Illustration de Farah Allegue

Illustration de Farah Allegue

2ham. Party super le fun. Mais moi j’ai pas de fun. Il était supposé venir me rejoindre mais il m’a posé un lapin. Un gars pas pour moi de toute façon. C’est ce que mes amis me disent. L’alcool et la fatigue commencent à se mélanger. Dans c’temps-là, j’suis plus du monde, j’deviens pas polie. L’envie de partir sans dire aurevoir à personne me prend. Je sors dans l’air frisquet de ce printemps précoce. Sous les arbres, il pleut juste sous les arbres. Restant de la petite orage de tantôt. Et moi j’ai de la difficulté à me retenir, à obéir à la nouvelle règle que je me suis imposée : plus de textos de nuit, plus de textos saoule, plus de textos dans les partys, donc plus d’excuses le lendemain matin, plus d’amnésie, plus de malaises. J’ai une folle envie de texter ce gars que je fréquente à peine pour l’engeuler et pour lui dire qu’il me fait chier et que je l’haïs et qu’il ne respecte personne et que je préfèrerais qu’il n’existe pas. Mais j’arrive à me retenir afin d’éviter une chicane interminable et insensée ou, pire encore, pour éviter qu’il ne m’invite chez lui, qu’il ne me charme, que je flanche, qu’on baise et que le lendemain je me dise que JE me manque de respect, au final.

C’est à ce moment que mon cellulaire émet un son. «Ha b’en le p’tit criss.» En même temps de me dire, j’espère qu’il m’invite ou qu’il s’excuse. Mais, ce n’est pas un texto. C’est un message facebook. C’est un gars que je connais à peine. Le genre d’ami facebook qui pop dans notre fil d’actualité et qu’à chaque fois on se dit «c’est qui dont lui?». Son message me dit simplement de venir à une adresse précise. Déstabilisée, je me dépêche d’aller voir sur Google Maps. Non, cette adresse n’est pas un bar ou quoi que ce soit de public. Le gars, il m’invite donc chez lui. Je me dépêche ensuite d’aller voir ses photos sur son profil. Ouais, pas mal! Même qu’il est tout à fait mon genre. Et en plus, il ne manque pas d’audace, le type de qualité qui me plait. Je lui répond : «pour?» Il me dit : «d’après toi?». Je lui réponds : «À tantôt.»

Une petite baise de consolation? Pourquoi pas? J’ai bien le droit.

Je me pointe donc à l’adresse mentionnée. Avant d’y cogner, il se passe milles choses dans ma tête. Si je le regrette une fois chez lui? Si c’est juste un fou qui veut me tuer? Si ni l’un ni l’autre on a des condoms? S’il est con? S’il est même pas drôle? S’il sait pas me prendre? Si c’est trop akward? … Pis si c’est juste trop l’fun? Pis si c’est l’homme de ma vie? Bref. Je cogne.

Le gars ouvre. Un peu réchauffé, mais juste à point. Il rit. Il se trouve drôle. Il a jamais fait ça, inviter une fille comme ça. J’ai jamais fait ça non plus. On sait pas quoi se dire. Ça tourne un peu en rond, mais c’est mignon. Il m’offre une bière. On est debout dans sa cuisine. Les deux, on se dit qu’on devrait juste s’y mettre mais on est des p’tits enfants bien élevés, on va pas se mettre à se licher comme ça. On parle un peu. De pas grand chose. J’lui dis que ça m’impressione qu’il m’ait invité directement, sans ambiguïté. Il me dit que j’suis pas pire aussi d’être venue comme ça. Puis, il s’approche de moi et m’embrasse.

Tout doucement. Ses lèvres mouelleuses et mouillées me font un effet de pétillement dans la nuque. Je vais tout de suite lui chatouiller la collone vertebrale, du bout des doigts, sous son chandail. Je sens son frisson. Il colle alors tout son corps contre le mien. Prisionnière dans le coude du comptoir de sa cuisine, je l’embrasserais jusqu’à l’infini. L’effet d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui embrasse parfaitement nous donne envie de ne jamais s’arrêter. Des fois, nos mains cessent de nous caresser parce qu’on est trop absorbés et concentrés à profiter de notre long baiser. Ça goute la menthe, c’est frais, il s’est brossé les dents, lui. Puis, je me rends compte que nos corps bougent à peine. Je glisse alors mes doigts tout autour de lui, sur le rebord de son pantalon. Ça le réveille et il entre délicatement une main sous ma camisole et aggripe mon sein. Ma main termine sa route sur son érection. J’ai réellement envie de m’accroupir devant lui, de lui défaire sa ceinture, son pentalon, son sous-vêtement, libérer son sexe tout dure et me l’enfoncer dans la gorge. Mais, je me retiens. Et je crois que lui aussi.

D’ailleurs, je me mets à douter de notre envie de baiser. Peut-être qu’on a simplement envie de quelqu’un, d’une présence physique et rassurante, d’un corps. De douceur, uniquement. Peu importe venant de qui. Et puis, peut-être que demain matin, en déjeunant, on se rendra compte que finalement, on a vraiment du fun ensemble et qu’on pourrait se revoir. Ce serait plus civilisé, comme manière de faire, tout de même. Mais, en même temps, si demain on se rend compte que ça ne fonctionne pas, qu’aucune complicité ne nous lie, on aurait donc même pas baisé alors qu’on était encore des inconnus et que sexuellement ça risquait clairement de cliquer. Mais de toute façon, je ne dormirai même pas ici. Alors, qu’est-ce que j’attends? C’est alors qu’il ose et me rammène au moment présent. Sa main caresse déjà ma chatte mouillée. Lui, il s’est dit qu’on était mieux de baiser, comme prévu. On réfléchira plus tard. Fuck les calculs.

Dans un tremblement, je sens ses doigts qui frottent mon clito puis ses doigts dans mon sexe. Il m’invite à le suivre dans sa chambre. Sa respiration. Ses doigts mouillés de moi qui caressent la peau de mon ventre. Mes seins qui pointent. Ses petits poils de barbe qui me piquent l’intérieur des cuisses. Mes gémissements et ses yeux qui aiment m’entendre. Mes lèvres qui glissent sur sa verge. Ma langue qui imbibe ses couilles. Les petites pressions sur ma tête pour me guider. Il avait des condoms, je me suis inquiétée pour rien. Le mouvement de son bassin entre mes jambes. La sueur dans ses cheveux. Mes ongles qui s’aggripent. Nos regards qui se disent qu’on a vraiment bien fait de s’essayer. Nos élans qui nous entrainent dans toutes les positions qui font du bien. Mes gémissements, encore. Mon dos qui se cambre. Le plaisir qui grimpe jusqu’à mon ventre. Ses dents qui laissent leurs traces sur ma peau. Son foutre sur ma poitrine. Nos essoufflements qui se croisent. Et puis nos petits sourires en coin, heureux d’avoir bien baisé.

Tranquillement, nos corps moitent reviennent à eux. Je décide de partir. Le malaise de ne pas savoir quoi dire alors que je suis toute nue et qu’on vient de vivre ce grand frisson me paralyse. J’ai peur que l’on gâche tout. Il est complêtement d’accord. On se dit qu’on va se revoir. Je me dis que de toute façon, l’autre gars n’est pas fait pour moi. On ira boire un verre ou quelque chose. Ou bruncher peut-être? D’ailleurs, qu’est-ce que tu fais demain? On se retrouve pour un déjeuner d’après-midi? Oui? Ok! Cool…

À tantôt…

-Gamignonne

GAMIGNONNE

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