Illustration de Antoine Charbonneau-Demers

Illustration de Antoine Charbonneau-Demers

 

 

 

J’suis prof.
Chargé de cours, s’cuse. Encore tout vert, une jeune pousse du printemps un an passé. Étudiant acharné, j’ai jamais pris de sabbatique pour aller me ressourcer à Bali, Bilbao ou au Liban. J’ai fait toutes mes études d’un coup et me suis engagé dans le chemin pour devenir prof, comme je le voulais. Résultat? Je suis pas tellement plus âgé que la majorité des étudiants.

J’suis célibataire et assez regardable, je crois. Pis des belles filles en communication à l’UQAM, y’en pleut. Je subis malgré moi un teasing game avec plusieurs étudiantes en même temps, pis ça prend du doigté pour gérer tout ça. J’me suis juré de pas succomber. Ben…en tout cas, pas aussi tôt dans ma carrière. Faque j’ai établi un stratagème….ha! Pour qui j’me prends? J’me branle avant de donner un cours, voilà mon stratagème. Mais tsé, ça fonctionne, ça me calme les nerfs.

Ça fonctionnait*. Avant que je te croise au Yer Mad, vendredi passé. Anormalement chaude pour une soirée d’avril. On a engagé la discussion, déjà éméchés, aux abords de la table de babyfoot. Tu m’a crissement surpris avec tes garnottes de la défense, pourtant ma spécialité. PK Subban contre Sheldon Souray, qu’on disait, entre les shots de Jägermeister pis les remarques baveuses sur ce nouveau printemps étudiant qu’on sait condamné à foirer. Je me rappelle avoir été charmé par ça. Les étudiants sont tellement fucking naïfs, trop souvent, pis j’ai tellement aimé pouvoir déployer mon plein cynisme avec toi que… que… on a parlé de quoi d’autre, déjà? J’aime vraiment ça, le Jäger. Pendant deux heures, on est passé du rapport inégal étudiante/prof à la meilleure paire de Jäger-buddies de tout Montréal.

Long story short, avant la sortie des bars, je t’éjaculais dans la bouche, à mi-chemin dans l’escalier qui mène à ton appartement.

Tu m’as ensuite dit que ce serait mieux si je restais pas à dormir : ta coloc est aussi inscrite à mon cours. On a fumé un joint pis j’suis reparti, marchant un peu croche, riant de piétiner si joyeusement mes principes.

Le vendredi d’après, on se retrouve ici, dans le local de classe. Ton idée. (J’ai dû m’échapper au Yer Mad pis avouer que mon plus grand fantasme était de baiser dans une salle de classe). J’suis posté à la fenêtre, bras croisés, avec vue parfaite sur le parc Gamelin qui grouille de manifestants – la manif de soir promet, mais j’y suis un peu indifférent. Le printemps est pas tellement chaud à date. On fait du small talk avec les lumières grandes ouvertes, toi assise sur mon bureau à l’avant. C’pas sexuel, fuck all.
Sur le tableau, j’avais écrit plus tôt : « COMM 1633 : Stratégies d’intervention culturelle. Travail final », avec des notes préparatoires. Tu décides d’attraper l’efface, pis tu me regarde avec un air espiègle.

F:Tsé, ta calligraphie, là… ‘scuse, mais…

M: Ah, ta yeule. Je sais.

F: Check ben.

J’écris normalement en lettres attachées, mais personne arrive à me lire. Je fais un compromis en jouant le jeu des lettres détachées, qui me donne une plume d’enfant attardé. D’un coup d’efface, tu sabotes mes phrases-clés. Je fixe dans le parc une immense pancarte qui dit FUCK TOUTE pendant que tu fait ton méfait. Trente secondes et le message s’est transformé.

« Communication 101 : tes couilles me claquent le clitoris. » Ma mâchoire tombe un brin. Fière de ton coup, tu te mords la lèvre en te dirigeant vers l’interrupteur des néons. Je reste près de la fenêtre en me faisant des images mentales plus salées les unes que les autres.

Une main se faufile par derrière, flotte sur ma hanche, serpente jusqu’à ma poitrine. Tu prends une inspiration interminable au creux de mes omoplates. Je bascule la tête vers l’arrière, me laisse tenter. Mes pensées se taisent pis je baigne dans le silence du bâtiment, la bouche entrouverte. En bas, les étudiants répètent leurs slogans, jouent du sifflet, de la casserole.

F :Mais… j’ai une mauvaise nouvelle.

Ta face reste fourrée dans mon dos, mais j’entends le sourire dans ta voix. Ta main zigzague sur mon ventre et poursuit vers le sud.

M: Hmm?

Ma boucle de ceinture se défait. D’un doigt, tu parcours la bosse dans mon jeans avec une lenteur absolument épouvantable, de la meilleure des manières. Pour chaque pouce que tu parcours, ma verge gobe quinze litres de sang.

F: Mauvais timing. J’te laisserai pas me prendre pour quelques jours…

M: ….:(

Tu regardes en direction du tableau, caché dans l’ombre du mur opposé.

F: Ouaiiiin… s’cuse. je t’ai teasé pas pire, en plus… haha. Prochaine fois, okay?

Mon pantalon est grand ouvert. De toute évidence, t’as l’intention de te racheter. Tu laisse faire la douceur et m’empoigne comme un manche de batte. Tu descends mon boxer et libère la brute, dressée comme une barre. J’observe tout, silencieusement. Tes gestes oscillent entre la douceur et la fermeté militaire, sans avertissement. J’me sens désarçonné, vulnérable, bêtement bandé devant une fenêtre. Complètement à ta merci. J’apprends sur le tas qu’au fond, j’suis pas tellement exhibitionniste.

Ta main disparaît puis, trempée de salive chaude, revient pour me branler lentement. J’espère juste qu’on passe incognito. Quoique… Si on peut réchauffer quelques personnes dans le bas-ventre, tant mieux – il fait une température de marde pour une manif.

Accélération. Ta salive donne à la branlette un clapotis aquatique franchement délicieux. On reste là, braqués devant la fenêtre, pendant un moment, l’excitation qui monte doucement. J’entends ta respiration qui gagne en saccades dans mon dos, et en me tournant la tête je peux tout juste apercevoir ton autre main qui gigote au creux de tes culottes. Le rythme cassant des tes expirations m’excite plus que tout le reste. Je me surprends à me demander si j’oserais venir dans la fenêtre. J’hésite.

J’me dis que j’ai pas mal changé depuis 2012 si ma seule contribution à cette manif naissante se trouve à être une giclée de sperme dans une fenêtre de l’UQAM. Le troll en moi exulte, mais je suis pas tant à l’aise avec l’idée, c’est tellement… lourd de symbolique? Anyway. Ma pensée politique devient rapidement impertinente; ma matière grise part en grève grâce à tes bons soins.

Pis tout s’arrête.

F : Fuck…! Tsé, j’aurais aimé te grimper. Sur ton bureau. Ça fait un peu… porno cliché, mais j’gage que tu te plaindrais pas?

Je roule des yeux. Rendu excité de même, j’te prendrais peu importe ta météo, mais t’as l’air stiff là-dessus.

Tu passes devant moi. Long, long french langoureux, pis tu te retournes vers la fenêtre, narguant des fesses ma queue, pendant que la rue chante le syndicalisme de combat.

Tu tournes encore et t’agenouilles. Tu soupires en hochant la tête, mais souris avant de me prendre en bouche copieusement. Dans cette matière-là, t’es un A+. Divine. C’est pas la profondeur de ta gorge, ni ta rythmique, ni ton acharnement à me regarder drette dans les yeux, le visage éclairé rouge-rose par le panneau néon du Archambault au coin – juste que t’es vraiment bruyante quand tu suces. Les sound effects démesurés, ce petit *pop* qui fait écho sur les murs bétonnés quand je sors de ta bouche, ce clapotis de ta salive abondante et de ma verge qui s’y baigne, tout ça me fait capoter. C’est un peu artificiel, un peu surjoué, pis je m’en crisse. Ton visage néon me fait penser à Drive. J’ai Nightcall de Kavinsky qui me roule dans la tête.

L’extase est à la prochaine station. Mon pénis confirme de quelques violentes pulsions de sang. Tu fais un rire étouffé en me prenant les couilles comme un tendre trésor, pis je penche vers l’avant et m’appuie sur les avant-bras, dans la fenêtre. Dans le nuage de buée que j’y produis, j’écris « fuck toute ». V’là mon apport à la révolution.

J’ai une idée. Sans avertissement, je pull out. Tu garde la bouche grande ouverte et ferme les yeux comme si j’allais t’exploser au visage, mais j’suis bien trop poli pour ça.

M: Attends, attends. Va sur mon bureau. Couche-toi dessus.
F: Okay? Mais –
M: Sur le bureau. Fais-moi confiance.

J’essaie de rétablir le rapport d’autorité pour la scène finale. Le périple de la fenêtre au bureau sape complètement mes efforts : pendant que dans la pénombre t’esquives les obstacles avec grâce, j’accroche bruyamment deux pupitres et lâche un gros mot.

M: Sur le dos. Non, non, de l’autre côté, la tête dans le vide…
F: Ah! Haha, ok ouais. Porno cliché. Commence doucement, ok?

M: Juré.

Tu ouvres la bouche et je m’insère. Pas trop vite. Pas trop fort. On veut tous les deux prendre la mesure de jusqu’où je peux pousser, faque je conjure toute la retenue dont je suis capable. Dehors, la rivière est sortie de son lit. Les manifestants empruntent Berri vers le nord, s’exclamant « Coooouuuuuuuuiillaaaaaaaard? Yooooooooooouuuuuuhooooouuuuuuuu! » dans un joyeux vacarme qui dure quelques minutes.

La folie passe, les slogans s’éloignent. Dans le J-1110, les animaux se révèlent. Ce qui était le mouthfuck le plus diplomatique de l’histoire de l’UQAM prend rapidement des accents porno trash. Ce foutu clapotis de gorge est revenu. Ouf, ouf, ouf. Ta main se pose sur ma hanche, tirant, insistante, comme pour me donner le feu vert : vas-y, mon grand, tu me feras pas mal. Je m’accroche à tes seins, petits et pointés, sous ta chemise verte encore boutonnée jusqu’au col. Le plaisir monte,

monte,

monte,

bang.

Encore une fois, je t’éjacule au fond de la gorge.

‘Scuse-moi! J’ai pas trop averti. J’me retire suavement de ta bouche, mais tu tousses juste assez longtemps pour me faire inquiéter. Petit dix secondes de frayeur, pis tu lâche un petit rire coquin qui désamorce tout le malaise.

F : T’es pas fin! J’aurais pu me noyer.

Je pars à rire. La première chose qui m’est venue en tête, c’est un détenu de Guantánamo qui se fait torturer par waterboarding. J’espère de tout cœur que l’obscurité cache mon grand sourire épais. Esti, des fois, j’haïs mon imagination.

M: Désolé…! C’est venu plus vi-
F:Hey, j’te niaise! C’est pas grave, m’y attendais juste pas. J’ai pas trop l’habitude de cette position-là, non plus. Belle surprise. Mais là, faut j’boive de l’eau. On y va?
M : Aller où?
F : J’sais pas, à la manif? Ça te tente?

(Ça me tente pas pantoute. Mais…t’es passée d’animale à militante drôlement vite, toi. J’ai juste envie de te suivre.)

M : Okay. Live là?
F : Ben, avant qu’elle soit rendue loin. T’es pas obligé, là.
M : Ça va, j’te suis. Go.

J’sais pas trop dans quoi je m’embarque, moi. On sort de la classe en laissant derrière nos vapes de sexe, deux pupitres désalignés, pis une note salace écrite d’une main soyeuse sur le grand tableau. Je fais demi-tour en me disant que je devrais l’effacer, pis… ah, fuck toute.

-Zèbre

zèbre

 

 

 

 

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