Illustration de Blanche Louis Michaud

Illustration de Blanche Louis Michaud

 

Ce qu’il y a de beau dans cette jungle sauvage et désertée des humains, c’est que toute une civilisation animale l’habite et que jamais nous n’avons entendu autant de sons différents, inconnus, imbriqués les uns aux autres.

 

Je vais te manger la bouche.

 

Je vais te manger la bouche comme si c’était une orange juteuse. Dévorer ta face en entier, recracher les pépins de tes dents. Être dans ton sang comme dans un bain fumant.

 

Je vais capturer ton visage, empoigner tes cheveux, te tordre le cou, puis en défaire les nœuds, voir la couleur remonter à tes joues, la peur et l’excitation en frissons granuleux sur ta peau.

 

Je fais filer tes cils entre mes dents, doucement, sans les arracher, juste que ça tire un peu. Te planter mes canines dans la nuque, sucer tes vertèbres cervicales, te les remboîter comme un petit train dans son tunnel de peau, puis te cicatriser de ma langue magique.

 

Je vais aspirer tes yeux, les faire rouler sous ma langue, te les rendre pour que tu puisses encore me contempler et bander de moi. Je vais cramponner toute ma face à tes fesses, qu’elles se perdent dans ma bave alors que je les avale férocement.

 

Je vais comprimer ta cage thoracique entre mes bras, tes côtes comme des baguettes chinoises sur le point de casser, poussant à travers ta peau et s’enfonçant en moi dans un doux fourmillement. Les jolies arches sont comme des barreaux qui obstruent la vision de tes poumons qui gonflent, de ton cœur qui bat. J’en retire une et je l’ajoute aux miennes, ce n’est pas grave si j’en ai trop.

 

Je vais me faire un oreiller avec ton poumon gauche pour vivre dans la turbulence de ton pouls. Ça résonnera partout dans ma tête comme l’éruption du volcan du Krakatoa. Tes vaisseaux sanguins comme des lianes se mêleront à mes cheveux.

 

Je vais t’étirer juste assez pour pouvoir me faufiler en entier, puis dans la nuit noire de ton corps je te ferai l’amour de l’intérieur comme un parasite voluptueux. Dans les profondeurs de la jungle tu jouiras de façon étrange, si longuement que tu devras t’appuyer contre les arbres pour réapprendre à marcher. Tu penseras t’être intoxiqué avec une plante et halluciner ton passage à l’autre vie. Tu ne t’inquièteras pas de m’avoir perdue.

 

-Une femme Respectable

Une Femme Respectable

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