Illustration de Petite Bohème \ Pauline Bonnet

Illustration de Petite Bohème

La question : « Est-ce que tu m’aimes? »

Le doute : « Est-ce que le soleil se lève et se couche ou n’est-ce simplement qu’une illusion dû à notre rotation constante dans l’univers? »

« Je ne comprends pas. »

« Est-ce que je t’aime où je m’accroche à l’affection que tu me donnes par peur de me retrouver seul? »

« Tu es lâche! »

…..

Est-ce que c’est moi qui te fais peur? Est-ce que c’est ton ressenti quand tu me vois, l’inconnu, qui t’effraies?

Au début des temps, avant la grande colère des dieux qui nous coupa en deux directement dans le milieu, n’étais-tu pas celui-là? N’étais-tu pas moi et moi, toi?

Je me souviens… je me souviens quand le mot douleur a été inventé pour décrire la sensation qui nous traversa la colonne. La brûlure éternelle qui définit la marche des hommes tels que nous la connaissons.

Je me souviens de la tempête, celle qui t’envoya là-bas et moi, là-bas.

Je me souviens de l’incompréhension, des premières larmes, de la première lame.

Quand je t’ai vu, quand je t’ai ouvert pour regarder ton âme, j’ai reconnu les plaies. Je savais.

…..

« Nous deux, ça n’existe pas, il n’y a que toi et moi. »

« Qu’est-ce que tu veux dire? »

« Je disparais. »

« Tu ne peux pas me remplir et puis tout reprendre, me vider, c’est cruel. »

« Tu ne comprends pas, c’est toi qui m’as vidé, toi qui m’as tout pris. Je reprends ce qui est mien et je pars. »

Tu noies mes papillons.

…..

Te souviens-tu… te souviens-tu de nos premiers contacts? La gêne de nos doigts qui s’effleurent, nos têtes qui font des carrousels. Et le monde… le monde qui s’arrête. Tous ces gens qui, soudain, deviennent des personnages de notre conte à nous. Franfreluche qui nous raconte une histoire à notre manière.

Tes dents… tes dents sur ma nuque qui craquent tout le temps, qui croquent ma chair et ta langue… ta langue qui suce ma moelle en faisant des ronds.

Te souviens-tu du temps qui n’était que nous?

De notre liaison charnelle, charmés par nos deux corps nus qui se rencontrent pour danser la valse des damnés.

Le chat nous regardait. Il voyait les aurores boréales au plafond, formées par la chimie magique de la composition de nos deux sueurs de pores en agencement particulier.

Ton prince se languissait sur les horizons du mont Albert et Moïse, dans toute sa grâce, sépara les rochers pour te laisser pèleriner sans accrochage. Un pour tous et tous pour un. Nous étions un.

Plus tard, je me baladai sur ton avenue, le cœur ouvert à l’inconnu.

Rien, plus rien, ne faisait de sens, désormais, sans toi.

…..

«Détaches-moi, s’il te plaît.»

«Tu me causes de grands maux, je suis donc obligé de prendre de grands moyens.»

« Qu’est-ce que tu comptes faire de moi? »

« Te garder jusqu’à ce que ton esprit s’ouvre enfin et que tes yeux voient par les miens. Tant que tu voudras partir, il y aura des cordes et quand les cordes ne seront plus, tu voudras rester. »

« Tu es fou. »

…..

Une fois que la bise fût venue, tu changeas. Les fréquences entre nos amouraches s’éternisèrent. On passa d’un poème à une vulgaire branlette sans vers.

L’amour n’était plus qu’une baise improvisée entre tes deux verres de trop.

Que s’est-il passé?

J’ai eu beau parader, la plume de paon bien voyante, comme à nos débuts, mes couleurs ne t’excitaient plus.

Désormais, je dansais seul en regardant le ciel se vider dans tes yeux. Tranquillement, sans faire de bruits, tu es devenu un inconnu.

J’embrassais les lèvres d’un mur.

…..

« Et j’ai promis de te retrouver, même si cela impliquait d’explorer les rebuts les plus profonds de ton esprit. »

« Tu ne comprends pas, nous n’avons jamais existé. Je n’ai voulu que ton corps. »

« Alors, mon corps tu auras. »

Je me penche sur son air ébahi et le dépouille de tout ce qui le rend différent des autres humains. Il est nu.

Il tente de se débattre, mais je suis sans pitié, j’ai déjà le visage empli de son bourreau et je le torture en m’accordant à son niveau de nudité.

Une dernière danse.

J’embrasse, mord et griffe chaque parcelle de son univers.

Tous ses membres sont tendus et tressaillent à chacun de mes mouvements. Mes mains reconnectent avec le terrain connu de ses abdominaux.

« Si c’est moi qui t’ai vidé, moi qui t’ai tout pris, c’est à moi de me vider, de tout te donner. Qu’on soit quitte. »

Noé fît traverser les animaux deux par deux et le déluge renversa son corps.

Au même moment, les cordes se desserrent et il réussit à s’extirper. Il me pousse violemment sur le sol, mais il ne se sauve pas. Il me regarde longuement, la rage aux dents.

Il s’assoit à mes pieds, les jambes à l’indienne, porte ses mains à son visage et…

Il pleure. Je l’enlace.

Les dernières larmes, la dernière lame qui transpercera nos cœurs en parfaite union.

« On se retrouvera dans l’éternité, mon amour. »

…..

Tu connais la douleur, maintenant.

Ne l’oublie jamais.

« Suddenly I’m overcome
Dissolving like the setting sun
Like a boat into oblivion
Cause you’re driving me away
Now you have me on the run
The damage is already done
»

             Queen Of Peace – Florence Welsh

 -Le Loup

Le Loup

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