes de jeune-adulte et le guide. Puis, tranquillement, je lui propose d’accélérer la cadence. Il épie encore chacune de mes réactions et me dis que je suis belle. Ça me fait frissonner de partout et je n’arrive pas à retenir un gémissement. Ça le fait sourire. Il se couche sur moi puis me lèche l’oreille. D’habitude, je n’aime pas ça. Mais, dans les bras musclés de mon préadulte qui m’écoute au doigt et à l’oeil, ça a un effet d’électrochoc. Je me mets à vibrer de partout. Il se relève et voit bien que j’ai peine à me retenir. Il tient le rythme, il a de l’endurance, il est jeune et foutrement beau. Et il a bien appris mes leçons, alors, il se penche et me lèche l’oreille à nouveau. À ma surprise, des spasmes me traversent le corps. Il se relève et sourit fièrement. Il s’étonne lui-même et ça le rend délicieux. Il garde le rythme et y met un peu plus de vigueur, il me rentre dedans comme une bête et me lèche une dernière fois l’oreille. J’explose. Tout en passant proche de lui arracher toute la peau de son épaule costaude avec mes dents. Mon plaisir le fait jouir presque en même temps.

On reste emboîtés un instant. Je ne voudrais jamais sortir de son emprise à la fois toute simple et innocente puis mâle et ardente.

Le soleil s’est levé. Je reprends mes sens. Je viens de baiser avec un gamin 10 ans plus jeune que moi. Il dort déjà. Près de moi. Dans mon lit-d’adolescente. Il est affreusement beau. Ma tête d’adulte réfléchi à toute vitesse. Est-ce que j’ai fait une gaffe? Ça va faire quoi quand tout le monde va se réveiller? Est-ce qu’il va raconter ça à tout le monde à l’école? (Ho mon dieu! L’école.)

Je le regarde à nouveau. Il est inconcevablement beau. Je ferme les yeux en contemplant ma vieille chambre d’adolescente. J’ai envie de m’en foutre. De ne pas penser à demain. D’être insousciente comme une gamine. M’en remettre au destin. Dormir. Me réveiller avec la gueule de bois dans les bras d’un jeune adulte infiniment beau et beaucoup plus mature que les autres. (B’en quoi? C’est vrai!)

J’ai envie de faire confiance à la vie.

«I don’t care. I love it.»

- Gamignonne

GAMIGNONNE

3 Comments

  1. marguerite
    November 27, 2014

    Wow, merci pour ce texte : )

    Reply
  2. Oscar
    November 27, 2014

    :) J’aime beaucoup cette histoire, elle suit un fil solide et livre bien l’émotion de redécouvrir le plaisir à l’aide d’une autre personne nous offrant une perspective différente sur la vie, nous sortant de notre quotidien. J’apprécie le texte écrit dans le familier, mais sans tomber dans la surutilisation du “Faque” et de l’élision obsessive. ;) J’ai une tendance sapiosexuelle (l’intelligence m’excite) et un texte trop familier et vulgaire me coupe dans mon élan sensuelle. Ce texte est bien balancer et très excitant.

    Merci Gamignonne.

    Reply
  3. Audrey
    April 6, 2016

    Ce texte me rend folle à chaque fois.

    J’y peux rien.

    Merci Gamignonne

    Reply

Leave a Reply