JE NE SUIS PAS UNE PRINCESSE

Illustration de Mathieu Potvin

 

La main dans la main, les yeux dans les yeux… même dans les contes de fées, ça ne m’a jamais fait rêver.

Ce soir-là, dans ce bar tout ce qu’il y avait de banal, je crois que tu l’as compris tout de suite. Ça doit être un truc qu’on dégage, malgré nous. Parce que moi aussi, j’ai compris tout de suite que les princesses, ça ne t’intéressait pas.

Tu marches derrière moi, juste derrière moi, dans ce couloir d’hôtel anonyme. Je sens ta main qui se pose sur mes reins. Je frissonne. C’est électrique quand tu me touches.

Une vague connaissance nous a présenté. Je n’écoutais pas vraiment. Je te regardais. Quelques mots échangés, dont je ne me souviens plus. Une politesse de façade alors que nos ventres, déjà, s’appelaient sans qu’on leur ait rien demandé. C’est étrange, cette façon qu’ont parfois les corps de se reconnaître quand les âmes, elles, font du sur place.

Je me retourne, tu es déjà contre moi. Tu m’embrasses. On se répond, vite. Mon corps se tend, mes épaules se redressent, ma cambrure s’accentue, instinctivement. J’ai envie de toi.

Pendant un temps, je t’ai perdu. C’est comme ça, les soirées, on papillonne, on s’exalte, on ne veut pas se poser. D’autres regards, d’autres présentations. Mais pas de flash. Pas d’envie. Je ne venais pas là pour ça de toutes façons. Je n’avais même pas une seule idée toute faite. Je venais juste me perdre.

Il nous reste quelques pas à faire avant d’arriver dans la chambre. Tu me prends la main, sans me regarder. Je me laisse faire. Tu ouvres la porte.

Vers minuit, je m’ennuie. Je pense rentrer. Tant pis, une autre soirée comme ça. Je t’aperçois là, près de l’entrée. Je croyais que tu étais parti. Tu parles avec d’autres gens. Je veux te dire au revoir, capter encore une fois dans tes yeux cet éclat qui m’a fait me sentir libre. Même si c’est fugace. Même si ça ne compte pas. Alors que je m’approche de toi, tu lèves les yeux et tu me regardes. Je crois que je ne me rappelle pas de ton prénom. Mais quelle importance, au fond ?

Tu n’allumes pas la lumière. À peine entrés, tu me colles contre un mur, mes mains s’accrochent à ta nuque. Tu enlèves mon haut. D’un geste. Je n’entends plus rien d’autre que nos souffles qui s’accordent. Ça vient du ventre. Je te déshabille aussi vite. Presque rageusement. Je veux sentir ta peau contre la mienne.

« Tu t’en vas ? » Ta question n’appelle pas vraiment de réponse. Je te souris. Un peu vaguement. Je n’ai pas envie de parler. Pas besoin de background ce soir, pas besoin de décor. Pas besoin de vanité ni d’orgueil non plus. On ne va pas se faire de promesses, mais juste se dire de jolies choses. Des mots-pansements dont on ne sera pas dupes. C’est simple, et c’est direct.

« Je peux venir avec toi ? » Il n’y aucune malice quand tu me demandes ça. C’est pur. On se comprend. Je te souris plus franchement, cette fois. « Oui, tu peux. » Parce que ce soir, ce sera comme ça. Sans mots, sans explication, sans compte à rendre. Deux inconnus qui n’ont besoin de rien d’autre pour se connaître le temps d’une nuit et se faire du bien.

La pénombre encore. Je devine ton corps sous mes mains. J’ai envie de toucher chaque endroit de ton corps. Ta bouche a quelques millimètres de mon oreille. Ta voix rauque. « Tu m’excites ». Ça me rentre direct en bas, sans détour par le cerveau, encore moins par le cœur. 

Tu me dis que ton hôtel n’est pas loin. Sur le trajet, on échange quelques banalités, c’est même agréable. Mais nos pas nous trahissent. On marche vite. Nos yeux brillent. On se frôle les bras, les mains en faisant semblant que c’est accidentel. On se fait même rire.

J’ai faim. De tes mains sur moi, de ta bouche sur mes seins, de tes doigts en moi. Je veux t’avoir dans ma bouche, maintenant. Parce que j’ai tout oublié. Parce que là, précisément maintenant, il n’y a plus rien d’autre que mon désir.

Je ne me souviens toujours pas de ton nom. Dans une autre vie, ça m’aurait dérangé. Pas ce soir. Pas cette nuit où plus rien n’appartient à la logique, à la décence. L’oubli me va bien. Ce soir, je ne suis pas moi. Et tu le sais.

Je n’ai pas besoin de lumière pour sentir que tu me regardes, que tu me désires. Tu es dur. Je sais ce que tu attends, mais je veux que ça dure. J’embrasse ton nombril, je lèche, je mords. Je prends mon temps. Tu me demandes de te regarder. Ça me rend folle. Je ne peux plus attendre. Je te prends dans ma bouche. Ta main dégage mes cheveux et les retient en arrière. Tu veux me voir et j’aime ça. 

Tout s’accélère. Arrivée devant l’hôtel. Un dernier regard échangé pour sceller l’accord. Entre la fièvre et l’interrogation. Pourquoi faudrait-il plus ?

En me prenant dans tes bras, tu m’allonges sur le dos. Tes doigts me fouillent pendant que tu continues à murmurer dans mon oreille. Tes mots. Je n’ai jamais autant mouillé. Nos corps se comprennent à la perfection. On veut se faire du bien. Tu viens ajouter ta bouche à tes doigts et je ne peux plus retenir mes cris. Je te dis que c’est bon, que j’aime ça, que tu dois continuer. Tu sais que je vais venir et tu fais durer. Tu t’arrêtes, tu te relèves, tu me regardes en souriant. Tu veux que je te le demande. « Fais moi jouir ». Tu continues à jouer, tu caresses mon ventre, mes cuisses, la tête encore entre mes jambes. Tu souffles doucement, avant de replonger, avec une avidité qui me fait perdre la tête. Je viens vite. Presque sans respirer. Et tu n’attends pas pour te glisser en moi. Bien au fond. Je ne suis plus là. Plus vite, plus fort. Tes mains ont l’air d’être des millions. Ton corps est lourd sur le mien, mais je ne me suis jamais sentie aussi légère. C’est maintenant.

Je me suis réveillée, le corps encore lourd de ton odeur. Je pense que c’est ton odeur, d’ailleurs, qui m’a fait perdre la tête. Un truc animal, qui ne se contrôle pas. De l’envie, du désir. Sans filtre. Juste parce que c’était toi, juste parce que c’était moi. Et que pendant une nuit volée à tout le reste, on s’est tenu chaud. Pourquoi ça devrait être triste ?

Quand tu t’es réveillé, pendant quelques secondes, je n’avais pas envie que tu sois là. Il faisait trop clair. J’aurais voulu que la nuit soit éternelle. Qu’on se remplisse encore.

Tu m’as souri, j’ai frotté mes yeux et j’ai eu envie de toi. Encore. Malgré la clarté. Malgré le jour. Et j’ai compris que je ne serai plus jamais une princesse. Ni autre chose. Juste moi. Et que ce serait peut-être même avec toi.

-M.R.

M.R

 

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