Illustration Karine Bernier

Illustration Karine Bernier

 

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré d’exaspération.

Reprendre son souffle.

Bonjour, je suis Antoine Poinel. Je sais à une lettre près, j’étais un autre.

Avec ce P, je suis assistant réalisateur sur des productions télévisuelles. Je participe à produire du consommable insipide mais bien emballé, car je fais partie d’une équipe rodée et compétente. Je suis un catalyseur dans mon travail même un pare-choc, on me dit hot dans le relationnel et dans la gestion des conflits. Je suis un bon médiateur, j’dirais, diplomate mais concis.

Dans la vie, la mienne, je suis une éponge plus que poreuse, une couille-molle, me semble, mais costumée en chum parfait.

Je travaille dur et je fais ça bien, même si ça ne sert à rien. Je participe à l’aliénation collective parce que je dois être un con comme les autres. Je me crois pourtant intelligent avec mes valeurs et mes grandes discussions. Je crois que je suis un con qui se cache derrière un gars open-minded, cultivé et humaniste. C’est super rassurant et cela fait de moi un bon Jack. Il me semble fondamental de penser que je suis foncièrement une bonne personne, sinon comment continuer. Hen.

Je ne suis pas moche, plutôt pas mal même, à peine barbu, sexy, semi-élégant et charismatique, avec la touche d’imperfection qui me rend accessible et foutrement charmant. Je le sais, je le sens et les filles me le disent, le soir après minuit sur les fenêtres de conversations de mon ordinateur, quand ma blonde dort.

En plus, j’ai un beau pénis, c’est ce que me disent aussi, les filles que j’ai conquises. Et ça, je crois que c’est vrai. Je suis muni d’une queue rose et lisse sans zone grise, de taille appétissante mais pas trop impressionnante pour se l’engouffrer en bouche avec envie. Si je n’avais pas honte d’être narcissique et que j’étais souple, je vous avouerais que je me sucerais honorablement.

***

Avant, avec le fric que je récoltais de mon travail, et j’en récoltais peu, j’essayais de faire des films. Je me rappelle bien de ce temps où j’étais prometteur. Aujourd’hui avec mon salaire, j’investis dans la rénovation de mon triplex. Un domicile conjugal à priori enchanteur. Ma mère trouve ça formidable comme projet, elle y voit de la maturité et de la stabilité émotionnelle. Mon père y s’en fout. Ma sœur, Lennie trouve ça, con. Et moi je surfe sur le talent et le sens artistique que j’ai déjà eu, par le passé. Je fais croire que j’ai des projets dans des tiroirs. Et j’en ai. Je ne les ouvre que trop peu ces tiroirs, par contre. Je suis assis sur mon cul et sur mes lauriers même si je trime dur.

J’ai acheté ce triplex avec Roxanne, ma blonde, une fille formidable, belle, talentueuse, tellement plus intelligente que moi. Je ne comprends pas tout ce dont elle parle et curieusement je m’en contrecrisse. Par contre, comme je suis con, je comprends les choses à retardement et non quand je les vis. Ma blonde, elle, comprend toujours plus vite que moi ce que je vis. Elle saisit bien les humains, mais refuse de les détester même quand ils sont détestables. Elle n’arrive pas à être cynique. Là, je ne la comprends vraiment pas de ne pas haïr la médiocrité et la propension de l’humain à la déception des autres.

Des fois, j’ai de la misère à bander pour Roxanne. Des fois, j’oublie même qu’elle a un cul. J’oublie que sous la table, là, il y a sa chatte dans laquelle je pourrais m’introduire, pour m’absoudre de la laideur dont je me pétris parfois. Des fois, je me demande si l’amour m’a faussé compagnie ou si c’est autre chose.

Anyway, j’ai une belle vie faque…Je me considère chanceux, comme chum, d’avoir cette blonde, faut le dire.

Ça fait 7 ans qu’on est ensemble, elle aussi, elle trippe sur le triplex et son aménagement intérieur. Elle a dont ben hâte que ça soit fini. Pour qu’on soit enfin bien. Cet investissement qui allait m’ouvrir la porte sur un monde radieux pour mes vieux jours, s’avère être un gouffre. Tout y passe. Pendant que la terre tourne, des fois je paie à Roxanne des boulettes de bœufs à la cantine vitrée de chez Ikéa alors qu’elle choisit des poignets d’armoire de cuisine ou du linge de table.

Tout y passe, mon envie, mon temps, mon énergie, ma libido, mes méninges. Mes projets. Mes tiroirs.

Et dans le confort de l’inconfort, je me dis que j’aime bien cette vie. Est–ce, ça, le pire ?

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré d’exaspération.

Reprendre son souffle.

***

De temps en temps, on organise des soupers délicieux et magnifiques avec de bons amis, noyés sous d’excellents vins et le bon goût de Roxanne pour les arts de la table.

On est crissement hot comme couple, à écouter les autres. On amasse du like sur Instagram avec nos prouesses culinaires, séparément, c’est un peu moins le cas.

Roxanne et moi, on cuisine très bien ensemble, on fait un bon team. C’est ça l’affaire. On aime mijoter du bon, pour ceux qu’on aime. Et souvent, je crois que c’est cela ma récompense. Roxanne me fait aller plus loin mais pas toujours sur le bon sentier. Maudit.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir aspiré d’introspection.

Reprendre son souffle.

Mais à bien y penser, moi, Antoine Poinel, ce n’est pas de cet œil là que j’ai envie de le voir, quand je suis sous l’emprise de l’ivresse et du philtre de vérité. Il y a toujours un moment, dans ces soupers pourtant si le fun, il y a toujours ce moment où tout s’arrête. Celui où je catche. Cette distorsion du réel qui me rend le courage de la clairvoyance.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir…interminable qui me vide le corps, le cœur que ce moment.

Celui où je voudrais relever la jupe de Carine, la blonde de mon chum Matt. Celui où j’ai envie de me branler dans la cuisine, devant les yeux horrifiés de Justine ta best, Roxanne, juste pour faire la chier. Elle est cruche, Roxanne, ton amie. Ça m’agace !

Le moment, où je ne te trouve pas si belle Roxanne et que ça me fait mal. Ce moment où je trouve Matt un peu con, mais que je l’aime pareil et que je me demande si j’pourrais pas me le pogner pour pousser notre amitié, un step plus loin.

À ce moment là, malgré moi, je l’imagine en train de me sucer ou l’inverse et je ne trouve pas ça si horrifiant ou invraisemblable. Il y a le t-shirt de Sarah aussi dont j’ai toujours envie d’élargir l’encolure tellement ses seins emprisonnés dedans, ont l’air charmants. Ils ont si souvent l’air d’appeler MES mains. Je suis certain que Sarah mouille un peu pour moi dans ces soupers là. Ça se sent. La douce ambiguïté non consommée qui chatouillent réciproquement les narines et le creux des entrailles des personnes biens que nous prétendons être, est délicieuse et moralement aphrodisiaque. Elle creuse ma bandaison de manière abyssale.

Je baiserais tout le monde dans ces soupers de toute façon.

Enfin pas tout le monde… Sarah est si drôle qu’elle me ferait bander juste avec ses jokes. Après chaque souper, Roxanne a toujours un petit mot pas fin pour Sarah, mesquin même. Je pense que ma blonde sent mes ardeurs et mes envies de retourner Sarah sur la table et de la prendre par derrière, devant tous les convives en faisant claquer mon bassin sur son cul, sous ses cris de bien être, tout cela en déchirant enfin son petit t-shirt.

-Haaaa. Ahhhaaaaaa.

Petit soupir expiré de suffocation.

Tout ça demeure emprisonné dans mon inconscient et bascule vers le conscient, chaque je bois un peu. Et je bois un peu de plus en plus souvent. Sauve qui peut.

Y’a Isabelle, elle ne me fait rien Isabelle, avec ses petits corsages et ses ongles plein de griffes de couleur pastel. Je ne m’imagine pas lui faire tomber ses fringues et jouer dans son corps. Ça m’ennuierait, je crois bien. Elle est plate cette fille. Jolie mais plate. Conne même. Je la soupçonne d’être un peu raciste et de ne pas s’en rendre compte. Je ne suis pas si con. Elle a une belle bouche qui doit bien sucer, Isabelle, cela dit.

Y’a Dolores, l’amie espagnole, venue vivre le Québec par amour pour Jean-Sébastien, faut quand même être motivé. Ils se sont rencontrés à Tolède. Dolores, son accent et ses hanches me font bander, je m’y agripperais pour y faire entrer et sortir mon sexe d’extase. Je lui ai déjà confessé cela à Dolores, dans un chat un peu tardif. Ça l’a faite sourire et même un peu flattée. Dolores, elle ne se choque pas avec ses conneries là. Ça la rend fucking caliente.

***

Les dérives de conversation nocturnes et même diurnes que m’offre Facebook, avec des filles alléchantes qui ne sont pas ma blonde et auxquelles je m’adonne sont un autre dossier.

-Haaaa. Ahhhaaaaaa.

Léger soupir d’exaspération.

Des heures de conversations fiévreuses truffées de fluides corporels suintant dans les interstices de la communication dite virtuelle. Conversations que je ne prends même plus le temps d’effacer pour échapper à la culpabilité. Je suis con. Ou pas.

-Haaaa. Ahhhaaaaaa.

Si Roxanne les lisait, ces conversations, pleines de fautes d’orthographe, elle me lacérerait, puis me jetterait dans le Saint-Laurent, tout en récoltant du like sur FB, avec un hashtag hyper déplacé du genre #grostatadetroudecul. Ça serait mérité mais d’une bassesse et d’une médiocrité digne de moi.

Ces espaces d’infidélité, donnent pourtant l’impression d’agir en toute convenance et semblent me donner l’illusion de pourvoir me conduire en toute impunité. Plus j’écris l’humidité qui m’habite, au travers de mon clavier d’ordinateur, plus je bande. Et plus je bande, plus ça me fait feeler fort. Et plus je bande.

Cela dit, les hanches à Dolores, on veut tous y déraper. C’est un secret de polichinelle. Dolores est si amoureuse de JS que j’en suis jaloux. Ils sentent le sexe, chaque fois qu’ils viennent chez nous et que j’ouvre la porte ; on dirait qu’ils sortent tout juste d’un coït. Ils ont ce petit glow de l’aftersex qui les enrobe et j’ai envie de refermer, chaque fois, la porte sur eux. En même temps, je trouve cela si beau. JS est mon meilleur chum, j’ai déjà sangloté de chagrin dans ses bras. Tu voix ce que je veux dire. Ok, je suis un peu con.

Mais ce qui me fait flancher ce sont les petits seins et la nuque de Sarah, dévoilée par ses cheveux pas trop longs. Quand elle vient chez nous et qu’elle se sert dans les placards de la cuisine comme si c’était chez elle, je m’imagine tout ce que je pourrais lui faire, tous les endroits de son corps où je pourrais venir et répandre mon foutre, dingue d’être enfermé dans mes couilles. Je m’imagine comment je la décoifferais, comment elle n’arriverait pas à garder sa bouche fermée, tellement mes entrées dans son corps, bat en avant, la ferait vibrer.

Je m’imagine, tout cela Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa, pendant qu’elle coupe des tranches de pain dans notre cuisine au ralenti (au ralenti WTF) et que d’un coup au milieu de mes pensées lubriques, surgit le visage et la voix de Roxanne. Je suis un con. Adios le ralenti.

***

Roxanne, je l’ai déjà trouvé belle, elle l’est encore. Mon chum Vincent, y trippe dessus, ça paraît. Ça ne me dérangerait pas, qu’il assouvisse son fantasme, une fois, juste une fois. Si cela devenait récurrent, je trouverais cela compliqué, même sans mensonge. Je serais un peu territorial d’un coup voire un peu con.

Je me demande si Roxanne, autour de la table, réfléchit, elle, à quelle bite, elle se mettrait bien dans la bouche ou dans le cul, où que sais-je de ses envies soi-disant interdites. On se dit toujours que notre blonde, elle n’est pas comme ça mais, bullshit, je ne suis pas si con.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa

Long soupir expiré, de dépassement.

***

L’année dernière, Isabelle a eu une aventure avec Vincent, ça a fait tellement de marde dans la gang d’amis. Il se sont fait pognés dans un souper et ce chez nous, dans la future chambre du fils que j’ai pas, lui pants à terre, elle bouche pleine. La blonde de Vincent n’a pas supporté l’image, elle l’a quitté sur le champs.

Je me souviens, elle sanglotait et morvait, lorsqu’elle a quitté la maison. On ne comprenait rien de ce qu’elle disait tellement ses pleurs prenaient le dessus. C’était dérangeant. Marc-André, le chum d’Isabelle garde depuis, du ressentiment envers Vincent. Chaque fois, l’alcool aidant, on a droit à des répliques tranchantes aux lames bien aiguisées de la vérité de l’ivresse. On finissait tous par être complice.

L’autre vérité, c’est qu’Isabelle, elle suçait Vincent si bien que ce dernier n’arrivait pas à mettre fin à leur rendez-vous grivois. Elle le suçait comme personne ne l’avait jamais sucé. C’est lui qui me l’a dit. Cette information rendrait fou, Marc-André et l’ex de Vincent aussi, d’ailleurs, dont j’ai oublié le prénom. Tiens, je n’ai jamais eu envie d’elle. Isabelle adorait que Vincent lui vienne dans la bouche. Vincent adorait venir dans la bouche d’Isabelle, la femme de son pote et collègue de travail. Bonjour, le, merdier.

Parce que ça impliquait Isabelle, ça ne me faisait pas vraiment bander. Je me sentais épargné mais c’était un hasard.

Venir dans la bouche d’une fille un peu fascisante sur les bords, ça te fait pas débander Vincent Dostie, que je lui avais demandé. Il avait ri à gorge déployée. On en était resté là. Aujourd’hui, cette histoire avait l’air classé, mais je suis sûr qu’une fois de temps en temps, Vincent se branlait sur la langue d’Isabelle et que Marc-André s’était peu autorisé, une visite ponctuelle de l’entrejambe d’Amélie, parce qu’après tout, il souffrait lui aussi de cette dite trahison. Il avait goûté avec un sentiment de légitimité au sexe d’Amélie et il y revenait encore. Cela faisait qu’après, il baisait Isabelle comme un animal doté d’un appétit sans fond pour compenser sa culpabilité. Tout le monde faisait bien attention d’effacer tous les textos qui sentaient la mouille et tout allait bien.

Tout cela me rendait fou.

***

Je pensais aux seins de Sarah, à sa voix et aux gémissements qui pourraient sortir de cette bouche. Pour effacer, les sons de jouissance de Sarah, qui faisaient s’inscrire sur ma face une expression béate, je pensais aux autres filles. C’était pire. C’est que je pourrais presque me faire pogner la main dans le sac avec cette face là, autour de la table. J’avais envie de baiser, je ne pensais plus qu’à cela, je voulais de la nouvelle chair, des nouvelles chattes, je voulais découvrir et mordre des seins que je n’avais jamais vus et m’enfoncer abyssalement entre les cuisses de je ne sais plus quelle fille. Je me faisais rêver avec des hordes de corps féminins  nus sans visage me désirant à m’en épuiser.

Je pensais à toutes ces filles de notre entourage que j’avais voulu fourrer au moins une fois ou plus, depuis que j’étais en couple.

Sandra, Alexa, Sonia, Josie, Sophie, Malika, Vickie, Dolores… Et Marie. Marie, je n’étais jamais sûr, mais je faisais souvent des wet dreams avec elle dans lesquels elle était très active, où elle me faisait jouir comme un diable, alors je ne peux que la mettre dans la liste. Mon subconscient n’avait pas besoin d’alcool, lui, pour accéder à la vérité, je suppose.

Marie est encore célibataire et toutes ses amies la critiquaient à ce sujet. Marie faisait ce qu’elle voulait. Ce qu’elle pouvait.

Si, elle m’avait voulu, j’aurais fait tout ce que je peux pour elle. D’ailleurs Marie n’est pas là, ce soir. Il me semble qu’elle était attending, pourtant. Bizarre. Je la croiserai sûrement quand Morphée me donnera un break humide. J’ai presque hâte. Dans ces zones de rêveries, je peux tout, venir et me déverser sur qui me plaît. Je pense que je suis venu sur presque toutes les parties de son corps et cela sans être infidèle.

-Haaaa. Ahhhaaaaaa.

Petit sourire de soulagement.

Dans ces rêves là, Marie n’était pas toujours là où  je l’attendais, elle n’avait pas la langue dans sa poche. Et j’aimerais justement qu’elle la fasse glisser sur moi. De plus, elle me fait rire presque autant que Sarah. Et donc Bander ! Marie me fait donc bander autant que Sarah… Merde. Au moins, je ne crois pas lui plaire et le mec qu’elle n’a pas, n’est pas mon chum. Je ne pourrais pas me pogner avec.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré de confusion.

Reprendre son souffle.

Des fois ces filles, m’émouvaient, des fois, elles me faisaient juste bander, des fois elles me titillaient le nerf qui va du bat au cœur… C’est difficile de faire la part des choses. Et il y a Roxanne que des fois, je baise bien, des fois, je baise mal. Et que même des fois, je ne baise pas.

Je m’essoufflais, de tous ces culs plein d’esprit que se faisait se brandir mon bat.

Quand donc cela, allait-il me passer ?

Jamais j’espère.

Je me mindfuckais.

***

C’est donc, le moment de la soirée, où je me grille une clope dans notre cours arrière de Villeray pour me refroidir les ardeurs, le bat au frais et retrouver l’esprit digne de mon style de vie : un gars un peu con comme les autres.

Je me nicotine devant mon triplex bien au frette.

Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Longue expiration de fumée de cigarette.

Reprendre son souffle.

***

Je retourne m’asseoir et il y a cet autre moment où sous la table, mon bat se gorge aussitôt de sang parce que je pense à Sarah et Marie, tiens aussi. Un deux pour une.

Toutes y passent. Je me projette. J’ai envie de venir partout, tout le temps.

Alors, je retrouve Roxanne dans la cuisine, libidineux et alcoolisé, je la frenche et la tripote avec cette hargne qui m’habite. Je suis bandé comme un tendre salaud pour sa plotte chaude et souvent accueillante que je presse en refermant ma main. Ça plait à Roxanne. Marc-André entre dans la cuisine à ce moment là. On a encore l’air du couple parfait, pétri de désir et de love. C’est vrai et c’est faux.

Je pense au chum de Sarah, Philippe, aux seins de Sarah que j’ai presque déjà vus, au chalet à Saint Adolphe d’Howard. Phil, il me pèterait le nez, s’il savait, ce que je veux lui prodiguer, comme médecine à sa blonde. Dans le mensonge par omission, on s’entend très bien, par contre. Il est ben cool.

Comme je suis con et dégoulinant d’orgueil, j’entoure Roxane de mes bras, sirupeux d’amour, je l’aime quand même Roxanne.

Vanessa, arrivée, entre temps, pour le dessert, nous salue dans la cuisine. Je suis toujours enlacé à Roxanne pendant qu’elle est en train de fignoler notre tarte tatin. Vanessa, nous trouve, avec un niveau de décibel aigu « sooo cuuuuute ». Elle nous poste sur les réseaux sociaux. Roxanne est heureuse, ses joues sont roses, elle est vraiment cute. Je me trouve con. Vanessa montre la photo sur son téléphone à…

Marie qui hausse les épaules.

-Allo Marie ! Dis-je d’un ton coupable.

Marie est bandante ce soir et merde, merde merde. J’ai le diable au corps et ma bite est une antre pour démons.

-Haaaaaaaaaaaaaa petit soupir ravalé.

Alors que les filles quittent la cuisine, je chuchote des trucs lubriques dans l’oreille de Roxanne. Roxanne, flattée, me fait remarquer que je bande. Elle sourit.

Puis il y a ça, balbutié, qui sort  de ma bouche :

-As tu déjà songé à me tromper, Roxanne ? ? Ou plutôt t’es tu déjà retenue… de ?

Au secours… Sauve qui peut, encore.

Elle se retourne, place ses mains amoureusement, autour de mon visage et plonge ses yeux le plus profondément qu’elle peut dans les miens. Elle croit lire dans ma question (une sorte de confession hara-kiri), de l’insécurité, de l’insécurité, allo !?!

Elle me console trop tendrement. Mais quelle conne ! Quel con ! Au secours !

Quitter Roxanne pour ton recommencer avec Marie ou Sarah ou whathever quelle autre, mais pourquoi ?

Si je vivais avec Sarah, c’est peut être Roxanne que je voudrais tringler et espionner dans ses petits moments adorables de quotidienneté, auxquels moi seul, aurais droit. Je veux être spécial. Ce narcissisme me perdra.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré d’agacement.

Je n’ai plus de souffle.

***

De nouveau à table, Roxanne entre dans la salle à manger avec cette magnifique tarte tatin, dont la dorure des pommes fait saliver. Tout le monde s’enthousiasme pour le dessert. On le sait que Roxanne torche en sucrerie. Roxanne a les joues rosies de fausse modestie. Elle est trop adorable Roxanne quand elle est fière. Je vois Matt, transperçant du regard Roxanne. Matt semble sensible au sucre, on dirait. Il désire clairement Roxanne à cet instant et il baisse les yeux parce qu’il sait que je l’ai pogné. Il relève finalement la tête et me fait un clin d’œil. Qu’on est con. Je me ressers un verre et prends une bouchée de pomme. Quelle extase que ce sucre caramélisé.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhaaaaaa.

Soupir de confusion gourmande.

Je n’aurais jamais les couilles de faire des avances à Sarah. Ou à une inconnue. Plutôt je n’aurais jamais le courage de ne pas lui faire d’avance, à cette inconnue.

Reprendre son souffle. C’est dur de ne pas être con. Quand est-ce qu’on est con d’ailleurs ?

Je remprends une bouchée de tarte aux pommes.

Les filles nous pensent lâches et faibles, face à la chère mais je me sens assujetti et prisonnier de la testostérone qui me rend comme lobotomisé face à un décolleté, une hanche ou à l’ouverture d’une bouche, à la lueur du fragment d’une langue saliveuse et du bruit qu’elle fait. J’ai l’air d’un cave en disant cela mais je mets au défi toutes filles de vivre sous l’influence de cette maudite et délectable hormone. Pourquoi ne pas vouloir flancher pour la beauté du désir, une nuque, la pointe d’un sein qui se raidit contre un filet de courant d’air, ou bien une fille cuisses écartées comme une volaille de l’épicerie, avec des cheveux jaunes stroumphette et des lèvres sursiliconnées rose glacé. Après tout.

Des fois, j’ai envie de devenir un méga-gros-con assumé, faire un genre de coming out et me branler sur des pétasses vulgaires, aller aux danseuses tous les vendredis en pleine après-midi, avoir des comportements sexistes pis réussir à m’en crisser.

Finalement quand je reprends mon souffle, je me rends bien compte que ce n’est pas du tout ce que je veux. Ce n’est pas ce genre de con là que je peux viser, mais reste que des fois…

***

Si cette succulente tarte tatin, pouvait tous, nous aider à ce que ce souper se transforme en partouze, je pourrais venir en toute impunité sur les blondes de mes chums et amies de ma blonde et sortir de cette impasse sans faire d’efforts.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré débilitant d’aliénation.

Va quand même falloir que je sois capable de voir mes chums baiser ma blonde.

Et voir dans ses yeux qu’elle aime ça, pendant que je tringle Marie et que Sarah se touche.

Je m’enfourne encore en bouche de la tarte.

Ensuite je pourrais replonger mes yeux dans le regard de Roxanne pour que ça me rende encore plus horny alors que Matt la pénètrerait violemment en explosant et faisant voler les restes de tarte tatin.

Câliiiiiisse que c’est compliqué !

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Je sens un souffle dans mon cou, je sursaute, alors que tout le monde s’affaire autour de la table. La musique envahit la pièce, les corps vont commencer à danser. Nice, le party est pogné.

-Ça va Antoine ? Me souffle Marie sur la nuque. Devant mon air ahuri, elle réitère. Je vois Sarah du coin de l’œil qui parle à Roxanne. Je deviens un peu fou.

-Ça va ? Allo Antoine ? T’as l’air weird !! Viens !

Je la suis bêtement parce qu’elle me tire par la main.

***

On va dans la salle de bain, Marie aligne deux traits de poudre.

À toi l’honneur qu’elle me dit. Je renifle le rail.

Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré de soulagement.

Marie s’en met dans le nez à son tour.

-Bon qu’est ce que t’as Antoine Poinel ?

Fuck, j’ai pas envie d’être lâche et de répondre « rien ».

-J’ai envie de baiser, de te baiser c’est tout ! Lâché-je

- Mouais, me répond-elle, comme habituée des bassesses libidineuses des gars qui l’entourent…Même si au fond le désir peut la flatter.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa. Je me sens dans un film porno je veux toutes vous baiser, ça me rend dingo….mais je ne veux pas que ma vie soit un porn…Je bande tout le temps et j’ai tout le temps envie de bander. Et ça me fait encore plus bander. En même temps, ça me met en tabarnac et pour me calmer, j’ai envie de fourrer. Et fourrer ben, ça me fait b…

Marie rit. Ça me fait fondre. Puis elle me questionne en rafale :

-T’es plus en amour avec Roxanne ? Ou avec votre mode de vie peut être ?

Elle me demande tout cela mais elle s’en fout des réponses. Les questions qu’elle pose ne s’adressent qu’à moi, au fond.

- Tu as changé peut être, ou c’est elle ? Tu t’ennuies ? Roxanne a un amant ? Elle suce mal ? Tu cherches un trip à trois ? T’as déjà baisé avec un gars, je veux dire t’as osé ?

Elle me bombarde de questions mais elle s’en fout et je voudrais m’en foutre comme elle.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

-Blablabla… Bref, tu connais la ritournelle Antoine. Ce n’est pas la première fois que tu te chantes la pomme, qu’elle ajoute.

-Marie, j’ai plein de tiroirs, je lui confesse en chuchotant

J’ai l’air d’un weirdo, je pense. Elle ne s’en formalise pas.

-Et tu veux que ce soit moi qui les ouvre. Tu trouves pas que t’exagères Antoine. C’est un peu lâche, non ?

-Haaaaaaaaaaaaaaa, je baisse la tête comme un gros naze. Je suis flippé mais je suis seul dans cette pièce exiguë avec Marie qui feinte d’être sereine et qui m’a très bien compris. Je n’ai pas envie de passer à côté de ce moment là. Je suis tanné de passer à côté des choses, bonnes, biens ou mauvaises. Des mots, dans le désordre à la façon des onomatopées dans les BD, poppent dans ma tête : simulacre, sexe, amour, boulot, voyage, seins, égarement, mes couilles en feu, pipe, infidélité, tiroirs, pipe, langue, french, pipe, tiroirs tiroirs,, pipe, pipe et pipe et tarte tatin. Je pense à mon bat dans la bouche de Marie. Fuuuuck. C’est comme si je me liquéfiais.

-Haaaaaaaaaaaaaaa immense sourire de rébellion sérigraphié dans ma face.

J’ai envie de me faire pogner les culottes à terre, pour une être un con, officiellement, qu’on en parle plus !

-Haaaaaaaaaaaaaaa haaaaaa hahahahaha HAHAHAHA…. Soupir diabolique.

J’attrape Marie qui partait, délicatement par la nuque. Je colle brutalement mon bassin dans ses reins. Elle sursaute mais demeure passive. Je veux m’assurer de son consentement. Je ne veux pas être n’importe quel con. Sa main glissante sur la bosse de mes jeans, me donne la réponse, convoitée. Je la pogne cette fois par les cheveux. Elle aime. On a chaud.

Jai l’impression d’être dans un de ces rêves que je fais la nuit, une parenthèse, quelque chose de pas relié à la réalité, donc. C’est plus facile. Je me cache derrière mon désir « testostéroné ». Si un jour, je dois passer aux aveux devant les preuves du délit, je me souviendrais que ça valait crissement la peine. En effet, mes mains sont désormais sur ses seins pointés et durs, comme mon bat.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré de régalade.

Elle tourne la tête dans une contorsion motivée et je l’embrasse dans un baiser crasse. Tout goûte la tarte aux pommes de Roxanne. Sa langue caramélisée cristallise cette parenthèse. Go Antoine Poinel, me dis-je !

-T’es sûr, me chuchote-elle ?

- OH OUIIIIIIIII !

J’ai juste envie de parler avec des émoticones tellement, ça me tente.

Elle m’offrait là, ma dernière chance, alors si je suis sûr, je suis tellement sûûûûûûuuur. Je glisse ma main entre ses jambes pour le lui dire.

J’entends la musique du salon, au loin. Pas si loin. Et le rire de Roxanne.

Ma main, elle, continue son exploration. La chaleur et l’humidité du corps de Marie, me font tout oublier. J’enfonce mes doigts dans le délit et ça me colle un sourire d’extase dans la face qui n’échappe pas à Marie.

Pourquoi me priverais-je de toutes les opportunités.

J’ai envie d’aller vite. Je suis impatient comme un adolescent submergé par son enthousiasme mais habité par mille conditionnements, dont la culpabilité et une envie de fourrer colossale. La sensualité que dégage le corps de Marie me rappelle à l’ordre. Et je veux aller vite, trop vite. L’odeur de sexe s’élève dans la pièce, vite, elle aussi. Je veux dévorer ce moment, comme un ogre qui croque dans les flancs tièdes de vie, de sa victime crue. Mes lèvres se décousent malgré moi du cou de Marie, sa bouche chaude glisse sur mon pen, ça va vite, très vite. J’ai à peine le temps de computer les sensations, qu’elles s’accumulent et débordent de tous mes pores de peau. Ça va vite. Jamais une pipe faite entre deux portes ne m’avait apporté autant de feeling et de fébrilité. Marie, rit de mon hypersensibilité. Je dois avoir l’air d’un con mais je m’en bats les couilles, enfiiiiiin… Je me fais sucer par une nouvelle bouche et je déguste. Je regarde les lèvres de Marie se déformer en allant et revenant sur mon sexe. Je me sens très fort. Je perds le fil, pris entre mes réflexions faites à voix basse, les ardeurs de mon corps et mon envie de ne pas me ternir. Je voudrais finalement que cette cachette soit une vitrine. Alléluia mon gars ! Et mettons, que je vivais un moment d’égarement, j’allais retrouver le dit droit chemin dès lundi. Enweille, Marie suce-moé même si je suis un gars sans architecture.

-Bouge pas, elle dit et elle s’en va.

-Noooon.

Vite, faut que ça aille vite. Reviens Marie, ne me laisse pas la trique entre les mains, Me dis-je. La garce, elle m’a bien eu, moi qui la désirais tant qui l’aimais même un peu. Too bad, je me branle, je ne peux pas me retenir. J’ai envie de venir partout et répandre mon foutre là où ça me chante, si ça me chante. Je fais aller ma main frénétiquement et je pense aux seins de Marie que j’ai presque croqué compulsivement et à la clôture que je n’ai pas sautée. Je ne suis pas un con. youpiiii ! Youppiii ??? Je délire complètement.

Où est Roxanne ?

La porte se ré-ouvre arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa meeeeeerde… C’est Marie, elle porte le visage luisant et moite de l’excitation. Je souris au travers de mes secousses, impossible d’arrêter ma branlette. Je suis possédé. Elle me voit, voulant expulser ardemment le fluide de mon purgatoire.

-Pas classe ça, Antoine. Et moi ? Dit-elle, quand même en souriant.

Jai l’air d’un con et sa désinvolture me fait définitivement flancher de vrai désir pour elle.

Marie me glisse dans la main, le petit carré qu’elle est allée chercher. Elle se place entre le lavabo et moi, fait descendre ses jeans. Je m’arme du préservatif. Marie et moi, nous nous regardons depuis le miroir pendant que je fais glisser sa petite culotte, salement humide. Là, d’un coup je prends mon temps. Je lis sur le visage de Marie, dans la glace, tout ce qui s’en vient. Ouch.

La porte n’est même pas verrouillée.

Je m’enfonce dans Marie.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir de soulagement.

Pas le temps de reprendre son souffle.

Marie et moi nous nous regardons encore, toujours dans le miroir, les yeux bien ouverts et plantés dans ceux de l’autre. Ça me rend foouuuu. J’en oublierai presque l’existence de Roxanne. Je ne saboterai pas ce moment. Marie, toujours attentive doit sentir cette seconde d’égarement dans l’égarement. Elle accélère donc la cadence en enfonçant brusquement son cul dans mes hanches. J’agrippe mes mains autour de sa taille et ma vue est : M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E !

Alléluiiaaaa, Alléluiiaaaa, Alléluiiaaaa, le ralenti, les chants grégoriens, Gloria Gaynor, la voie lactée, les feux d’artifice ou même des confettis, je m’en tamponne. Je rentrais et sortais de Marie, son cul aux premières loges.

Je bavais des yeux, Je bavais de la bouche, je bavais du gland, et j’étais baveux. Je le voyais dans mon reflet alors que je m’enfonçais de délectation dans le corps de Marie. Bang, bang, bang.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Marie, elle s’en fout de se faire pogner ou de ce qui peut arriver. Ça me fait rêver. Et de nouveau, j’ai envie que ça aille vite, très vite. La cadence de l’ogre reprend. Ça va aller très vite. J’alterne ma vision entre le cul de Marie, mon bat trop souriant qui pénètre Marie et son visage crispé par le plaisir, foutu miroir. On va se faire repérer, tellement on cogne nos corps sur le lavabo. On étouffe nos gémissements mais le party est pogné dans nos corps.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Longs soupirs de soulagement, chuchotés à l’unisson.

Ça va viiiiite. Faut que ça aille vite ! Marie glisse sa main entre ses jambes et accélère le processus. Je m’en donne donc à cœur joie dans la secousse. Je lis sur son visage que les spasmes de l’orgasme s’invitent. Une secousse, deux, de plus et c’est moi.

Longs soupirs de soulagement, expulsés en canon.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

-Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Chacun met sa main sur la bouche de l’autre.

 Cut to :

Je suis assis dans le sofa du salon, l’œil inquisiteur. Je pense à la testostérone, cette hormone qui me rend généreux. Je souris. Je savais que ce serait bon avec Marie, je l’avais baisé tellement souvent dans mes nuits de sommeil et j’avais maintes fois recommencé. Mes doigts sentent Marie, je suis incapable de les laver. Je veux garder la preuve que mon incartade n’était pas qu’un songe dans une phase de sommeil paradoxal. C’était court, ça facilite la conscience. Je me trouve hot, connecté, en adéquation avec moi même. J’ai presque tout fait pour me faire pogner et Roxanne ne voit pas. Sti que chuis hot. Pourquoi donc ? Sarah est encore là, ses petits seins aussi. La vibration de Marie est encore sexuelle, tous les amis sont là. Il dansent, ils rient, ils jasent, il se checkent.

C’est ben compliqué être soi, plus facile d’être un peu con.

Je me languis le prochain souper.

Haaaaaaaaaaaaaaa. Arghhhhhhhhhhhhhaaaaaa.

Long soupir expiré.

Reprendre son souffle.

Après-demain, c’est lundi.

 

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

1 Comment

  1. Saturne
    March 31, 2016

    TELLEMENT vrai. Magistral

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