Illustration de Cindy Beuhlah

Illustration de Cindy Beuhlah

Nous ne portons aucune attention à la carlingue criblée de balles du bus, trop occupé à observer les rondes du gardien des chiottes et à minuter ses pausesAu chrono, tu dis que ça fait quelque chose comme cinq minutes de break aux quinze. Un minimum pour fumer une clope d’usine dans l’humidité de la jungle. Tu sais qu’y’a ben des choses qui peuvent se passer en cinq minutes..Le terminus de l’église est plein à craquer pour le départ de nuit et même si l’embarquement se fait attendre depuis maintenant 2 heures, personne ne semble s’impatienter. Personne, sauf nous et nos envies de baiser.

Ce matin à la fermeture des bars, tu m’as accosté en sortant de la brume. Inconnue, t’as poliment demandé si je connaissais un endroit où l’on pouvait trouver des churros à bouffer malgré l’aube. Sans hésitation, je t’ai menti : « Oui, oui, oui. » J’ai profité de nos déambulations pour en apprendre plus sur toi, repoussant toujours d’un coin de rue le mirage d’un kiosque à pâtisseries ouvert. Petite brune francophile aux yeux verts, tu viens de St.Paul au Minnesota, en vacance ici seule, brulée d’un an à travailler pour la réélection d’Obama dans ton état, et désormais apolitique, considérant comme une option viable ton exil définitif des States, un mode de vie vegan, sans gluten, ni fourrure et l’apostasie.Accessoirement, tu as aussi une grande bouche aux lèvres délicieusement capiteuses, une fine nuque bronzée où semble se déposer la sueur de la nuit, des seins… deux seins, qui testent à distance la taille de mes mains. Mon regard se perd encore plus longtemps sur ton nombril que je vois des fois quand tu t’étires pour faire craquer tes doigts. Ça et puis toutes ces fesses (deux) qui rebondissent en cadence au gré de ton pas de fille curieuse, qui s’arrête et repart en trottant à chaque coin de rue. Tu as, es, grosso modo, tout ça après trois heures de marche dans une ville que je connais fuck all dans le fond et où j’ai même  faké  un « jogging qui dégourdit les jambes » pour regarder se cambrer l’ensemble de ton œuvre. J’ai eu presque honte de mes manigances quand tu t’es mise à frotter ton ventre de faim. Sont où les churros?Je me suis confondu en excuse tout en prétextant pouvoir flairer l’odeur de la friture, qui devait se trouver à quelques pas dans le bon sens maintenant… Tu m’as souri poliment avant de t’arrêterNotre errance t’avait épuisé. Tu m’as dit que tu préférais maintenant aller faire la sieste et tu m’as invité. 

Nous avons passé le reste de la journée à l’horizontale et ça nous a considérablement rapprochés. Je t’ai bandé contre les fesses toute l’après-midi. Tu m’as fait lécher la glaire de tes doigts. On s’est embrassés, torturés, à défaut de mieux dans le bourdonnement incessant du dortoir. Et c’est pareil ici, maintenant dans la gare. Pareil, sinon pour l’oasis que nous faitmiroiter les chiottes payantes, inutilisées ou presque par la population en générale, parce que vue comme une crosse monumentale. Faut pas se leurrer, même payante les chiottes sentent la marde, que j’t’ai dis, philosophe. En fait, d’expérience, plus tu payes pour chier et plus c’est dégueulasse. Non? Les gens veulent en avoir pour leur argent… Le capitalisme dans toute sa bassesse. Tsé, même moi je suis coupable. Je dors gratos dans un hamac depuis 3 mois et ma dernière douche s’est faite à même le tuyau d’arrosoir d’un jardin municipal. Sauf que, quand j’gratte le fond de mes poches, j’en veux pour ce qui me reste de pesos. Pis si j’me retrouve à payer pour renter là… Clair que c’est pour me vider. Le commentaire aurait paru déplacé pour 99.9% de la gente féminine francophile du Midwest américain, mais pas pour toi. Lucky boy. La main sous ton sac sur mes genoux, sur mon bat, je te regarde regarder le gardien qui regarde sa montre, les yeux brillants. C’est maintenant ou jamais. Au compte de la 3ecigarette, on s’volatilise pour les banos. On file ce qui faut de platine au tourniquet, pis tous les deux on tourne à gauche dans la zone Caballero. Mon érection, un bâton de sourcier à fourrer, je flaire comme une évidence la seule cabine salubre de notre palace.

Je te dévore la face, le cou, puis les seins que j’ai massés la journée durant sous ton t-shirt pas de brassière. Ils sont encore plus beaux de visu que mes mains ne l’ont imaginée. Deux gros miracles recouverts de fricklesJe savais même pas que ça se pouvaitDans ma béatitude d’affamé et aussi pressée que moi de contenter ta bouche, tu m’descends les jeans aux bottes. Pas fluide à trop vouloir trop vite, tu défies ma queue bandée qui coule déjà en tirant fort sur mes Levi’s qui bloque dret-. Y faut que je m’écarte pour que tu trouves assez de lousse pour que passe mes genoux. Aux mollets, t’abandonnes de peur que mes Kodiak surlacés aient raison du temps et de toi. Je comprends alors pourquoi tu préfères tes pantalons « pattesd’Aladin » pourtant si laids. D’un doigt, je te mets en jambe, la gueule ouverte sur ton ventre, les narines fumantes à même de sentir la chaleur odorante de ton sexe. Tu me lacères le crâne de tes doigts, comme pour aérer mon cerveau en feu. Je te plaque contre la porte. On fait du bruit en tabarnak. J’ai l’impression que la cabine va exploser. On oublie tout ce qui nous entoure. Le monde est sur mute. Le monde vient d’arrêter de faire semblant. Le monde estmort dans sa marde. Le monde attend le premier Big bang jamais éjaculé dans ces chiottes puantes pour renaitre. Le monde attend. Le monde entend… Un klaxon. 

J’remet mes jeans tout seul dans la panique, causant presque des dommages permanents à ma graine qui se prend toujours pour un zeppelin. Visiblement mon pénis, cet être parfaitement autonome désormais, n’a rien entendu du départ de l’autobus et m’en veut. Le temps de dompter la chose et tu n’es plus là. Je te retrouve bardée de nos sacs, à te dépêtrer dans le tourniquet des salles de bain. Tu ris, les mamelons saillants sous ta blouse. Je te donne un coup de main en poussant sur tes fesses entre lesquels un doigt se glisse jusqu’à l’humidité la plus totale. Soudainement, tu ne ris plus. Devant nous, le bus quitte lentement la gare en sandwich au milieu d’une colonne de chars de police. Voyons tabarnakOn courtjusqu’au bus comme des kamikazes sous la lumière des gyrophares. Je me mets à bucherdans la porte, toi tu gueules dans un espagnol parfait, mais le chauffeur sidéré ne veut pas nous ouvrir ni s’arrêter. Pis, c’est là que les chars de polices se mettent à faire crier leurs sirènes. On peut voir des dizaines de faces dans les vitres de l’autobus. Tout le monde capote. Les policiers sortent maintenant de leurs voitures, toutes Maglite braquées sur nous. Je lève mes bras en l’air en criant le nom des ruines maya où ce bus devrait nous amener. « Tikal! Tikal! Tikal! » Tu me regardes avec l’air de dire « Ta yeule, ti-cass! ». 

T’as su éviter notre mort prématuré en roulant tes « r » de la plus belle des façons. Je suis aussi convaincu que d’avoir été sur les pines en dessous de ta fine blouse de chanvre ne nous a pas nui. La police nous explique pourquoi ils sont sur les nerfs. Depuis deux semaines, des bandits de grand chemin venus de la jungle bloquent le passage des bus de nuits et braquent les passagers à la pointe de AK-47, de machettes et autres pelles aiguisées pour démembrer les voyageurs récalcitrants. Ce soir, les flics ont bien l’intention que le bus ne s’arrête pas. Tant mieux calissPis c’est comme ça qu’on s’retrouve dans une version telenovelas de Clanche. On descend l’allée centrale du bus sous le blanc des yeux de la foule. On rejoint nos places attitrées tout au fond, à côté des chiottes. Le convoi se remet tranquillement en marche dans la jungle. La faune du bus retrouve son calme. Les lumières rouges et bleues éclairent la nuit dans une intermittence hypnotique. Tu te serres contre moi. Je m’endors.

Dans quelque chose comme un rêve, les gyrophares font toujours pleins feu dans l’autobus qui roule à fond de train, sans ne jamais freiner même dans les courbes. Pourtant, tout le monde semble dormir. Tout le monde sauf toi et moi. À l’abri sous mon grand foulard Arafat, penchée sur mes cuisses, tu me suces en silence, calculant tes mouvements. Par intervalles réguliers, tu prends soin d’arrêter le va-et-vient que fait ta tête pour travailler mon gland avec ta langue. Je m’agrippe au siège et retiens mon souffle dans le ronflement assourdissant de l’engin. Puis, tu t’enfonces ma queue bien profond dans la gorge pour rendre ta silhouette encore plus furtive pour nos voisins. J’ai un jaguar dans le ventre qui ne demande qu’à sortir. Tu restes dans cette position de longue seconde sans déglutir. Je vais jouir. Jouir au milieu de 60 latinos qui sommeillent dans cette machine infernale, jouir kit à ébranler la colonne de chars de police qui nous prend en serre et jouir même si les guérilléros tapis dans l’encre de la jungle devaiensonner la charge et nous cribler de balles perdues. Tu vas me faire jouir et nous savourons ensemble nos dernières secondes à attendre.

-Guedoune

Guedoune

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