Illustration Véronique Côté

Illustration Véronique Côté

À ce moment là, on sortait pas encore ensemble. Je savais pas qu’il allait être con, qu’on allait habiter ensemble, je savais pas qu’il viendrait 4 noël de suite dans ma famille, moi deux dans la sienne. Je savais pas qu’on allait s’aimer beaucoup,  qu’on allait partir en voyage, je savais pas qu’on allait se chicaner beaucoup, pis pas à cause du ménage. Bref, on se fréquentait même pas, on se voyait.

 

Deux semaines après un jour de l’an chez des amis où j’étais bien (extrêmement bourrée), je reçois un friend request sur fb. Un dude du party. Le gars, j’le connais pas, mais on avait 4 amis en commun, dont un sur qui j’avais le kick. Fac : accepter ou refuser ? Accepter.

Première date :

Il m’invite à souper, j’ai rien à perdre, j’suis célibataire, pas endurcie, juste dans une bonne passe, c’est le début du printemps, tsé. Au pire j’m’emmerde et j’me fais payer à souper, au mieux il s’avère à être nice. Bonus, si c’est le cas, ma coloc est partie dans un chalet avec sa famille. J’ai l’appart pour le weekend.

Il est effectivement nice, mais pas de bonus, je fais ça comme une lady. Je me fais payer à souper et je rentre chez moi, seule, avec le sourire. Je l’avoue, prendre soin de le laisser en plan faisait finalement un peu partie du calcul.

 

Deuxième «date» :

Il me texte le score du Canadien. Faut pas être une fille dans c’temps là et penser à c’que ça veut dire, c’est juste cute, j’le prends. Il vient de penser à moi au moment où généralement les filles peuvent descendre de 4-5 positions sur l’échelle des priorités. Il me fait rigoler pour la deuxième fois, c’est bon signe. N’importe quoi pour exister chez l’autre. Devenir tranquillement un désir chez lui me fait du bien à l’âme.

 

Troisième date :

Une invitation de vrai souper, chez lui. La game a changé, on sait qu’on se plait. Ça fait pratiquement 2 ans que j’suis célibataire et c’est le premier rancard où j’ai ce qui ressemble le plus à des papillons plutôt qu’un mal de ventre.

Mois de mars plutôt frette, je glisse sur une plaque de glace noire sneaky en talons semi-hauts dans ma jupe plutôt moche juste devant chez lui. «Pas grave»… Je suis dans une bonne passe. Je monte l’escalier jusqu’à son appartement tout en replaçant mes collants et mon égo.

Il m’a fait des pétoncles. Avec un sourire de débile légère je dois lui balancer que je suis intolérante aux fruits de mer. J’le fais chier, il fait une moue plutôt craquante, il me fait des pâtes.

Plusieurs cloppes et bières de fin de souper plus tard, il se lève et me lance que LUI va écouter un film. Il faut jouer la game au complet,  je lui demande si j’suis invitée. Son petit sourire en coin me rassure en m’invitant à le rejoindre sur son sofa. On n’est pas encore habitué l’un à l’autre. J’sais bien que c’est le genre de moment où j’ai le «droit» d’approcher mon corps du sien, mais les règles sont ce qu’elles sont, on doit y aller doucement. Je tousse, j’en profite pour me rapprocher d’une fesse. Je baille, j’en profite pour me canter un peu vers lui. Il profite de rien pantoute et penche mon « un peu » vers lui en glissant sa main du haut de mes épaules jusqu’à mes hanches. Je m’accote sur lui en déposant ma tête sur ses cuisses.

Ses doigts qui se donnent des airs de pas par exprès effleurent le peu de chair à découvert  entre la fin de mon chandail et le début de ma jupe. De toutes petites caresses qui ont tout de même réussi à me faire mouiller ma culotte. Mais tellement, au point que c’en est devenu gênant. À ce moment là, c’était un peu clair qu’on allait faire le sexe, mais ça avait pas de bon sens être trempe avant même qu’il ait mis une main dans mes culottes.

Il va penser que j’ai un problème de glande ou quelque chose de similairement embarrassant. C’est sûr que j’veux me démarquer des autres nymphettes qui sont passées par son appartement avant moi, mais pas pour un problème de glande cibole!

J’arrête de paniquer un instant, pis j’essaye de me concentrer sur le dvd qu’il vient de mettre et plus particulièrement sur la belle face de Léo. On écoute Celebrity. Sa collection de Woody était évidement à l’honneur dans sa petite bibliothèque.  Les autres films qui n’ont pas gagné le concours du potentiel de cruise, genre deux trois Fast and Furious, étaient un peu cachés derrière les Coen. Moi, j’vote pour dire que c’est un signe qu’il est en mode séduction.

C’est à peu près là qu’il a mis fin à mon calvaire sensible et humide en m’embrassant. Sa bouche m’a réchauffée l’intérieur des lèvres jusqu’au bas de mon ventre. C’était  la première fois qu’on s’embrassait comme ça. Un mélange franc de langue et d’envie.

Ce qui est cool avec les apparts sur le plateau, c’est que seulement deux pas sont nécessaires pour changer de pièce. Donc, après trois zigzags de bouches collées à 4 jambes, il me fait descendre sur son lit en me gardant fermement collée à lui. Sa main dans le bas de mon dos et ses hanches collées au miennes. Je remonte nerveusement jusqu’aux oreillers en m’appuyant sur mes coudes ce qui présente ma poitrine à sa bouche. Il glisse sa main du creux de mon dos  jusque sous ma jupe pour venir y saisir mes fesses. Il enlève enfin ma petite culotte éponge et passe sa main dans ma chatte. Même si son sourire se veut excité, j’peux pas m’empêcher de lui sortir une excuse de conne genre :

«j’viens de changer de pilule, hormones, blablabla tsé c’est pas toi qui me fait mouiller de même(…)».

Il s’en fiche tellement.  C’t’un gars pi y’a une fille giga lubrifiée dans son lit.

Du haut de ma bullshit de face qui dit n’importe quoi,  il m’interrompt enfin en plongeant sa bouche entre mes cuisses. Il dépose ses lèvres en contournant habilement sa cible jusqu’à venir  étendre l’entièreté de sa langue sur le haut de mon clitoris. Seuls les érudits du corps de la femme savent par où commencer l’art du cunnilingus. Lui était scolaire, étudiant devenu professeur. Il étendait son œuvre avec des lapements lents et langoureux. J’m’entends encore lâcher quelques fuck bien sentis. Trop excitée, je bascule et je jouis en anglais, ça arrive… Cambrée sur le lit à lancer des forts chuchotements grossiers, j’aurais fait une bien drôle de porn star. J’devais franchement plus avoir l’air de la petite fille de l’exorciste. J’étais loin de pouvoir gérer discrètement le film où mon clitoris détenait le rôle principal, my bad, on a clairement réveillé les voisins.

Lorsque ceux-ci ont abdiqué au sommeil en allant écouter la télé, on s’est vraiment laissé aller.

Après que le cunnilingus n’ait évidement pas aidé ma lubrification non modérée, il lui restait qu’un habile petit coup de bassin pour faire pénétrer son membre en moi. Continuer à me faire jouir en faisant disparaître l’écart entre nos deux corps. Il faisait chaud, c’était bon. Sa face s’est brièvement décollée de la mienne pour me jeter un furtif coup d’œil. J’étais gênée qu’il me regarde jouir, donc je me suis camouflé le nez derrière son biceps. Je le savourais en le caressant avec mes lèvres. Tendu, dur et doux, il avait un goût légèrement salé. À moitié couverte, je pouvais enfin laisser aller tout ce que le coït a de meilleur à offrir. J’en avais beaucoup à dire… jouir.

Le souffle encore haletant, j’ai osé le regarder. J’ai aperçu son adorable fausette qui venait de le trahir.  Il me regardait lui aussi avec ses joues rougies. On aurait dit qu’il venait tout juste de gagner la loterie des dons de clairvoyance. Moi et lui, on formerait une équipe sexuelle de la bombe. On allait passer les prochaines semaines à juste penser à se prendre, partout, tout le temps.

Être l’un dans l’autre, pour la première fois, c’est ce qui venait de se passer. J’aurais pas à attendre 3 jours avant de le rappeler. 3 jours ça semblait déjà une éternité…

Le corps et l’esprit sont quand même bien fait. On dirait qu’il y a des mécanismes  qui nous font rapidement oublier à quel point ça peut être bon autre chose que le thrill de baiser des amants ou des inconnus.  J’ai fait l’amour. En fait,  j’ai refait l’amour.

 

-Banderas

banderas

 

 

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